Citroën va relancer en version électrique une icône des années 60 et 70, la voiture plage-plein air-plaisir Méhari.

Publié le 14 déc. 2015
Denis Arcand LA PRESSE

Ce pourrait être une bonne nouvelle pour l'usine de batteries Blue Solutions de Boucherville. Elle serait la bienvenue après le conflit de travail de l'an dernier, puis des mises à pied il y a 5 mois, qui se sont traduits par la perte de 50% des effectifs du début de 2014.

La carrosserie de l'E-Méhari 2016 a été dessinée par Citroën, mais la plate-forme, la mécanique et la batterie lithium-métal-polymère viennent directement de Bolloré, constructeur français d'autobus et tram-bus électriques et de voitures électriques destinées aux services d'autopartage. La filiale Blue Solutions, de Bolloré, fabrique environ les deux tiers de ses batteries en France et le reste à son usine et centre de recherche à Boucherville (mieux connue sous son ancien nom, Bathium Québec).

Avant le conflit de travail à Boucherville, qui a duré du 29 avril 2014 au 15 février 2015, la proportion était inversée. Au début du conflit, la firme avait 265 employés à Boucherville, ils ne sont plus que 130 aujourd'hui. Une partie de la production s'est déplacée en France. 

Optimisme tempéré

«Vu d'aujourd'hui, le lancement [de l'E-Méhari] est extrêmement positif pour les deux sites de production, a dit Jean-Luc Monfort, président de Blue Solutions Canada. Évidemment, ça dépendra de la réponse des clients et du succès commercial du véhicule.»

L'E-Méhari sera une voiture de petite série. Mais son impact potentiel (pour la technologie Bolloré) sur l'industrie automobile et la perception du consommateur dépasse celui des éventuelles ventes de Citroën E-Méhari, explique M. Monfort. «Jusqu'à présent, nos voitures sont conduites essentiellement par des gens qui utilisent les services d'autopartage dans les villes où nous avons eu les contrats. L'E-Méhari, par contraste, sera offerte à de véritables utilisateurs acheteurs.» Selon la réponse des clients éventuels et la performance de la voiture, d'autres constructeurs automobiles pourraient s'intéresser à la technologie Bolloré, qui privilégie la batterie lithium-métal-polymère, au lieu de la batterie lithium-ion, devenue la norme dans l'industrie automobile.

En fait, la carrosserie de la Citroën E-Méhari comprend de nombreux emprunts directs à la Bolloré Bluesummer, décapotable fabriquée durant quelques mois par Citroën et peu connue même en France.

Par contre, la compacte quatre-places Bolloré BlueCar, construite sur la même plateforme, a une certaine notoriété internationale: surtout destinée aux services d'autopartage urbain, la BlueCar est en service à Paris et dans d'autres villes européennes. La BlueCar a aussi réussi une percée nord-américaine à Indianapolis.

Vachement sixties

L'E-Méhari se veut une version moderne et électrique d'une authentique star automobile des années 60 et 70. En 1968, Citroën avait connu un succès instantané auprès des jeunes avec la Méhari originale, faite sur un châssis dérivé de celui de la Deux-Chevaux et offerte dans une palette de couleurs vives. Cette voiture faite pour rouler sur les plages sablonneuses (le méhari est le dromadaire des Touaregs du Sud de l'Algérie) coûtait 7000 francs en 1968, elle était frugale en essence et d'entretien facile. En plus, elle était cool. Brigitte Bardot en conduisait une et la Méhari partageait la vedette avec Louis de Funès dans Le gendarme de Saint-Tropez. Sans être un succès commercial retentissant, elle a marqué son époque parce qu'elle incarne «une certaine idée de la liberté, très forte à cette période», résume le magazine français Caradisiac.

L'E-Méhari ne ressemble pas vraiment à la Méhari originale, mais elle se veut elle aussi une voiture de plage et reproduit deux caractéristiques de l'originale: la carrosserie est en plastique et on peut laver au boyau l'habitacle et la soute.

Batterie bonne à -25 degrés

Au lieu du petit moteur deux-cylindres de 600 cc de 1968, l'E-Méhari a un moteur électrique de 50 kW (68 chevaux). On peut la pousser à 110 km/h le pied au fond (à peu près la vitesse maximale de la Méhari originale). Son autonomie est de 100 km en usage ville-route et de 200 km en ville. La batterie pèse 300 kg, elle a une capacité de 30 kWh; sa recharge rapide peut prendre aussi peu que trois heures, tandis que le temps de recharge complet avec une borne domestique varie 8 et 13 heures, selon le voltage.

Elle est garantie pour 400 000 km. Elle fonctionne au froid comme à la chaleur: entre -25 et 65 degrés, affirme M. Monfort.

Pour une voiture de plage (risquant d'être une troisième voiture) l'E-Méhari ne sera pas bon marché: en France, on évoque un prix de 18 000 euros (après incitatifs) soit près de 27 000$, plus des frais de location mensuels de 79 euros (118 dollars) pour la batterie (!), un irritant majeur qui serait impensable sur le marché nord-américain.

Ironiquement, la Méhari ancienne, construite à 145 000 exemplaires entre 1968 et 1987, est probablement le dernier succès de Citroën auprès des jeunes. L'âge moyen des clients actuels de Citroën est de 60 ans. L'E-Méhari est une voiture chargée de rajeunir l'image de la marque et ses ambitions commerciales sont limitées. Pour commencer, la voiture est homologuée à l'interne chez Peugeot-Citroën pour une production de 1000 par année; mais rien n'empêcherait d'augmenter la production si la demande le justifiait.

À elle seule, ce n'est probablement pas l'E-Méhari qui fera augmenter les cadences et les effectifs à Boucherville. «Mais c'est un facteur de plus qui s'inscrit dans une hausse mondiale modérée de la demande de batteries d'automobiles et stationnaires», dit M. Monfort. «Nous fondons aussi de l'espoir sur les appels d'offres de services d'autopartage en Amérique du Nord et aussi sur le développement de nos produits de stockage d'énergie stationnaire.»

L'E-Méhari sera lancée en France en mars 2016.

Photo fournie par Citroën

Photo fournie par Citroën