À l'approche des Fêtes, quoi de plus opportun que de vous parler... d'automobile et de Terre sainte.

Alain Raymond LA PRESSE

C'est en effet lors d'une visite en Jordanie que nous avons découvert, à l'issue d'une conversation avec notre chauffeur-guide, l'existence de la «collection du roi». Sachant que le roi Hussein de Jordanie était amateur d'automobiles, je m'attendais à visiter un local où seraient exposées quelques voitures ayant appartenu au roi.

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Quelle fut donc ma surprise de découvrir The Royal Automobile Museum, à Amman, la capitale. Un musée qui abrite une impressionnante collection de voitures et de motos et offre au visiteur une leçon d'histoire, celle de la Jordanie du début du siècle dernier à ce jour, vécue par le truchement de l'automobile: la Révolte arabe (1916-1918) et Lawrence d'Arabie, le mandat britannique, l'indépendance de la Jordanie, l'accession au trône du roi Hussein à l'âge 17 ans, la guerre des Six Jours...

Un dernier tour du garage

«Au retour de son dernier séjour en Angleterre, le 19 janvier 1999, et malgré sa santé défaillante, le roi Hussein fait le tour de ses garages. Voulait-il tout simplement jeter un coup d'oeil à ses voitures? Ou voulait-il se remémorer son règne mouvementé tel qu'il est enregistré dans la mémoire de chacune de ses voitures?»

Ce sont ces paroles en anglais qui vous accueillent au Musée de l'automobile du Royaume hachémite de Jordanie. Un musée érigé par l'actuel roi Abdallah II en mémoire de son père, le roi Hussein (1935-1999), homme emprunt d'affection pour son peuple et qui vouait une grande passion à l'automobile.

Notre histoire commence en 1916 avec le roi Abdallah 1er et sa Cadillac Type 53, une marque qu'affectionnaient les monarques de la région. Parmi les nombreuses américaines de la belle époque se démarque une surprenante Cord 810 Westchester 1936 dont le roi Hussein admirait la technologie évoluée.

Dans les années 50, l'automobile américaine de prestige a cédé la place à ses rivales européennes. Ici, une Mercedes 600 d'apparat, qui côtoie la Rolls-Royce Silver Shadow 1968 que le roi conduisait en privé, accompagné de la reine Alia, la voiture ayant aussi transporté le président Nixon en 1974. Autre monture célèbre, le Range Rover à bord duquel la reine Élisabeth et le prince Philip ont visité le site historique de Pétra en 1984.

Mon intérêt pour le sport automobile m'incite à m'attarder devant la Mercedes 190e développant 300 chevaux avec laquelle Hussein a remporté le Rumman Hill Climb en 1988. Viennent ensuite une Ferrari F40, une monstrueuse Porsche 959 biturbo de 450 chevaux, une Ford Escort RS Rally Cosworth. C'est à son volant que Hussein (alors âgé de 61 ans) a pulvérisé le record de la course de côte de Rumman.

Souvenirs d'enfance

Permettez-moi de vous confier un souvenir personnel. J'avais 13 ans lorsque mon père m'a amené assister à une course de côte dans les montagnes de mon Liban natal. La foule était nombreuse pour y observer un visiteur de marque au volant d'une rutilante Mercedes 300SL 1955: le jeune roi Hussein de Jordanie, le «petit roi» comme on l'avait affectueusement surnommé en raison de sa petite taille, gabarit idéal pour un pilote de course.

C'est donc avec émotion que je retrouve «ma» Mercedes 300SL superbement restaurée et exposée dans un décor qui évoque la course de côte. Sur la fiche signalétique, on dit que «la 300SL avait remporté la Course de côte du Liban, en 1958». J'ai envie de crier: «J'étais là!» Une fois de plus, grâce à mon amie l'automobile, je revis les jours heureux de mon enfance.

Depuis, les bouleversements se sont multipliés dans cette partie du monde, la Jordanie et le roi Hussein se sont souvent trouvés en plein coeur des événements. Mais fidèle à sa passion, le roi a profité des moments d'accalmie pour rouler, souvent incognito, au volant de l'une de ses voitures ou pour enfourcher l'une de ses nombreuses motos.

Et puisque toute bonne chose a une fin, cette visite émouvante se termine avec la limousine Mercedes 500 SEL qui a transporté le monarque en 1992 à son retour de sa visite à la clinique Mayo pour le traitement du cancer. À l'écran fixé au mur, on voit la foule en délire saluer son petit roi assis sur le toit de la voiture et arborant un sourire ému. Puis, c'est la voiture du dernier voyage, le Mercedes G-Wagon en livrée militaire qui a transporté la dépouille du roi à son dernier repos.

Si vous y allez

La Jordanie et ses nombreux sites historiques et bibliques valent vraiment la peine: la fabuleuse cité de Pétra, l'ancienne cité romaine de Jerach, le Wadi Rum, le mont Nébo d'où Moïse observa la Terre promise avant d'y mourir, l'église Saint-Georges, à Madaba, la mer Morte, le lieu du baptême de Jésus dans le Jourdain, etc. Et puisque vous passerez par Amman, allez donc saluer le petit roi et «ma» Mercedes 300SL.

Photo Alain Raymond, collaboration spéciale

La Mercedes 300SL 1955 au volant de laquelle le «petit roi» a remporté la course de côte au Liban en 1958.

Photo Alain Raymond, collaboration spéciale

La Cadillac Type 53 1916 ayant appartenu à Abdallah 1er (1882-1951).