La vitesse tue. Parfois même quand on est policier. La mort de l'agent Mélanie Roy en 2009 à Lévis, survenue à haute vitesse alors qu'elle répondait à un appel d'urgence, a ébranlé les corps policiers de la province. Mais la tragédie a aussi mis en lumière une formation en conduite automobile inadéquate chez les aspirants policiers. En 2010, la CSST et le coroner Pierre C. Samson recommandaient que celle-ci soit améliorée.

Mis à jour le 2 juill. 2013
Pierre-Marc Durivage LA PRESSE

La policière Roy était patrouilleuse pour la police de Lévis, corps policier municipal. Or, au Québec, seule la Sûreté du Québec (SQ) soumet actuellement ses recrues à une formation obligatoire au cours de laquelle les aspirants sont appelés à expérimenter la conduite d'urgence à haute vitesse.

Au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), pas de formation de ce genre. Les policiers arrivaient donc avec comme seul bagage les 24 heures de cours données par l'École nationale de police du Québec, à Nicolet. La formation vient tout juste d'y être bonifiée, alors aussi bien dire que les policiers actuellement affectés à la patrouille à Montréal ont suivi une formation de base pendant laquelle des techniques comme le contrôle de dérapage n'ont jamais été abordées.

«Les formateurs au service de police demandent d'avoir accès à un circuit fermé pour pratiquer à haute vitesse depuis des années, indique Yves Gendron, vice-président à la prévention à la Fraternité des policiers de la Ville de Montréal. Certains de nos policiers utilisent des voies rapides dans des secteurs très grands, comme l'Ouest-de-lÎle. C'est réel, il n'y a personne à l'abri de ça. Mais nos gens ne peuvent pas se pratiquer. On attend toujours un accident regrettable pour réagir.»

«Je ne veux pas en arriver là», répond du tac au tac Pierre Dupéré, chef de la division de la formation au SPVM. Loin de se défiler, M. Dupéré est très conscient des lacunes du SPVM en matière de formation. Mis à part les agents du service de filature, seule une poignée de patrouilleurs ont suivi un cours de conduite avancée, donné à Mirabel sur une piste désaffectée de l'ancien aéroport.

M. Dupéré soutient qu'il est essentiel qu'un corps de police d'une grande ville comme Montréal puisse bénéficier d'un centre de formation centralisé, non seulement pour la conduite automobile, mais aussi pour toutes les autres activités policières qui nécessitent une formation ou une mise à niveau. «Toronto et Vancouver ont des installations au-delà de tout ce qu'on trouve ici, affirme M. Dupéré. Nous, quand on veut par exemple pratiquer des manoeuvres avec la remorque de la cavalerie, on va dans un terrain de stationnement...»

Voeux pieux

Mais ça pourrait changer. C'est le souhait de M. Dupéré que le SPVM se dote d'un centre de formation centralisé. «Notre besoin en pieds carrés est établi et il y a des endroits envisagés, soutient Pierre Dupéré. Montréal n'a pas d'infrastructures dignes de son statut. C'est ambitieux, mais on a passé suffisamment de temps à pratiquer dans les fonds de ruelle et dans les stationnements. D'ici trois ans, si on n'a pas ça, on ne l'aura pas.»

À la commission de la sécurité publique de la Ville de Montréal, on soutient toutefois n'avoir jamais abordé le sujet, et qu'il s'agit simplement d'un souhait de quelques individus au sein du SPVM. Mais M. Dupéré persiste et signe: «Ça fait 24 ans que je suis au service de police. J'en ai vu des projets qui sont restés sur la table. Là, on est plus loin que sur la table», assure-t-il.

En attendant que ce souhait devienne réalité, le SPVM a néanmoins rendu obligatoire la formation de conduite hivernale, qui est donnée dans un stationnement de La Ronde. Un bel ajout, mais on en prendrait plus. «Quand on est jeune, on a toujours l'impression d'être prêt. Mais avec le recul, c'est sûr que j'aurais pris davantage de formation», nous dit Julie (nom fictif pour préserver son anonymat), qui a été patrouilleuse pendant plusieurs années au SPVM. «J'ai déjà eu une petite émotion que je n'aurais pas dû avoir. Il faut être en contrôle en tout temps. Si on sent qu'on a un petit feeling parce qu'on va vite, on doit ralentir.»

Cela dit, l'évaluation de la conduite automobile des policiers du SPVM s'est grandement resserrée depuis 2003, grâce à un programme de mentorat qui détecte à la source d'éventuelles lacunes chez les recrues. Ainsi, le nombre d'accidents dans lesquels ont été impliqués les agents du SPVM a chuté de 800 à 300. Essentiellement en milieu urbain, où les poursuites à haute vitesse n'arrivent jamais, pour des raisons de sécurité évidentes.

Mais on vise nécessairement plus haut. «Mon voeu pieux serait que tous nos agents puissent suivre des cours de conduite avancée, reconnaît Pierre Dupéré. Il n'y a pas de doute que si on avait un outil pour améliorer l'expertise des policiers, ça augmenterait de beaucoup nos résultats. Des capsules vidéo, c'est bien le fun, mais ce serait plus approprié en vrai.»