Depuis son « américanisation » en 2011, la Volkswagen Passat n'a jamais fait sensation. Gentiment banale et moyenne dans tous les rayons, elle n'avait à vrai dire pas grand-chose de palpitant à offrir. Mais le désamour des plusieurs constructeurs à l’égard des berlines peut-il lui déverrouiller les portes du succès ?

Éric LeFrançois Éric LeFrançois
Collaboration spéciale

Long capot, empattement interminable, profil abaissé et coffre gigantesque: la Passat, fabriquée aux États-Unis, cherche à meubler l’espace déserté par Ford (Taurus), GM (Chevrolet Impala) et consorts.
En dépit des retouches esthétiques apportées, la Passat inspire comme une impression de déjà-vu. Face à une concurrence qui cherche à paraître plus m'as-tu-vue, la Passat s’en distingue par ses importantes surfaces vitrées latérales et son carénage avant bien typé, avec ce qu’il faut de chromes pour briller au soleil. On ne saurait décemment lui en faire reproche. Dans cette catégorie, l’audace conceptuelle ne paie pas.

Des ornements de chrome fleurissent de toutes parts, surtout sur les déclinaisons les plus coûteuses. Des trois versions offertes, le meilleur choix apparaît la Highline (30 945 $). Celle-ci offre les dispositifs de sécurité essentiels, dont les capteurs d’angles morts, et donne accès à certaines options (le toit ouvrant par exemple). Elle comporte en outre certains éléments comme deux prises USB plutôt qu’une et des pochettes au dos des sièges avant qui rendent la vie à bord plus agréable. La version Comfortline (27 145 $) apparaît trop chiche avec sa climatisation manuelle ou encore le choix limité de teintes extérieures. Quant à l’Exceline, elle est trop chère (36 495 $), même si elle est la seule à donner accès au traitement R-Line (1315 $) qui consiste crûment en de gros pneus (19 pouces) et quelques fioritures de style.

Derrière les larges portières vous accueillent des sièges qui paraîtront un peu fermes de prime abord, mais qui se révéleront agréables au fil des kilomètres. Très horizontal, pour maximaliser l’impression d’espace, le tableau de bord, d’une facture très classique, adopte des matériaux avantageux et une rigoureuse disposition des commandes. L’ensemble n’est pas très guilleret, ni très à la mode à en juger par la petitesse du sacro-saint écran d’infodivertissement. Cette simplicité ne doit cependant pas masquer l’essentiel : cette berline possède les attributs d’une véritable familiale. On retrouve un dégagement impressionnant aux places arrière et un coffre dont le volume, hormis en hauteur, n’a pas à rougir de la comparaison avec des véhicules soi-disant « utilitaires ».

  • La Passat se distingue par ses importantes surfaces vitrées latérales et son carénage avant bien typé, avec ce qu’il faut de chromes pour briller au soleil.

    PHOTO FOURNIE PAR VOLKSWAGEN NORTH AMERICA

    La Passat se distingue par ses importantes surfaces vitrées latérales et son carénage avant bien typé, avec ce qu’il faut de chromes pour briller au soleil.

  • Volkswagen s’adresse à une clientèle traditionnelle, voire conservatrice.

    PHOTO FOURNIE PAR VOLKSWAGEN NORTH AMERICA

    Volkswagen s’adresse à une clientèle traditionnelle, voire conservatrice.

  • On retrouve un dégagement impressionnant aux places arrière.

    PHOTO FOURNIE PAR VOLKSWAGEN NORTH AMERICA

    On retrouve un dégagement impressionnant aux places arrière.

  • Le moteur 4 cylindres 2 litres turbo fait l’objet de quelques retouches et gagne plus de couple (22 livres-pied supplémentaires).

    PHOTO FOURNIE PAR VOLKSWAGEN NORTH AMERICA

    Le moteur 4 cylindres 2 litres turbo fait l’objet de quelques retouches et gagne plus de couple (22 livres-pied supplémentaires).

  • Sur la route, la Passat offre un bel équilibre en confort et tenue de route. Cette dernière, sans surprise, se veut rassurante.

    PHOTO FOURNIE PAR VOLKSWAGEN NORTH AMERICA

    Sur la route, la Passat offre un bel équilibre en confort et tenue de route. Cette dernière, sans surprise, se veut rassurante.

  • Des ornements de chrome fleurissent de toutes parts, surtout sur les déclinaisons les plus coûteuses.

    PHOTO FOURNIE PAR VOLKSWAGEN NORTH AMERICA

    Des ornements de chrome fleurissent de toutes parts, surtout sur les déclinaisons les plus coûteuses.

  • La Passat nord-américaine a connu une évolution timide.

    PHOTO FOURNIE PAR VOLKSWAGEN NORTH AMERICA

    La Passat nord-américaine a connu une évolution timide.

  • Très horizontal, pour maximaliser l’impression d’espace, le tableau de bord, d’une facture très classique, adopte des matériaux avantageux et une rigoureuse disposition des commandes.

    PHOTO FOURNIE PAR VOLKSWAGEN NORTH AMERICA

    Très horizontal, pour maximaliser l’impression d’espace, le tableau de bord, d’une facture très classique, adopte des matériaux avantageux et une rigoureuse disposition des commandes.

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Droit au but

L’évolution timide de la Passat nord-américaine s’explique. Celle-ci repose toujours sur l’architecture NMS dont les débuts remontent déjà à 10 ans. Celle-ci n’a pas connu de réelle évolution depuis. Ainsi, la boîte automatique compte toujours seulement six rapports, car impossible de lui en greffer une autre en raison des limitations de son architecture. Cette boîte a le mérite, cependant, de s’avérer fiable et parfaitement accordée au moteur 4 cylindres 2 litres turbo qui l’accompagne. Cette motorisation fait, pour sa part, l’objet de quelques retouches et gagne plus de couple (22 livres-pied supplémentaires). Hélas, la Passat n’est « nicht so schnell » (pas si vite) pour autant, surtout face à des concurrentes dopées à la suralimentation par turbocompresseur. Elle n’est pas la plus frugale de sa classe non plus. En revanche, la contenance de son réservoir lui assure une grande autonomie.

Sur la route, la Passat offre un bel équilibre en confort et tenue de route. Cette dernière, sans surprise, se veut rassurante. La direction offre un ressenti correct pour l’inscrire avec précision dans les virages. Pour leur part, les éléments suspenseurs maintiennent avec une rigidité certaine les mouvements de la caisse, sans se révéler pour autant inconfortables sur une chaussée dégradée, même lorsque la Passat chausse des pneus de 19 pouces. Un comportement sain, mais qui ne provoque aucun débordement d’enthousiasme au volant.

Archétype de la voiture généraliste dans un univers automobile où le succès tient à la capacité de chaque modèle à faire entendre sa petite musique, la Passat semble naviguer contre les vents dominants. Peut-être est-ce ainsi qu’il convient de l’envisager ? Car à travers ce positionnement très défensif ou passif, c’est selon, Volkswagen s’adresse à une clientèle traditionnelle, voire conservatrice, qui ne s’enthousiasme pas devant le comportement dynamique d’une Mazda 6, les lignes torturées d’une Toyota Camry ou l’allure rétro d’une Dodge Charger.

Alors que les constructeurs ne parlent plus que de voitures « émotionnelles », sans doute faut-il reconnaître ici à Volkswagen le mérite de rappeler que, pour beaucoup d’acheteurs, le choix d’une monture à quatre roues requiert de la pondération.

Faites partager votre expérience

La Presse publiera prochainement l’essai des véhicules suivants : Lexus NX, Porsche 911, Nissan Titan. Si vous possédez l’un de ces véhicules, nous aimerions bien vous lire.

Volkswagen Passat

Fourchette de prix : de 27 145 $ à 36 495 $
Garantie de base : 4 ans / 80 000 km
Visible dans les concessions : Maintenant

On aime

Habitacle et coffre spacieux
Comportement routier sans histoire
Organes mécaniques éprouvés

On aime moins

Présentation datée malgré la mise à jour
Agrément de conduite faible
Performances décevantes

Notre verdict

Une refonte visiblement réalisée avec indifférence

Fiche technique

Moteur

L4 DACT 2 litres turbocompressé
174 chevaux à 5200 tr/min
206 lb-pi à 1700 tr/min

Performances

Rapport poids/puissance : 8,66 kg/ch
Accélération : 8,8 sec.
Capacité maximale de remorquage : 454 kg

Boîte de vitesse

De série : automatique 6 rapports
Optionnelle : aucune
Mode d’entraînement : traction (roues avant motrices)

Pneus

215/55R17
235/45R18
235/40R19

Capacité du réservoir et essence recommandée

70 litres
Ordinaire

Consommation

9,3 L/100 km

Dimensions

Empattement : 2803 mm
Longueur : 4918 mm
Hauteur : 1472 mm
Largeur : 1835 mm

Un peu d'histoire

PHOTO FOURNIE PAR VOLKSWAGEN

La Volkswagen Dasher

Volkswagen, comme bien des constructeurs automobiles, aime bien tordre le cou à l’histoire. Ainsi, selon le distributeur américain de la marque, la Dasher (notre photo) incarne la première génération de la Passat. Pour mémoire, la Dasher a fait ses débuts sur le marché nord-américain en 1974 et dérivait alors assez étroitement de l’Audi 80, l’ancêtre de l’actuelle A4. Il s’agissait à l’époque non seulement de la première traction de la firme allemande, mais aussi de la première Volkswagen dont le moteur était refroidi par liquide. Ce modèle fut remplacé en 1982 par la Quantum. Ce n’est qu’en 1990 que l’appellation Passat figure officiellement au catalogue.

Quel avenir ?

PHOTO FOURNIE PAR VOLKSWAGEN

La Volkswagen ID Vizzion

Tout laisse présager que cette – timide – refonte de la Passat sera la dernière. On chuchote que l’étude conceptuelle ID Vizzion serait, dans sa forme définitive, pressentie comme sa remplaçante. Celle-ci adopterait l’architecture MEB. Selon les informations communiquées lors de sa présentation au Salon automobile de Genève 2018, cette berline électrique affiche une autonomie de 650 kilomètres (cycle NEDC) grâce à sa batterie d’une capacité de 111 kWh.

Les rivales de la Volkswagen Passat

Honda Accord

Prix : à partir de 28 490 $

PHOTO FOURNIE PAR HONDA NORTH AMERICA

La Honda Accord Touring 2.0T 2020

L’air de rien, l’Accord de Honda coche toutes les bonnes cases. Elle est plus spacieuse, plus moderne, plus astucieuse, plus frugale que la Passat. Et plus agréable à conduire aussi. Le rendement de son moteur 1,5 litre suralimenté par turbocompresseur étonne le conducteur pour son accélération et ses reprises, mais aussi pour son rendement énergétique. Contre toute attente, le rendement de la boîte automatique à variation continue (CVT) s’apparente à celui d’une boîte traditionnelle. L’Accord propose également une boîte manuelle. Une rareté. Aussi homogène soit-elle, l’Accord ne déclasse pas la Passat dans tous les domaines. L’Allemande a non seulement plus de coffre, elle bénéficie aussi d’une meilleure insonorisation et d’une meilleure garantie.

Hyundai Sonata

Prix à partir de : 26 999 $

PHOTO DAVID DEWHURST, FOURNIE PAR HYUNDAI

La Hyundai Sonata 2020

Alors que la Passat a droit à des retouches, la Sonata, elle, fait l’objet d’une refonte complète. Qu’à cela ne tienne, elle ne fait pas une bouchée de la Volkswagen pour autant. En matière d’habitabilité, surtout aux places arrière, la Passat s’avère en effet plus spacieuse (dégagement, accès et sortie). En outre, la Passat offre globalement un meilleur compromis entre tenue de route et confort et une mécanique au rendement plus progressif que sa rivale sud-coréenne. Cette dernière propose en revanche un habitacle plus valorisant, des accessoires plus nombreux, une meilleure économie à la pompe et une garantie plus généreuse encore (5 ans/100 000 km comparativement à 4 ans / 80 000 km).

Subaru Legacy

Prix à partir de : 28 358 $

PHOTO FOURNIE PAR SUBARU

La Subaru Legacy 2020

Tout comme la Passat, la Legacy peine à sortir de l’anonymat. Hélas, la berline japonaise n’a jusqu’ici pas réussi à tirer profit de son renouvellement récent pour se détacher du ventre mou de peloton des berlines de taille intermédiaire. En dépit d’un châssis plus rigide et plus moderne, la Legacy ne procure guère plus d’agrément au volant que la Passat qui se révèle globalement plus confortable. En fait, elle doit son seul avantage à son rouage intégral à prise constante qui assure une sécurité accrue (et non absolue) lorsque le coefficient d’adhérence s’amenuise. La mécanique 2,5 litres atmosphérique est lymphatique. On lui préfère le moteur suralimenté de 2,4 litres, mais celui-ci est à l’usage exclusif des déclinaisons les plus coûteuses.