(Francfort) Plan d’économies, « dieselgate », électrification : plusieurs chantiers attendent Ola Källenius, qui prend la tête de Daimler après 13 ans de règne de Dieter Zetsche, au moment où les constructeurs allemands veulent combler leur retard sur la mobilité de demain.

Yann SCHREIBER
Agence France-Presse

Le Suédois de 49 ans, directeur de la recherche qui supervise à ce titre depuis 2017 le développement de la voiture électrique ou autonome, est devenu mercredi à l’issue de l’assemblée générale des actionnaires le premier patron non-allemand de Daimler en cinq décennies.

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Dieter Zetsche s'est adressé aux actionnaires pour la dernière fois en tant que PDG de Daimler.

Pour le groupe, le départ de M. Zetsche, 66 ans, marque aussi la fin d’une ère : le plus célèbre patron moustachu d’Allemagne a orchestré le difficile divorce avec Chrysler et mené le constructeur à la tête du marché mondial de l’automobile haut de gamme, via des restructurations parfois douloureuses pour l’emploi.

« Sans M. Zetsche, Daimler n’existerait plus », tranche l’expert allemand en automobile, Ferdinand Dudenhöffer. « Il l’a sauvé de l’insolvabilité. »

Mais son successeur reprend la barre en pleine tempête : le bénéfice a reculé de 30 % en 2018, les ventes déçoivent, le groupe reste englué dans le scandale des moteurs diesel truqués et a accumulé du retard sur l’électrique.

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Un actionnaire photographie la fourgonnette autonome tout électrique Mercedes-Benz Vision Urbanetic, en montre lors de l'assemblée générale de Daimler à Berlin.

Daimler a dû rappeler des centaines de milliers de voitures l’année passée et reste visé par des enquêtes et menacé par une amende anticartel, même si le groupe clame son innocence.

Moins polluer

Après l’ingénieur de formation connu pour présenter les nouvelles Mercedes en jeans, baskets et sans cravate, Ola Källenius, au style vestimentaire plus traditionnel, doit incarner le renouveau écolo.

Avec deux masters en finance, comptabilité et management obtenus à Stockholm et en Suisse, il a grimpé en 25 ans les échelons chez Daimler, en passant par les bolides de McLaren et de AMG pour accéder en 2015 au directoire, en tant que responsable des ventes de Mercedes.

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Avant même l’annonce du départ de Dieter Zetsche, le groupe avait choisi Stockholm le 4 septembre 2018 pour présenter son premier Mercedes tout électrique, l'EQC.

Avant même l’annonce du retrait de M. Zetsche en septembre, le groupe avait choisi Stockholm l’an dernier pour présenter sa première Mercedes entièrement électrique EQC, amorçant son tournant nordique.

« La Suède sait faire plus que vendre des meubles, nous avons d’autres talents que les boulettes de viande ou Abba », avait alors écrit M. Källenius sur le blogue du groupe.

Plus récemment, l’honneur lui revenait de détailler l’ambition écologique : 50 % de modèles électrifiés parmi les voitures vendues d’ici 2030, et des usines européennes neutres en émissions de CO2 avant 2022.

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Le successeur désigné PDG de Daimler, Ola Källenius, avant l'ouverture de l'assemblée des actionnaires de Daimler.

Réputé plus réservé que son prédécesseur, M. Källenius était aussi aux premières loges pour une alliance inédite entre rivaux : BMW et Daimler ont mis en commun l’année passée leurs services de mobilité, dont l’autopartage, et ont annoncé le développement en commun des prochaines technologies de conduite autonome.

Menaces sur l’emploi

Le départ des Smart de leur berceau historique français au profit d’une alliance avec le chinois Geely a également été attribué par les observateurs à l’influence du suédois, moins fan que M. Zetsche des « Bonzai Benz », ces petites citadines peu rentables.

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Un prototype de Smart vision EQ fortwo en montre à l'assemblée annuelle des actionnaires de Daimler. Le nouveau patron de Daimler est réputé moins fan que M. Zetsche de ces petites citadines peu rentables.

Le nouveau patron sera surtout attendu dès les prochains mois pour détailler un programme d’économies similaire à ceux en vigueur chez le géant Volkswagen, où des milliers d’emplois seront supprimés, et BMW.

« Nous devons réduire les coûts et augmenter l’efficacité dans tout le groupe », a simplement expliqué M. Zetsche mercredi, « pas satisfait » du « niveau actuel de rentabilité. »

Car d’un constructeur à l’autre, les messages diffèrent peu : les investissements requis pour développer les véhicules électriques et autonomes sont très lourds et le contexte peu favorable, entre stagnation du marché et conflits commerciaux.

Le virage électrique s’impose pourtant pour échapper à de lourdes amendes européennes en cas de dépassement des strictes limites d’émission de CO2 dès 2020 – et les allemands tentent de rattraper la concurrence chinoise et américaine, notamment Tesla.

Une vaste réorganisation du groupe en trois entités distinctes pour permettre « plus d’agilité » devrait notamment être votée et permettre « d’attirer de nouvelles sources de capital », même si le groupe dément vouloir mettre certaines activités en Bourse.

« Beaucoup de choses ont été préparées » par M. Zetsche, estime Ferdinand Dudenhöffer. Sur certains points, comme la décarbonisation et l’électrification, « il faut juste accélérer ».