Samedi, le vol 2895 de la Northwest a quitté la piste de Montréal-Trudeau à 15h50 pour revenir s'y poser 53 minutes plus tard en raison d'une défaillance hydraulique.

Publié le 15 janv. 2008
Éric Lefrançois, Collaboration Spéciale
Éric Lefrançois, Collaboration Spéciale

C'était la deuxième fois le même jour que le transporteur officiel du North American International Auto Show (NIAS) ne pouvait relier Montréal à Detroit. En effet, un peu plus tôt, samedi, le vol 2928 qui devait quitter à midi a été annulé. C'est à bord de ce dernier que je devais d'abord me trouver. Et dimanche? Entre le moment de mon arrivée et l'heure de tombée du cahier, ce n'était pas faisable d'où la décision de rentrer à la maison et prendre du recul face à ce premier événement automobile de l'année.

 

À la réflexion, je ne suis pas si déçu que cela, vous savez. Depuis hier, j'assiste à tous les dévoilements, accède à tous les dossiers de presse, à toutes les allocutions, à toutes les photographies sans quitter le confort de mon salon. Hier, 14 présentations ont eu lieu. Je n'ai pas eu besoin des 10 minutes allouées pour me déplacer entre elles. Un clic ou deux de souris, c'est tout.

 

D'accord, je ne pouvais m'attarder à monter sur la scène où se trouvait la belle du moment ou converser avec un ingénieur ou un dirigeant. Et puis après? Sur place, c'est impossible de le faire si vous souhaitez assister à toutes les présentations. En fait, il faut quitter la présentation aussitôt le voile soulevé. À peine le temps de jeter un oeil sur la vedette mécanique que l'on vient présenter qu'une voix amplifiée par les haut-parleurs annonce la prochaine présentation Il faut bien 10 minutes, pour s'y rendre bien sûr, mais aussi pour saisir - en jouant du coude avec les quelque 7000 journalistes qui ont obtenu une accréditation pour cet événement - ce document de presse qui finira bien dans une poubelle ou au mieux - selon sa rareté - aux enchères de eBay.

Pas besoin d'être sur place pour apprendre que les ventes de véhicules neufs aux États-Unis ont encore baissé l'année dernière. Et qu'elles baisseront encore en 2008. Naturellement, à entendre (à lire, dans mon cas) les discours des dirigeants du secteur automobile présents à Detroit, pas question de laisser transparaître ce pessimisme ambiant. On fait place aux projecteurs, aux paillettes et aux shows à l'américaine! Les perspectives sont maussades? On vit dans le déni et on répond que vous serez témoins de quelque 50 dévoilements. On ne vous dira pas que de ce nombre, beaucoup ne sont que des extensions de gamme de véhicules présentés il y a 60 jours au salon de Los Angeles...

Detroit perd-il de son intérêt? La question se pose, cette année à tout le moins avec l'absence - remarquée - de Porsche (pour des raisons obscures de marketing) et de l'absence de «gros canons» comme les Challenger ou Camaro. En outre, au-delà de cette poignée de nouveautés et de concepts, le North American International Auto Show (NAIAS) donne toujours lieu à la même histoire qui débute à peu près comme suit: «En dépit du prix du pétrole et de la crise existentielle des Big Three, Detroit garde le pied au plancher.» Et la cuvée 2008 ne fait pas véritablement exception avec les dévoilements des F-150, Corvette ZR1, Dodge Ram ou Cadillac CTS-V.

L'environnement? Bof...

La tendance déjà observée en Europe (Genève et Francfort) et en Asie (Tokyo) en faveur de l'environnement est, à Detroit, présentée du bout des lèvres. Hormis la GM qui tente de faire la démonstration qu'elle est aussi verte que sa rivale Toyota, il y a Chrysler qui présente trois concepts de véhicules propres (alimentation électrique, pile à combustible, hybride). Bravo, mais le constructeur américain a-t-il réellement les moyens de ses ambitions? On en doute.

 

Petite prédiction: le virage vert ne sera véritablement négocié que l'an prochain, lorsque l'industrie automobile aura épuisé tous ses recours pour éviter l'entrée en vigueur de la nouvelle norme CAFE (Corporate Average Fuel Economy), qui vise à réduire la consommation des véhicules de 40% d'ici à 2020. Et pour provoquer une métamorphose encore plus rapide, il faut pratiquement souhaiter que le gallon d'essence se vende à plus de 4$ d'ici la fin de l'année. Une prédiction? Non, c'est presque un souhait.