Richissime Américain originaire de Cincinnati, Briggs Swift Cunningham rêve de remporter les 24 Heures du Mans avec une voiture américaine pilotée par des Américains. Sa première tentative a lieu en 1950 avec deux Cadillac, une Coupe de Ville de série, et la C-1, habillée d'une carrosserie aux formes torturées construite par un groupe d'ingénieurs de Grumman Aircraft. Intimidante par ses formes et son gros V8, la C-1 est surnommée «le Monstre» par les Français, peu habitués à de telles machines.

Mis à jour le 30 sept. 2007
Alain Raymond COLLABORATION SPéCIALE

Richissime Américain originaire de Cincinnati, Briggs Swift Cunningham rêve de remporter les 24 Heures du Mans avec une voiture américaine pilotée par des Américains. Sa première tentative a lieu en 1950 avec deux Cadillac, une Coupe de Ville de série, et la C-1, habillée d'une carrosserie aux formes torturées construite par un groupe d'ingénieurs de Grumman Aircraft. Intimidante par ses formes et son gros V8, la C-1 est surnommée «le Monstre» par les Français, peu habitués à de telles machines.

Mais le même public est rapidement charmé par ces deux tonitruantes américaines qui remportent, à la surprise générale, les 10e et 11e places de la redoutable épreuve de 24 heures.

Cette première incursion incite Cunningham à poursuivre son rêve, et il présente en 1951 trois voitures montées sur un massif châssis tubulaire. Sous le capot des C2-R rugit un V8 Chrysler Hemi de 220 chevaux. Deuxième après 16 heures de course, mais ensuite ralentie par des ennuis mécaniques, une des C2-R termine 18e, tandis que les deux autres sont contraintes à l'abandon.

Loin d'être découragé, «Mister C» persiste et signe jusqu'en 1955 avec les C-4R, C-5R et C-6R, récoltant une excellente troisième place en 1953 et 1954. Rapides à souhait, notamment sur la longue ligne droite de Mulsanne, les lourdes Cunningham sont cependant handicapées par des freins à tambour qui ne font pas le poids face aux nouveaux freins à disque Dunlop qui équipent en exclusivité l'équipe Jaguar. Si Dunlop avait accepté d'équiper aussi les bolides de Mister C, l'Amérique aurait sans doute marqué sa première victoire au Mans, une bonne douzaine d'années avant Ford.

Une autre histoire de grange

Ce préambule historique nous mène à la voiture de la semaine: un magnifique coupé C-3 Continental 1954, récemment restauré par Roland R. Houde, un collectionneur du Massachusetts qui a découvert la voiture dans une grange à quelques kilomètres de chez lui. Il s'agit de l'un des 28 exemplaires de la C-3 construits dans les ateliers de Cunningham à West Palm Beach afin de se conformer aux règlements d'homologation au Mans. En effet, pour toute voiture inscrite dans la catégorie Grand Tourisme, le constructeur devait produire un certain nombre de voitures «de route» sur la même base. Cunningham a produit ainsi 19 coupés C-3 et neuf cabriolets sur la base de la C-2R.

Habillée d'une élégante robe deux tons dessinée par Giovanni Michelotti et réalisée par Carrozzeria Vignale, à Turin, la C-3 affiche des performances remarquables et saura séduire jusqu'au Musée d'art moderne de New York, qui la couronne comme l'un des 10 meilleurs designs automobiles au monde; la seule autre américaine qui a mérité cet honneur est la Studebaker Starliner 1953.

Mais à 9000$ pour le coupé et à 10 000$ pour le cabriolet (à l'époque, une Corvette valait 3500$), la Cunningham coûte très cher, même si Cunningham perd de l'argent sur chaque voiture vendue. La C-3 n'est donc produite que pendant deux ans. Mais la passion de Cunningham pour l'automobile ne ternit point, comme en témoigne la magnifique collection qu'il bâtit au fil des ans dans le Briggs Cunningham Automotive Museum, à Costa Mesa, en Californie, une collection vendue en 1986 à Miles Collier Jr, de Naples, en Floride.

S'étant distingué au volant de ses Jaguar, Ferrari, Corvette, Lister, OSCA et Abarth, c'est surtout au volant de ses propres voitures que Mister C a édifié sa carrière de pilote-constructeur en compagnie des meilleurs pilotes américains de sa génération. «Un véritable gentleman racer», souligne Sam Posey, ex-pilote de course.

Renaissance future?

Aujourd'hui, la flamme de Cunningham brûle encore grâce à quelques fidèles qui s'efforcent de faire revivre la marque de prestige. Notamment l'étonnant Bob Lutz, septuagénaire et ex-dirigeant de Ford, Chrysler et BMW, récemment sorti de la retraite par GM pour aider la grande dame enrhumée à retrouver la santé. Dans la collection privée de Bob Lutz, une C-3 et une C-4R témoignent de l'intérêt de ce jeune homme de 75 ans pour la marque Cunningham, une marque qu'il souhaitait relancer en collaboration avec Briggs Cunningham Ill, fils de Mister C.

Malheureusement, le projet de la C-7, un concept dévoilé en 2001, est empêtré dans des litiges juridiques et pourrait fort bien rester lettre morte. Mais, comme disait l'autre, tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir.

Quant à Roland Houde, il ne regrette certainement pas sa belle trouvaille.