Après plus d'un an de délibérations et des centaines de milliers de dollars dépensés, la Table québécoise de sécurité routière déposera aux portes de l'été son rapport d'une soixantaine de pages contenant plus d'une vingtaine de recommandations. Souhaitons que les plus géniales aient été gardées pour la fin car celles qui ont jusqu'ici «coulées» par les média sont carrément loufoques. Surtout celle qui entend suggérer que «toutes les nouvelles automobiles vendues au Québec soient dotées d'anti-démarreurs pour vérifier le taux d'alcoolémie des conducteurs». Complètement ridicule et le pire: les signataires de ce rapport en sont pleinement conscients en reconnaissant l'impossibilité pour le Québec d'imposer seul l'obligation de prévoir un tel dispositif. Nous serions souverains que cette recommandation ne serait pas plus sensée.

Éric Lefrançois
Éric Lefrançois COLLABORATION SPéCIALE

Après plus d'un an de délibérations et des centaines de milliers de dollars dépensés, la Table québécoise de sécurité routière déposera aux portes de l'été son rapport d'une soixantaine de pages contenant plus d'une vingtaine de recommandations. Souhaitons que les plus géniales aient été gardées pour la fin car celles qui ont jusqu'ici «coulées» par les média sont carrément loufoques. Surtout celle qui entend suggérer que «toutes les nouvelles automobiles vendues au Québec soient dotées d'anti-démarreurs pour vérifier le taux d'alcoolémie des conducteurs». Complètement ridicule et le pire: les signataires de ce rapport en sont pleinement conscients en reconnaissant l'impossibilité pour le Québec d'imposer seul l'obligation de prévoir un tel dispositif. Nous serions souverains que cette recommandation ne serait pas plus sensée.

L'Institut national de santé publique qui se trouve derrière cette recommandation aurait sans doute eu intérêt à se taire et à explorer de nouvelles pistes de solution. Bien entendu, au Québec, nous sommes différents. Nous avons du leadership. L'institut national de santé publique aime rappeler qu'elle a prôné avant plusieurs autres provinces canadiennes l'installation des coussins de sécurité gonflables à bord de nos voitures. En vérité, l'Institut national de santé publique ne mérite pas cette médaille. Si nos véhicules sont aujourd'hui munis de coussins de sécurité gonflables, nous le devons d'abord à la législation américaine, la première à imposer son installation. L'industrie automobile a - logique industrielle oblige - décidé de l'installer aussi sur ses modèles vendus au Canada car cela était moins coûteux.

Selon la conseillère scientifique de l'Institut, l'anti-démarreur avec éthylomètre est la mesure la plus efficace pour enrayer le problème d'alcool au volant. D'accord, mais doit-on l'imposer (lire le facturer) à tous les automobilistes? Selon les statistiques de la Société de l'Assurance Automobile du Québec (SAAQ), 40% des conducteurs qui ont péri dans un accident avaient pris de l'alcool. C'est alarmant et cela démontre que les messages de la SAAQ ne passent pas. Ne passent plus. Alors, on fait quoi? On impose aux jeunes conducteurs (16-24 ans) de se trouver au volant d'un véhicule muni d'un anti-démarreur avec éthylomètre pour un certain nombre d'années? Pourquoi pas. Où serait-il préférable de frapper leur permis d'une interdiction de circuler la nuit ou de se déplacer sans «leur gang» ?

Et pour les plus «vieux» (25-44 ans)? Pourquoi impose-t-on seulement cet anti-démarreur qu'à certains récidivistes de l'alcool au volant? Pourquoi pas l'imposer dès la première offense et pour une période indéterminée? Pourquoi ne pas imposer à ceux et celles qui n'ont rien compris et qui ne comprendront jamais rien de toute manière même avec des peines plus sévères encore? La Table de la sécurité routière entend proposer des mesures en ce sens (Bravo!), mais ne réclamera pas pour autant des changements au Code criminel (dommage!).

Mais les recommandations formulées par cette Table ne se limitent pas qu'à la conduite en état d'ébriété. L'utilisation du cellulaire sera également abordée et selon les informations obtenues, il sera toujours possible de converser au volant avec un dispositif mains libres ou pas. Est-ce parce que nous n'aurions pas été en mesure, dans ce domaine, d'avoir été acclamé pour notre leadership? Peut être bien puisque Terre-Neuve proscrit depuis trois ans déjà l'utilisation du cellulaire au volant et l'Ontario planche depuis un certain temps déjà sur un projet similaire. Les recommandations de la Table suggéreront tout au plus de mieux encadrer son utilisation. On demande à voir, mais parions que le problème demeurera entier.

Et la vitesse, l'autre GROS problème. Des cinémomètres seront plantés le long des routes québécoises au cours de la prochaine année. Pour qui? Voilà la question. Les industries du taxi, du camionnage et de la location d'auto ont déjà indiqué qu'elles mettront tout leur poids pour se soustraire à l'application de cette mesure. Qui alors se fera photographier? Ne répondez pas, c'est le moment de sourire. Cheese!