Les voitures à propulsion hybride font désormais partie du paysage automobile et laissent présager l'arrivée imminente des voitures électriques grand public. À tel point, en fait, que des constructeurs comme General Motors sont prêts à miser leur avenir sur cette technologie. De l'hybride à l'électrique, il y a toutefois plus qu'un pas à franchir.

Mis à jour le 24 févr. 2009
Alain McKenna, Collaboration Spéciale LA PRESSE

Il y a quelques années, la technologie hybride était tournée en ridicule par une majorité de constructeurs. La flambée du prix de l'essence a rapidement changé la donne. Aujourd'hui, la crise économique a pris le relais: pour créer de nouveaux emplois, le gouvernement américain compte forcer l'industrie automobile à investir massivement dans des produits à haute valeur technologique, si sophistiqués, dit-on, qu'on ne pourra pas exporter les emplois qui s'y rattachent.

 

Pour les constructeurs américains, cette mesure se traduit essentiellement par deux mots: voitures électriques. GM et Chrysler assurent qu'ils mettront en marché des voitures électriques au plus tard en 2010. Pour y parvenir, ils comptent d'abord pousser la technologie hybride jusqu'à ses dernières limites: celle où ce ne sera plus le groupe électrique qui jouera les seconds violons, mais plutôt le moteur à essence.

Hybride rechargeable

Le premier pas dans cette direction serait de permettre aux automobilistes qui le désirent de charger la pile de leur voiture hybride autrement qu'en démarrant le moteur à essence. Un véhicule de ce genre, qu'on pourrait qualifier d'hybride rechargeable, aurait pu voir le jour sous la bannière Saturn.

L'an dernier, General Motors a dévoilé la deuxième génération du VUS compact de Saturn, le Vue, et annoncé du même souffle qu'un Vue hybride rechargeable pourrait être offert un an après le lancement du Vue hybride, cette année. La principale différence entre les deux modèles était qu'on pouvait charger la pile du second en le branchant directement à une prise électrique conventionnelle. À l'origine, ce Vue rechargeable devait posséder une autonomie de 16 kilomètres en mode purement électrique. Les difficultés financières de GM ont forcé la direction de Saturn à mettre ce projet sur la glace.

Toyota possède elle aussi son propre projet de voitures hybrides rechargeables. Quelques prototypes déjà fonctionnels au Japon, équipés d'une version modifiée de la mécanique hybride de la Prius qu'on connaît déjà, peuvent parcourir une douzaine de kilomètres en mode tout électrique, et feraient chuter sa consommation de moitié, à environ 2,5 L/100 km. On chuchote entre les branches que la prochaine génération de Prius, que Toyota dévoilera en janvier au Salon de Detroit, aura droit à une version rechargeable. Jusqu'à tout récemment, on disait aussi qu'elle serait munie de capteurs solaires et qu'une version décapotable pourrait voir le jour, alors aussi bien ne pas trop se fier aux rumeurs...

Autonomie accrue

Pour qu'on puisse passer aux voitures électriques, il faudra d'abord revoir une composante majeure: la pile. Tout le monde s'attend à ce que la technologie actuelle - la pile au nickel-métal hydrure (NiMH) - cède le pas à la pile au lithium-ion. Il se pourrait aussi qu'on remplace carrément cette pile par un supercondensateur, une technologie à laquelle travaille actuellement la société ontarienne EEStor, entre autres. En théorie, un supercondensateur ferait le tiers du poids et produirait deux fois plus de puissance qu'une pile au NiMH, accroissant sensiblement l'autonomie d'un véhicule électrique. Seul hic, faute de financement suffisant, EEStor repousse sans cesse la date de commercialisation de sa technologie.

Reste donc la pile au lithium-ion, qu'on verra supposément sous le capot de la Chevrolet Volt en 2010. Sans être aussi légère ni puissante qu'un supercondensateur, cette pile accroît suffisamment la performance et l'autonomie d'un moteur électrique pour qu'il puisse remplacer le moteur à essence dans le rôle de principale source d'énergie. GM espère que la Volt pourra faire 65 kilomètres en mode électrique seulement.

À ce moment, le moteur à essence ne servira qu'à charger la pile du groupe électrique. Autrement dit, la Volt ne devrait pas être une voiture hybride, ni même une hybride rechargeable, bien qu'on puisse en charger la pile en branchant la voiture sur secteur. Dans son cas, les anglophones parlent d'un «Range-extended Electric Vehicle», qu'on pourrait traduire par voiture électrique à l'autonomie accrue.

Si la Volt voit le jour en novembre 2010, elle sera peut-être la première voiture du genre produite en grande quantité, mais elle ne sera pas la seule. Des constructeurs de toutes les tailles, de Fisker Automotive au groupe Chrysler, en passant par Hyundai, Kia et même Nissan, ont démontré leur intérêt pour ce type de véhicule. Tout comme des centaines de milliers d'automobilistes partout dans le monde. Reste seulement à voir si la voiture électrique verra enfin le jour pour de bon.