En février dernier, General Motors (GM) a fait appel au grand cinéaste afro-américain Spike Lee pour introduire la dernière génération de son Cadillac Escalade. Le court métrage d’à peine deux minutes alterne entre des images du réalisateur et du VUS, alors qu’il aborde son processus créatif avec un plan filmé sur chariot roulant, sa signature. Un traitement d’exception pour un véhicule qui se présente comme étant exceptionnel. Mais qu’en est-il vraiment ?

Charles René Charles René
La Presse

Son design

PHOTO FOURNIE PAR CADILLAC

Le grand VUS a crû sur l’ensemble de ses points de mesure.

L’Escalade n’a évidemment pas perdu son sens du spectacle sur le plan visuel. Cette démesure, c’est la charpente sur laquelle repose son positionnement. Elle est encore plus accentuée sur cette génération, alors que le grand VUS a crû sur l’ensemble de ses points de mesure. Imaginez, la version à empattement allongé (ESV) essayée mesure près de 5,8 m de long. C’est près d’un mètre de plus qu’un Ford Explorer. Cela dit, Cadillac a poli sa recette, inspirée de l’étude de style Escala, la muse de son langage stylistique. La calandre texturée avant placée assez haut et dans laquelle s’imbriquent des petits phares présente toutefois un déséquilibre dans les proportions face au bouclier inférieur. Les diodes inférieures en I ajoutent de la matière au rendu sur le bas. À l’arrière, les deux traits horizontaux amplifient la carrure. Mais, dans l’ensemble, cet Escalade demeure fidèle à ses racines pour plaire aux inconditionnels du genre, disons-le, ostentatoire.

À bord

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La version essayée présente un très beau grain de bois stratifié sur lequel repose la partie supérieure de la planche de bord, décrivant une pente douce couverte de cuir surpiqué.

Sous le verni de quelques artifices stylistiques, il était auparavant facile de trouver des similitudes entre l’Escalade et ses cousins chez Chevrolet (Tahoe/Suburban) et GMC (Yukon). Plus maintenant. La marque a littéralement mis les bouchées doubles pour accoucher d’un habitacle finement cousu et digne de l’importance hiérarchique du modèle. Certes, les immenses écrans se déployant sur 97 cm de largeur (38 po) attirent l’œil, et pour cause (nous y reviendrons), mais le soin apporté à la finition aussi. La version essayée présente un très beau grain de bois stratifié sur lequel repose la partie supérieure de la planche de bord, décrivant une pente douce couverte de cuir surpiqué. L’intégration des buses de ventilation horizontales symétriques est faite avec goût. Les commandes physiques centrales, solides au toucher, profitent d’un petit moniteur individuel bien lisible. Cet Escalade n’a en outre jamais été aussi spacieux pour les passagers, autant à la rangée médiane qu’à l’arrière.

Sous le capot

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Ce V8 demeure une pièce de choix. Bénéficiant d’années de perfectionnement, il fait l’étalage de ses 420 ch et 460 lb-pi avec poigne, misant sur une boîte automatique à 10 rapports.

Dans l’attente d’une version électrique prévue pour 2025, cette nouvelle génération de l’Escalade n’évolue pas au rythme que l’on souhaiterait sur le plan mécanique. Ainsi, pas d’hybride ici, mais un V8 de 6,2 L de la cuvée précédente appuyé dans l’offre par un nouveau six-cylindres turbodiesel de 3 L, plus frugal. Un duo que l’on retrouve dans les camionnettes pleine grandeur de General Motors (GM). Aucune exclusivité à Cadillac alors, n’empêche que strictement sur le rendement, ce V8 demeure une pièce de choix. Bénéficiant d’années de perfectionnement, il fait l’étalage de ses 420 ch et 460 lb-pi avec poigne, misant sur une boîte automatique à 10 rapports pour diminuer son régime à vitesse de croisière. Certes, en aucun cas on ne peut considérer cet immense VUS comme sobre, mais les 14,5 L/100 km mesurés en moyenne au cours de l’essai sont acceptables sans être moindres par rapport à la cuvée précédente. On aimerait évidemment une frugalité plus marquée.

Derrière le volant

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Le confort prime ici, avec un comportement prévisible, caractérisé par des mouvements de caisse maîtrisés.

Reposant sur une nouvelle ossature, dont la carrosserie est toujours boulonnée au châssis (châssis en échelle), l’Escalade bénéficie d’avancées techniques importantes. L’élément central de cette approche évolutive se situe au niveau de sa suspension. À l’arrière, le VUS pleine grandeur fait l’impasse sur son pont rigide pour adopter une suspension multibras, une première pour le modèle. Cela se juxtapose à des amortisseurs continuellement ajustables électromagnétiques et pneumatiques en option, pour ajuster la garde au sol. Jamais un Escalade n’aura offert un roulement aussi duveteux. On perçoit aussi le train arrière nettement mieux connecté au sol qu’auparavant, sans pour autant pouvoir affirmer que ce VUS a de quelconques aspirations sportives. Non, c’est plutôt le confort qui prime ici, avec un comportement prévisible, caractérisé par des mouvements de caisse maîtrisés. La direction demeure peu communicative — c’était prévisible —, mais permet de prendre assez précisément les courbes.

Les technologies embarquées

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L’Escalade s’avance avec l’un des meilleurs systèmes d’infodivertissement de l’heure.

Se bombant le torse avec ses immenses écrans incurvés superposés, l’Escalade s’avance avec l’un des meilleurs systèmes d’infodivertissement de l’heure. Il y a d’abord la définition exceptionnelle de l’image de ses écrans OLED qui permet de ne pas trop fatiguer l’œil, peu importe la luminosité extérieure. Ensuite, on découvre des fonctionnalités impressionnantes intégrées à l’écran d’instrumentation : caméra nocturne et navigation avec réalité augmentée qui superpose des flèches sur une projection de la route devant le véhicule. On apprécie également la fluidité de l’interface dans laquelle on peut se promener au moyen de la voie tactile ou avec une commande rotative sur la console centrale. Et finalement, la chaîne audio AKG optionnelle à 36 haut-parleurs est parmi ce qui se fait de mieux actuellement, toutes catégories confondues. Il étale une clarté et une amplitude sonore impressionnantes, ciblant ainsi les audiophiles les plus exigeants.

Le verdict

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Au-delà de l’image, sans doute nostalgique et orgueilleuse, cet Escalade n’a jamais été aussi bon dans ce qu’il fait, mariant raffinement, habitacle extrêmement spacieux et capacité de remorquage.

Nul doute que le Cadillac Escalade est un véhicule qui divise et cette nouvelle génération ne fait virtuellement rien pour atténuer cet état de choses. Cultivant cette image d’extravagance à l’américaine, il mise encore sur son physique démesuré pour séduire un auditoire déjà conquis. Force est d’admettre cependant que la route à l’électrification est inévitablement pavée par ces gros VUS qui permettent de dégager de juteuses marges de profit. Au-delà de l’image, sans doute nostalgique et orgueilleuse, cet Escalade n’a jamais été aussi bon dans ce qu’il fait, mariant raffinement, habitacle extrêmement spacieux et capacité de remorquage. Il donne également un avant-goût probant des technologies qui vont percoler sur les modèles plus abordables de General Motors. Il a donc cette vision tiraillée entre le passé et l’avenir, chose qui le rend exceptionnel, au sens littéral du terme.

Carnet de notes

Conduite semi-autonome en option

Le système de conduite semi-autonome Super Cruise, l’un des meilleurs de l’industrie, est une option de 2875 $ offerte dans certaines livrées du VUS.

Plus d’espace cargo

Grâce à l’usage d’une suspension arrière multibras, l’Escalade augmente de manière appréciable l’espace pour les jambes à la rangée arrière ainsi que l’espace cargo, dont le seuil demeure toutefois haut.

Des cousins rivaux

Les Chevrolet Tahoe et GMC Yukon demeurent des rivaux indirects de l’Escalade, offerts avec une mécanique identique et à un prix nettement moindre. C’est le statut et la technologie qui justifient le bond.

L’argument du remorquage

L’Escalade peut tracter une charge pouvant atteindre 3628 kg, selon les versions, ce qui est beaucoup, mais moins que la capacité du Lincoln Navigator (3765 kg) et légèrement plus que celle du Mercedes-Benz GLS (3500 kg).

Le diesel, une option pertinente ?

Proposé en option, le moteur six cylindres turbodiesel de 3 L produisant 277 ch et 460 lb-pi de couple est une option intéressante à prix égal avec une consommation de carburant pas encore dévoilée, mais qui s’annonce nettement moins grande que celle du V8.

Fiche technique

Modèle à l’essai : Cadillac Escalade ESV Premium Luxury Platinum
Moteur : V8 ACC 6,2 L
Puissance : 420 ch à 5600 tr/min
Couple : 460 lb-pi à 4100 tr/min
Transmission : automatique à 10 rapports avec mode manuel
Architecture motrice : moteur longitudinal, quatre roues motrices avec mode à rouage intégral
Consommation (ÉnerGuide) : 14,8 L/100 km (essence super)
Prix (avec options, transport et préparation) : 127 753 $
Concurrents : BMW X7, Mercedes-Benz GLS et Lincoln Navigator
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