(New York) L’accident mortel d’une Tesla roulant apparemment sans conducteur a conduit jeudi à un regain d’attention sur les systèmes d’assistance à la conduite proposés par le groupe, une association de consommateurs montrant qu’il était « facile » de faire rouler un véhicule de la marque sans personne au volant.

Juliette MICHEL
Agence France-Presse

Le secrétaire américain des Transports Pete Buttigieg a indiqué jeudi que les enquêteurs fédéraux étaient encore « en train de rassembler des informations » sur l’accident d’une Tesla qui s’est écrasée samedi soir contre un arbre à Spring, au Texas.  

« Mais je pense que c’est un moment important pour rappeler que de nombreux systèmes d’assistance à la conduite continuent à reposer sur l’hypothèse qu’un conducteur attentif est derrière le volant », a-t-il ajouté à la fin d’une conférence de presse sur un autre sujet.  

Selon l’enquête préliminaire des autorités locales, le véhicule roulait à vive allure et sans personne sur le siège du conducteur au moment de la collision, avant de s’enflammer. Deux victimes ont été retrouvées, l’une sur le siège du passager avant et l’autre sur la banquette arrière.  

PHOTO MIKE BLAKE, ARCHIVES REUTERS

Le patron de Tesla, Elon Musk

Le patron de Tesla, Elon Musk, a assuré lundi que d’après les premières données récupérées, le système d’assistance à la conduite Autopilot disponible sur les voitures de la marque n’était pas enclenché. Sans donner plus de détails, il a aussi remarqué dans un tweet que l'Autopilot n’était pas censé fonctionner sur des voies sans ligne de démarcation.  

L’agence américaine de la sécurité routière, la NHTSA, a ouvert sa propre enquête dès lundi, tout comme le Bureau national des transports et de la sécurité des États-Unis (NTSB).

Les circonstances de l’accident ont suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, relançant le débat sur les capacités des logiciels d’aide à la conduite développés par Tesla.  

Le groupe propose le logiciel Autopilot, qui permet d’adapter la vitesse de la voiture au trafic et de guider la voiture sur des voies clairement démarquées.  

Certains personnes peuvent acheter une version plus chère, baptisée « full self-driving capability » ou « capacités de conduite autonome complète », même si le conducteur n’est pas censé lâcher le volant. Avec ce logiciel, la voiture peut changer toute seule de voie sur l’autoroute, faire un créneau ou s’arrêter au feu.  

« Tendance inquiétante »

PHOTO ERIN SCOTT, REUTERS

Le sénateur américain Richard Blumenthal

Les sénateurs Richard Blumenthal et Edward Markey ont appelé la NHTSA, jeudi dans une lettre, à mener une enquête « approfondie » sur l’accident, qui comprenne également des « recommandations sur les remèdes qui pourraient éventuellement être apportés pour éviter que de tels évènements se reproduisent ».  

C’est la 28e enquête impliquant une Tesla ouverte par la NHTSA, remarquent les deux responsables, membres de la commission en charge des Transports au Sénat.  

Il semble « se dégager une tendance » sur les problèmes de sécurité des véhicules Tesla, qui « est incroyablement inquiétante et mérite toute votre attention », écrivent-ils.

Ils mettent notamment en avant le fait que Tesla peut donner aux conducteurs un « faux sentiment de sécurité » lorsqu’il décrit les capacités de ses systèmes d’assistance à la conduite.

Sur son site internet, le constructeur de voitures électriques prévient que ces systèmes ne rendent pas le véhicule autonome et que la supervision active d’un conducteur reste nécessaire.

Mais M. Musk vante régulièrement les avancées réalisées par son groupe vers la conduite autonome.  

Une expérimentation menée par l’association de protection des consommateurs Consumer Reports a par ailleurs montré qu’il était possible pour le conducteur d’une voiture en mouvement de passer sur le siège passager en accrochant un poids au volant et en ne décrochant pas la ceinture de sécurité.  

« Le système a non seulement échoué à s’assurer que le conducteur prêtait attention, mais il n’a pas non plus réussi à repérer s’il y avait ou non un conducteur », a souligné l’association sur son site.

Tesla est, sur ce point, moins avancé que d’autres constructeurs automobiles comme General Motors ou Ford qui, dans leurs systèmes d’assistance à la conduite, « ont recours à des technologies plus développées pour s’assurer que le conducteur regarde la route ».