Comme sur une Série 7 ou une Classe S, c'est sans doute à l'arrière qu'on se trouve le mieux. Et essayer objectivement une telle voiture revient à en faire le panégyrique comme un agent immobilier vantant les caractéristiques exceptionnelles d'une propriété. Cependant, nous hésiterons toujours ici à égrener l'interminable liste des douceurs qui agrémentent «l'ordinaire» de ce genre de vaisseau autoroutier. Si on ne le précisait vraiment, cette avalanche d'équipements pourrait être celle d'une résidence de luxe ou d'un yacht.

Éric Lefrançois
Éric Lefrançois LA PRESSE

C'est d'ailleurs à l'arrière que nous avons commencé cet essai. Voluptueusement calé dans la banquette, il est permis de jouer avec les multiples fonctions électriques offertes (chauffage, climatisation) sous le bras de l'accoudoir central. Celui-ci dissimule aussi des rangements et deux paires d'écouteurs pour écouter un DVD sur l'un des écrans de télévision agrafés aux sièges avant.

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Avec la climatisation automatique, les stores électriques qui permettent d'occulter toutes les vitres arrière pour vous soustraire au regard de vos admirateurs, le bonheur n'est pas loin... à condition de régler la facture de quelques options.

Difficile de s'y retrouver

Passer à l'avant oblige à sortir de ce cocon et à prendre les responsabilités du chauffeur. Une position moins enviable qu'à l'arrière, mais tellement plus que dans toutes les voitures qui vous entourent. Hélas, si l'ambiance très raffinée ne manque pas de flatter les sens, le diplôme d'ingénieur en informatique ne sera pas vraiment superflu pour s'y retrouver dans toutes ces commandes. Franchement, le poste de conduite de l'A8 - comme de ses semblables - est trop spécifique pour qu'on s'y sente rapidement à l'aise. Une fonction aussi simple que le totalisateur partiel n'est pas affichée en permanence et impose une lecture approfondie du manuel du propriétaire pour s'y retrouver.

En revanche, tout ce que vous touchez est construit en massif et les fonctions sont huilées à souhait. Toutes, à l'exception du sélecteur de vitesse posé au pied de la console dont le maniement - par impulsion - exige une accoutumance certaine en raison de sa lenteur à réagir à nos demandes. En d'autres mots, gardez l'oeil fixé sur le rappel du sélecteur inscrit dans le bloc d'instrumentation pour vous assurer que votre sélection est bel et bien inscrite dans la petite lucarne. Cela dit, mentionnons aussi que la sélection des huit rapports se double au volant.

La somptueuse présentation rachète tout et trouver une position idéale est réalisable quand on aura fait le tour de toutes les possibilités offertes, y compris les fonctions massage découvertes par accident. En revanche, l'étonnante ardoise tactile qui reconnaît les lettres et les chiffres dessinés avec vos doigts se révèle intuitive et facile à utiliser. Par contre, on peut s'interroger sur la pertinence d'un tel système qui, même s'il permet de ne pas quitter la route des yeux, ne s'avère pas aussi efficace et aussi sûr qu'un logiciel de reconnaissance vocale.

Si le confort est royal, le bruit de roulement des pneumatiques demeure étonnamment audible pour une voiture de cette catégorie. Vous ne l'entendez pas? Alors, peut-être que le volume de la chaîne audio, signée Bang and Olufsen, est-il trop élevé. De plus, si le coffre s'avère assez gourmand, sa polyvalence est somme toute réduite, seule une ouverture a été pratiquée derrière l'accoudoir arrière pour assurer le transport de longs objets.

Nombreux appâts

Souvent snobée au profit des Classe S (Mercedes) et autres Série 7 (BMW), jugées plus prestigieuses, l'A8 ne manque pourtant pas d'appâts: châssis en aluminium, rouage intégral à prise constante et un bataillon d'aides à la conduite tous plus sophistiqués les uns que les autres ont de quoi inciter la concurrence à faire preuve de plus d'humilité quand elle parle de technologie d'avant-garde. Mais encore faut-il avoir l'oeil puisque, physiquement, cette troisième génération d'A8 ressemble étrangement à la précédente. Regardez-la mieux! Le porte-à-faux est plus court à l'avant, la calandre plus scintillante encore et il y a ces guirlandes lumineuses qui courent à l'intérieur des phares orientables.

Deux mots suffisent pour décrire cette berline: imperturbable et souveraine. Pourtant, son V8 de 4,2 litres, empreint de discrétion, certes (à 100 km/h, il ne tourne qu'à 1 700 tours/minute), manque de caractère et de souplesse par rapport aux mécaniques qu'offrent les concurrents, plus puissantes et surtout plus caractérielles. En revanche, la mécanique de l'A8 se distingue par sa plus grande sobriété à la pompe et une plus grande autonomie. Et elle promet de faire mieux encore l'automne prochain avec la sortie d'une version hybride capable de parcourir 5 kilomètres en mode tout électrique.

À défaut de panache, l'A8 procure une conduite feutrée et sûre. Étrangement, au volant, cette allemande ne laisse guère deviner son poids. Contre toute attente, elle ne manque pas d'air sur les parcours sinueux ou urbains. Sa direction à pignon et crémaillère est en effet d'une grande précision et son assistance, bien dosée, lui assure une agilité qu'on ne lui soupçonnait pas. Vous la trouvez trop ferme? Trop souple? Il suffit de modifier les paramètres pour moduler le degré d'assistance. Cela dit, bien que cette Audi s'inscrive avec une certaine aisance dans les virages, elle nous fait tout de même sentir que nous sommes aux commandes d'un véhicule plutôt lourd. À ce sujet, conservez votre méfiance naturelle d'automobiliste, car l'A8 a, elle aussi, ses limites, même s'il est presque impossible de la déstabiliser.

Équipée d'une suspension pneumatique, l'A8 permet, par l'entremise de la molette MMI, de régler le degré d'amortissement, voire de la surélever. Adorable. Qui plus est, sans l'intervention du conducteur cette fois, cette même suspension s'abaisse de 25 mm au-delà de 120 km/h afin de favoriser la tenue de route et d'accroître l'efficacité aérodynamique. Mais cela ne l'empêche pas, à faible allure, d'avoir maille à partir avec les saignées qui cisaillent la chaussée. Quel que soit le rythme adopté par son «chauffeur», la quiétude règne à bord. Et le freinage? Puissant, facile à moduler, bref, irréprochable!

Photo Éric LeFrançois, collaboration spéciale

Le V8 de 4,2 litres de l'A8 manque de caractère et de souplesse par rapport aux mécaniques qu'offrent les concurrents, mais il se distingue par sa plus grande sobriété à la pompe.

L'A8 ne parvient pas à redéfinir les critères d'une berline de prestige. Exclusive, confortable et raffinée, l'A8 l'est. Si elle s'adressait aux prolétaires, il serait juste de s'inquiéter du coût des réparations de son châssis en aluminium à la suite d'un accident qui s'annonce onéreux ou de la fiabilité de l'électronique et de ses 15 calculateurs. Mais lorsque vous êtes prêt à signer un chèque de plus de 100 000$, ce ne sont que des détails, n'est-ce pas?

CE QU'IL FAUT RETENIR

Fourchette de - prix: 99 200 $ à 111 700$

Frais de transport: 1995$

Garantie de base: 48 mois/80 000 km

Consommation obtenue lors de l'essai: 13,2 L/100 km

Dans les concessionnaires maintenant

SURVOL TECHNIQUE

Moteur thermique: V8 DACT 4,2 litres

Puissance: 372 ch à 6800 tr/mn

Couple: 328 lb-pi à 3500 tr/mn

Poids: 1800 kg

Rapport poids/puissance: 4,8 kg/ch

Mode: intégral (4 roues motrices)

Transmission de série: semi-automatique 8 rapports

Autres transmissions: aucune

Direction/diamètre de braquage: crémaillère/12,3 mètres

Freins/ABS: disque/de série

Pneus (de série): 235/55R18

Capacité du réservoir/essence recommandée: 90 litres/super

NOUS AIMONS

Finition exemplaire

Commandes intuitives

Conduite à la carte

NOUS AIMONS MOINS

Levier de vitesses agaçant

Encombrement et poids

Place occupée par l'électronique (fiabilité)

Photo Éric LeFrançois, collaboration spéciale

Si l'ambiance très raffinée ne manque pas de flatter les sens, un diplôme d'ingénieur en informatique ne sera pas vraiment superflu pour s'y retrouver dans toutes ces commandes.