La Cooper SE amorce timidement sa mutation vers le tout-électrique de la marque.

Éric LeFrançois Éric LeFrançois
Collaboration spéciale

(Bowmanville, Ontario) Avec la Cooper SE, Mini entend démontrer que le passage au tout-électrique n’édulcorera pas la bonne humeur et le plaisir que ses produits répandent sur les routes. Voilà qui va sans doute rassurer les habitués de la maison. Les autres auront du mal à être convaincus.

Douze ans après la Mini-E, un prototype électrique de sa populaire citadine, la marque anglo-allemande se lance (enfin) dans une production de masse.

Il faut rappeler que 612 unités de la Mini-E ont été assemblées et confiées à des consommateurs d’un peu partout à travers le monde pour entreprendre une étude dans des conditions réelles d’utilisation. Certains se demanderont bien pourquoi. Le modèle que l’on nous destine en ce moment semble moins performant que le prototype apparu 12 ans plus tôt.

Ce dernier, disait-on à l’époque, parcourait 240 kilomètres sur une pleine charge, c’est-à-dire 63 de plus que la Cooper SE actuellement en vente. À sa défense, il est aussi juste de rappeler que le prototype ne comptait que deux places (les sièges arrière avaient été sacrifiés pour y loger une batterie plus grosse).

Un rayon d’action inférieur à 200 km ne peut faire de la Cooper SE la voiture principale du foyer. Sa vocation périurbaine la destine à ceux qui effectuent régulièrement, en toutes saisons, des trajets inférieurs à 100 kilomètres – ce qui fait quand même du monde.

Dans un monde idéal, les futurs clients de cette Mini bénéficieront d’une borne de recharge à domicile. Relativement silencieuse, elle ne laisse entendre en ville que les pas caoutchoutés de ses pneumatiques et, sur l’autoroute, que des bruissements aérodynamiques. Et quelques craquements aussi. Au volant, son embonpoint (voir la fiche technique), qui s’explique par la présence de près de 200 kg de batteries lithium-ion, ne prête guère à conséquence.

Même électrifiée, c’est bien une Mini. Vive, pratiquement exempte de sensations d’inertie, et son moteur délivre des accélérations vigoureuses et immédiates. Magie de la fée électricité ! Assurément, mais rien de décoiffant cependant.

Par ailleurs, ce propulseur a l’avantage, faut-il ajouter, d’être éprouvé puisqu’il émane de la i3 de BMW. Contrairement à cette dernière, Mini ne propose pas d’installer un petit bicylindre à essence pour faire office de groupe électrogène. Une option immensément populaire auprès des acheteurs de i3 au pays. Un manque de place, sans doute.

L’architecture actuelle de la Mini ne tapisse pas son plancher de batteries, mais les regroupe dans deux longerons formant un T. Bien que le centre de gravité ait été abaissé de 30 millimètres, la garde au sol, elle, a été augmentée pour y caser de manière sécuritaire les batteries. Ajoutons enfin que les masses sont ici mieux réparties que sur les modèles à essence. De 60:40 (avant/arrière), la répartition est ici de 54:46.

À la condition de s’en tenir au modèle d’entrée de gamme et de ne pas céder à la tentation de la décorer d’options, la Mini Cooper SE a un certain sens pour quiconque hisse le plaisir de conduire au sommet de ses priorités. Comme les Mini équipés d’un moteur électrique, cette SE fait preuve de beaucoup d’agilité et la conduite n’a rien de lourdaud. Elle enchaîne les virages avec entrain, et ce, en dépit de ses suspensions légèrement ramollies (ce dont personne ne se plaindra vraiment) et de pneumatiques au flanc plus haut pour masquer entre autres le poids de sa batterie.

Et comme d’autres modèles concurrents, cette Cooper SE se dote de cette fonctionnalité qui amplifie considérablement l’effet frein-moteur lorsqu’on lève le pied de l’accélérateur. Au point qu’il n’est nécessaire de solliciter la classique pédale de frein que pour un arrêt d’urgence. Très appréciable lorsque le trafic avance à pas de tortue.

Dans des conditions hivernales, la Cooper SE (r)éveille l’anxiété de la panne et les sueurs froides vécues (ou racontées) à la recherche d’une borne de recharge disponible. Pour mettre quelques kilomètres en banque, la Cooper SE invite à sélectionner des modes de conduite plus verts (Green et Green+) plutôt que Mild ou Sport. À noter que le mode Green+ condamne certains éléments de confort comme les sièges chauffants ou encore le chauffage, que d’aucuns jugeront indispensables en hiver.

PHOTO LUCAS SCARFONE

La Mini Cooper SE

Taillée pour les courts trajets

Uniquement proposée en format trois portes, la Mini SE ne se destine pas aux familles. Déjà à l’avant, l’espace est compté ; imaginez un peu à l’arrière. L’espace dévolu aux jambes des passagers assis sur la banquette est exigu et plutôt étouffant. Les bagages posés dans le coffre formuleraient les mêmes revendications s’ils pouvaient s’exprimer.

Sans surprise, non plus, la Cooper SE adopte, à quelques détails près, le même mobilier que les autres produits de la gamme. On retrouve donc avec plaisir le gros compteur central tout rond ou les boutons de commande de « style aviation » alignés comme les cônes orange aux abords de nos routes. La connectivité est facile, mais l’organisation des informations n’est pas toujours des plus aisée.

Face à des concurrentes parfois à peine plus coûteuses, mais offrant généralement plus du double de son autonomie, la Mini Cooper SE souffre de la comparaison, mais demeure attachante comme aucune autre. Malheureusement, cela risque de ne pas suffire.

Fiche technique

PHOTO FOURNIE PAR ENES KUCEVIC

Mini Cooper SE

Moteur(s) électrique(s)

Synchrone à aimants permanents

Puissance : 189 chevaux Couple : 199 lb-pi

Performances

Poids : 1775 kg

Rapport poids-puissance : 9,39 kg/ch

Accélération (0-100 km/h) : 7,7 secondes (* )

(* ) Conditions hivernales et pneus d’hiver

Boîte de vitesse

De série : Automatique 1 rapport

Optionnelle : Aucune

Mode d’entraînement : Traction (roues avant motrices)

Pneus

195/55 R16 205/45R17

Capacité/recharge

(Données du constructeur) Capacité de la batterie 32 kWh (utilisable 28,9 kWh)

Niveau 1 : 4,2 heures

Niveau 2 : 1,4 heure

Autonomie/Consommation

Consommation obtenue 18,6 kWh/100 km (* ) (Données du constructeur) 177 km (* conditions hivernales)

Dimension

Empattement : 2495 mm, Longueur : 3845 mm, Hauteur : 1432 mm, Largeur : 1928 mm (1) (1) Rétroviseurs compris

La marche vers l’électrification

PHOTO LUCAS SCARFORNE, FOURNIE PAR MINI CANADA

Mini SE et Mini Countryman

La firme anglo-allemande doit beaucoup à la Countryman (au second plan). À lui seul, ce modèle représente plus de 40 % des immatriculations de la marque en Amérique du Nord. Dès lors, il y a tout lieu de se demander pourquoi ce modèle n’a pas été le premier à étrenner, en grande série, une motorisation entièrement électrique. Sans doute en raison de la présence d’une version hybride rechargeable à son catalogue. Cette déclinaison bénéficie d’une batterie offrant une capacité accrue par rapport à celle de ses débuts, mais l’autonomie demeure mesurée (plus ou moins 40 km).

La piste à suivre

PHOTO LUCAS SCARFORNE, FOURNIE PAR MINI CANADA

JCW GP

La photo à la une de ce banc d’essai suggère que la Mini Cooper SE devance au sprint la JCW GP (notre photo). C’est faux ! La JCW GP (John Cooper Works Grand Prix) est beaucoup plus rapide tout en procurant des sensations de conduite plus relevées encore. Qu’à cela ne tienne, Mini explore actuellement plusieurs avenues pour créer une génération entièrement électrifiée de sa filiale JCW qui, on s’en doute, favorisera la performance pure au détriment de la sacro-sainte autonomie.