Visiblement la ministre des Transports du Québec, Julie Boulet, aussi, mais cela ne l'empêchera pas de parader l'automne prochain en compagnie du président de la Table québécoise, Jean-Marie De Koninck pour expliquer les modalités entourant les six mesures proposées par son gouvernement. Il est encore trop tôt pour remercier St-Antoine de Padoue où je ne sais quel Saint ou Sainte «pour faveurs obtenues». Pas encore. La ministre des Transports promet cependant d'agir rapidement. On le souhaite.

Éric Lefrançois
Éric Lefrançois COLLABORATION SPéCIALE

Visiblement la ministre des Transports du Québec, Julie Boulet, aussi, mais cela ne l'empêchera pas de parader l'automne prochain en compagnie du président de la Table québécoise, Jean-Marie De Koninck pour expliquer les modalités entourant les six mesures proposées par son gouvernement. Il est encore trop tôt pour remercier St-Antoine de Padoue où je ne sais quel Saint ou Sainte «pour faveurs obtenues». Pas encore. La ministre des Transports promet cependant d'agir rapidement. On le souhaite.

Il y a peu à dire sur les 23 recommandations émises par le comité présidé par Jean-Marie De Koninck: elles sont pour la plupart floues et puent le consensus à plein nez. Normal, 41 personnes de différents milieux se trouvaient autour de la Table et chacune avait des intérêts à défendre. Comme, «on devrait interdire le cellulaire sauf pour les chauffeurs de taxi» ou encore «allons de l'avant avec les cinémomètres photo à la condition de ne pas tirer le portrait des membres de l'industrie du camionnage». Voyez le genre? Vous voulez vous faire votre propre opinion? Bonne idée. Vous pouvez consulter le rapport complet à l'adresse: www.securiteroutiere.qc.ca.

Et si vous naviguez sur ce site, n'oubliez pas de compléter le sondage en ligne, vous pourriez gagner des vacances de rêves au Québec... OK, l'heure n'est pas à la rigolade, ni au cynisme.

Cela dit, on doit se réjouir que le propos de madame la ministre ne soit pas flou. Loin de là. C'est clair et pour être franc, j'aime beaucoup. Pas assez cependant pour arrêter mon véhicule en bordure de la route à côté d'un «collègue» pour écrire à mon tour: bravo! On devrait se réjouir de quoi au juste cher «collègue» ? De l'implantation graduelle des cinémomètres photo?

Ces «mouchards» seront installés à des endroits connus du public et de ce fait ne corrigeront rien ou si peu. Bien sûr, ces «épouvantails» permettront de réduire la vitesse de certains «moineaux» et le nombre d'accidents diminuera, mais seulement là où ils seront installés. Pas ailleurs. Alors comme vous le faites actuellement à l'annonce d'une opération radar, vous ralentirez un peu et quelques centaines de mètres plus loin, vous enfoncerez de quelques millimètres supplémentaires la pédale d'accélérateur.

Ces cinémomètres photo ne seront que des machines à sous, même si la ministre promet de révéler leurs emplacements. Retenez bien ce chiffre: 100 000. C'est le nombre moyen de contraventions émises pour excès de vitesse sur le territoire québécois dans une année. À eux seuls, combien de contraventions émettront les neuf cinémomètres que Québec compte installer dès janvier prochain?

Le projet-pilote de cinémomètres photo et de caméras aux feux rouges ne doit pas nous faire oublier que le plan de la ministre compte aussi cinq autres mesures et celles-ci ne ciblent pas - par chance - que la vitesse. Elles sont moins spectaculaires sans doute, mais nullement dénuées d'intérêt.

Comme l'obligation de suivre un cours de conduite ou encore d'interdire l'utilisation d'un téléphone portable «traditionnel» (les appareils mains libres seront toujours autorisés). Mais la ministre ne va pas assez loin. Les nouveaux conducteurs gagnent à être mieux encadrés encore. Et plutôt que de regarder toujours du côté de cette chère France comme plusieurs l'ont fait pour justifier l'apparition des cinémomètres photo, le Québec devrait s'inspirer de ce que font nos voisins pour ramener une - autre - triste statistique à la baisse: 24% des conducteurs impliqués dans les accidents avec dommages corporels ont entre 16 et 24 ans.

Il faut ici plus que des cours de conduite. Il faut tout revoir: les jeunes peuvent-ils circuler la nuit? Si oui, y a-t-il un nombre maximum de passagers? Même chose pour l'alcool au volant. Les mesures annoncées par la ministre sont beaucoup moins féroces que celles promises pour contrer la vitesse. Pourquoi? Qu'est-ce que c'est que de tripler la période de suspension d'un permis de conduire ou de saisir, en cas de récidive, le véhicule du contrevenant durant 30 jours? Le mal est déjà fait.

C'est ici que la ministre manque de courage et c'est bien malheureux. Serait-elle, elle aussi, trop obnubilée par la vitesse? Plutôt que d'inviter Transports Canada à imposer l'implantation d'un anti-démarreur à l'industrie automobile, n'aurait-il pas mieux valu réduire le taux d'alcoolémie? Disons de .08 à .05 par exemple? C'était le temps de sortir le bâton, l'artillerie lourde, mais la ministre n'a rien fait. La Table québécoise de la sécurité routière non plus, mais on ne peut lui en tenir rigueur, elle n'a aucun pouvoir décisionnel. Son président n'a d'autorité que dans le cadre de l'Opération Nez rouge...

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