Le Titan se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. En près de 20 ans d’existence, cette camionnette grand format n’a récolté que les miettes laissées par les constructeurs américains. Et pour cause, Nissan continue de considérer ces véhicules pour ce qu’ils sont : des engins à vocation utilitaire, donc sans chichis, voire un tantinet rustiques. Le monde a changé.

Éric LeFrançois Éric LeFrançois
Collaboration spéciale

L’égo de marque existe. Chez Nissan, il pèse plus de 2 tonnes, mesure près de 6 mètres, répond à l’orgueilleuse appellation de Titan. Certes, l’amour-propre des constructeurs automobiles, comme celui des simples mortels, est souvent mal placé, mais dans le cas présent, il serait injuste d’y voir un manque de modestie et une prétention exagérée.

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Nissan s’est forgé une solide renommée de sérieux, d’efficacité et de robustesse avec ses camionnettes compactes.

Au cours de sa longue histoire, Nissan s’est forgé une solide renommée de sérieux, d’efficacité et de robustesse avec ses camionnettes compactes. Un savoir-faire qui forcément a rejailli sur le Titan au moment de sa création. À cette époque, la méthode était connue et tournait presque essentiellement autour de la robustesse et de la capacité de remorquage.

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Plutôt banale, la présentation intérieure, habillée par endroits de plastiques de qualité très moyenne, s’illumine cette année (en option cependant) d’un double toit panoramique.

Le Titan cochait ces cases, mais ne pouvait rivaliser en nombre (capacité de production dépendante d’une seule usine), ni en diversité (configuration limitée à quelques variantes) face aux constructeurs de Detroit. Dès lors, il était clair que le Titan était condamné à jouer les figurants.

Chirurgie esthétique

L’esthétique se trouve au cœur des changements apportés pour 2020. La partie avant adopte une calandre plus proéminente encore, un pare-chocs redessiné et des phares au graphisme plus complexe, plus raffiné. À l’arrière, les stylistes ont retouché le battant et les feux.

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La partie avant adopte une calandre plus proéminente encore, avec un pare-chocs redessiné.

Sur l’autoroute, le poids du Titan s’évanouit miraculeusement et l’on glisse sur l’asphalte dans un silence de cathédrale que vient à peine troubler le crépitement des pneus « dentés » de la version Pro-4X sur la chaussée.

La boîte de vitesses automatique enfile avec douceur ses « nouveaux » neuf rapports – elle n’en comptait que sept l’an dernier –, mais ne parvient pas à masquer la soif inextinguible de son moteur V8.

Ce dernier, étrangement, est toujours dépourvu d’un dispositif automatique de coupure à l’arrêt– qui assèche rapidement le réservoir qui lui est accolé.

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La boîte de vitesses automatique enfile avec douceur ses « nouveaux » neuf rapports – elle n’en comptait que sept l’an dernier –, mais ne parvient pas à masquer la soif inextinguible de son moteur V8.

V8 de 5,6 litres

Plus puissant et plus coupleux, le V8 5,6 litres permet d’accroître légèrement la capacité de remorquage du Titan, sans toutefois l’élever au rang des meilleures. Pis encore, la performance optimale de ce propulseur (400 chevaux et 413 livres-pied de couple) n’est atteinte qu’en optant pour de l’essence super. À noter qu’une essence à plus faible indice d’octane est acceptée, mais elle entraîne au passage une réduction de puissance.

Les suspensions de la Pro-4X composées d’amortisseurs Bilstein dont Nissan vante les mérites avec beaucoup d’insistance ne sont finalement pas si exceptionnelles, surtout lorsque la chaussée se dégrade et que la benne est vide.

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Les suspensions de la Pro-4X composées d’amortisseurs Bilstein dont Nissan vante les mérites avec beaucoup d’insistance ne sont finalement pas si exceptionnelles, surtout lorsque la chaussée se dégrade et que la benne est vide.

Elles sursautent dès que la chaussée n’est pas parfaitement plane. La direction, légèrement empesée, ne parvient pas à faire oublier son insensibilité ni le diamètre de braquage qui dépasse les 12 mètres.

Conduite plaisante

Si la conduite en ville et, surtout, dans le trafic en accordéon n’a rien d’une sinécure, les expéditions sur route et autoroute ne présentent pas un caractère rédhibitoire, bien au contraire. Le Titan procure à sa façon un plaisir de conduire intemporel, décalé et peut-être un brin régressif qui incite à une conduite franchement flegmatique, bercée par la respiration apaisante du moteur et par le jeu des amortisseurs.

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La direction, légèrement empesée, ne parvient pas à faire oublier son insensibilité ni le diamètre de braquage qui dépasse les 12 mètres.

Alors que la concurrence ne cesse de rivaliser d’audace et d’ingéniosité pour rendre la camionnette agréable à vivre au quotidien (marchepieds électriques, coffrets de rangement dans la benne, console multifonctions, etc.), Nissan joue la carte de la sécurité active. Le constructeur japonais enrichit cette année son modèle de ses plus récentes avancées en la matière comme les capteurs d’angles morts ou le freinage automatique lors des manœuvres de recul. Par rapport à la concurrence qui trop souvent propose ces aides à la conduite moyennant supplément, Nissan les offre sans frais supplémentaires.

Double toit panoramique

Plutôt banale, la présentation intérieure, habillée par endroits de plastiques de qualité très moyenne, s’illumine cette année (en option cependant) d’un double toit panoramique. Celui-ci s’offre uniquement aux acheteurs des déclinaisons Pro-4X et Platinum Reserve, les plus chères.

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Les phares ont un graphisme plus complexe, plus raffiné.

La SV, livrée de base, n’y a pas droit. En revanche, en matière d’infodivertissement, tous les Titan logent à la même enseigne. Tous bénéficient de série d’un écran tactile de 8 pouces. Les espaces de rangement sont nombreux, mais pas forcément très pratiques, comme cette section configurable qui n’est aisément accessible que si on dégage les sacro-saints porte-gobelets. Les sièges avant procurent un excellent confort, mais à l’arrière, le dégagement n’est pas aussi vaste que chez la concurrence.

La question est maintenant de savoir si Nissan a la volonté de revoir sa copie ou pas. Dans l’attente d’une réponse qui ne saurait tarder, le Titan peut compter sur sa robustesse, sa généreuse garantie (5 ans/160 000 km) et son exotisme par rapport aux produits américains équivalents qui pullulent sur nos routes. Cela devrait satisfaire un premier acheteur de camionnette.

Provocateur

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Nissan Titan 2003 (première génération)

Sa première sortie publique – au Salon automobile de Detroit 2003 – a été perçue comme une provocation. Le Titan, première incursion de Nissan sur le marché des camionnettes de grand format, chasse hautement gardée des constructeurs américains, ne manque pas d’audace. David contre Goliath ? L’affrontement n’a jamais eu lieu. L’offre de Nissan apparaît trop limitée pour déboulonner les F-150, Silverado, Sierra et Ram de leur piédestal. Avec deux choix de cabines, mais une seule longueur de benne, le Titan partait à la guerre avec un fusil à eau.

Héros à zéro

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La seconde mouture (2016) du Titan débarque avec l’ajout d’une déclinaison XD et sa mécanique turbodiesel.

Forte de l’expérience acquise avec la première, la seconde mouture (2016) du Titan débarque mieux préparée. De cette refonte, retenons principalement l’ajout d’une déclinaison XD, l’équivalent des camionnettes Heavy Duty chez la concurrence, et la présence d’une mécanique turbodiesel. Cette dernière, concoctée par la société américaine Cummins, n’a jamais été véritablement convaincante (fiabilité, coût et performances). Nissan la retire de sa formation partante en 2020, tout comme la carrosserie King Cab pour « mieux cibler les attentes de la clientèle ».

Faites part de votre expérience

La Presse publiera prochainement l’essai des véhicules suivants : Audi Q3, Land Rover Defender, Nissan Qashqai, Polestar 2 et Porsche 911. Si vous possédez l’un de ces véhicules ou êtes sur le point d’en acquérir un, nous aimerions bien vous lire.

Fiche technique

Moteur

V8 DACT 5,6 litres

400 chevaux à 5800 tr/min

413 lb-pi à 4000 tr/min

Performances

Rapport poids/puissance : 6,6 kg/ch

PNBV (poids nominal brut) : 3311 kg

Capacité maximale de remorquage : 4178 kg

Boîte de vitesse

De série : automatique 9 rapports

Optionnelle : aucune

Mode d’entraînement : 4 x 4 (quatre roues motrices avec boîte de transfert)

Pneus

275/70R18 (Pro-4X)

Capacité du réservoir et essence recommandée

98 litres

Super (ordinaire acceptée)

Consommation

13,8 L/100 km

Dimensions

Empattement : 3550 mm

Longueur : 5829 mm

Hauteur : 1961 mm

Largeur : 2050 mm