Alors qu'un regroupement favorable au transport électrique souhaiterait que Québec achète et installe substantiellement plus de bornes de recharge publiques partout dans la province, l'État du Maine songe pour sa part à taxer les propriétaires de véhicules électriques afin de financer ses propres infrastructures. La question qui tue : à qui va la facture ?

Alain McKenna LA PRESSE

Il y a deux semaines, l'Association des véhicules électriques du Québec (AVEQ) a présenté une pétition à l'Assemblée nationale incitant Québec à investir dans l'installation de 2000 bornes de recharge rapide, réparties sur l'ensemble de son territoire. Ce nombre est tiré d'un rapport publié l'automne dernier par le Conseil consultatif sur l'économie et l'innovation, mis en place par le ministère de l'Économie et dirigé par Monique F. Leroux. Le rapport suggérait que pour atteindre ses cibles de réduction de gaz à effet de serre (GES), Québec devrait accélérer le déploiement de ses infrastructures électriques, en plus d'offrir d'autres mesures incitatives aux automobilistes afin d'adopter cette technologie.

L'AVEQ croit qu'il serait possible de financer l'achat de ces 2000 nouvelles bornes à même le Fonds vert dont dispose Québec - 1,6 milliard sur les 3 milliards de dollars de ce fonds visant à favoriser le développement durable dans la province est justement alloué au transport collectif et alternatif.

« Quand une nouvelle technologie émerge, il est normal que le secteur public investisse si le privé n'est pas prêt à le faire. En ce moment, les bornes de recharge ne sont pas un investissement rentable, car elles sont sous-utilisées. »

- George Iny, président de l'Association pour la protection des automobilistes (APA)

Il ajoute qu'en ne consommant pas d'essence, les véhicules électriques évitent aussi la taxe sur les carburants, qui aide le gouvernement à payer pour l'entretien des routes.

« En ajoutant le rabais à l'achat, ça fait beaucoup d'aide gouvernementale. Ça ne durera pas éternellement. Les propriétaires de véhicules électriques devront payer pour leur utilisation du réseau routier un jour ou l'autre », craint-il.

UNE TAXE À L'ACHAT D'UN VÉHICULE ÉLECTRIQUE ?

Une crainte renforcée par ce qui se passe au sud de la frontière. Le gouverneur du Maine compte imposer une taxe de 150 $US à l'achat d'un véhicule hybride, et de 250 $US à l'achat d'un véhicule pleinement électrique, afin d'éponger une partie du manque à gagner de 60 millions US de son budget pour l'entretien des routes. Le Maine deviendrait le 18e État américain à imposer une telle taxe.

Cette taxe servirait par ailleurs à payer pour l'installation et l'entretien de nouvelles bornes de recharge rapide demandées par les propriétaires de ces véhicules. « C'est ce que nous sommes en train de faire, mais ça demande plus de sous », a résumé le commissaire du département du Transport du Maine, David Bernhardt, en entrevue à une station de radio locale.

Sur la question du transport, malgré le corridor électrique qui les relie, le Maine et le Québec semblent aux antipodes.

Chez nous, le transport, qui compte pour 41 % des émissions polluantes totales, est au coeur de la stratégie de réduction des GES. L'objectif québécois est de réduire ces émissions à 37,5 % sous le niveau de 1990 d'ici 2030, en mettant notamment 1 million de véhicules électriques sur les routes.

VIRAGE ÉLECTRIQUE OU VIRAGE MINCEUR ?

On est encore loin du compte : à la fin de 2017, on comptait à peine plus de 21 000 de ces véhicules sur les routes du Québec. Ceux-ci peuvent se brancher à l'une ou l'autre des 1350 bornes de recharge publiques, mais du lot, un peu plus d'une centaine seulement sont qualifiées de « rapides », avec une tension de 400 V.

Si l'ensemble du réseau de bornes publiques est peu utilisé, les bornes rapides, elles, connaissent une demande accrue. Simon-Pierre Rioux, président de l'AVEQ, dit avoir remarqué des files d'attente devant plusieurs de ces bornes, ce qui cause de la frustration et des délais qui n'ont rien pour encourager les gens à adopter cette technologie. 

« Si on considère que leur rythme de déploiement a ralenti ces derniers mois, faute de partenaires financiers, leur nombre déjà insuffisant aura des conséquences importantes sur les déplacements des futurs propriétaires de véhicules électriques », dit-il.

Il faudrait davantage de ces bornes rapides, estime l'AVEQ. Reste à déterminer à qui envoyer la facture.