Le week-end dernier s'est tenue la 32e édition du Grand Prix de Valcourt, devenu au fil des ans la mecque du sport motorisé hivernal. Alors que Jacques Villeneuve, grièvement blessé l'an dernier sur ce même circuit, y a fait un retour, le champion québécois de snocross Tim Tremblay, sept fois vainqueur à Valcourt, a dû faire une croix sur l'événement et sur sa saison en raison d'une blessure subie il y a deux semaines.

Michel Marois LA PRESSE

Il y a un peu de cowboy, un peu de cascadeur et un brin de folie dans un champion de snocross comme le Québécois Tim Tremblay. Le pilote de 27 ans est l'une des grandes vedettes de l'International Series of Champions, la F1 de sa discipline, dont il a été le champion en 2012.

Sept fois vainqueur au GP de Valcourt, Tim était le grand absent de la compétition, ce week-end, en raison d'une grave blessure subie il y a 10 jours dans une course près de Buffalo. «Je me suis cassé la jambe, ma saison est finie», a-t-il expliqué au téléphone la semaine dernière, visiblement déçu et encore affaibli quelques heures après avoir subi une intervention chirurgicale.

Un épisode de plus dans la carrière mouvementée d'un pilote qui n'a visiblement pas froid aux yeux. Nous l'avons rencontré le mois dernier à Aspen dans le cadre des X Games, une compétition où il a remporté une médaille de bronze en 2013 et une quatrième place cette année.

«Je suis arrivé au snocross en 2008, un peu par hasard...», raconte Tim, encore assis sur sa motoneige Ski-Doo, après une séance d'essais. «Je faisais du motocross à l'époque et, comme je passais mes hivers en Floride pour m'entraîner, je n'avais pas vraiment le temps de faire de la motoneige. Un de mes commanditaires, qui était aussi engagé en snocross, m'a quand même invité à faire un test et j'ai tout de suite aimé ça.»

Originaire de Sainte-Jeanne-d'Arc, au Lac-Saint-Jean, Tremblay était évidemment déjà familier de l'hiver et de la motoneige, mais la rapidité de ses succès a tout de même étonné: «J'ai gagné ma première course, puis plusieurs autres par la suite. Ça m'a valu une invitation pour courir aux États-Unis, sur le circuit professionnel.»

Vite dans le coup, Tim a toutefois été victime d'un grave accident à la deuxième saison. «Mon genou a pratiquement «explosé» et j'en ai eu pour plusieurs mois avant de pouvoir reprendre l'entraînement, explique-t-il. Mes employeurs m'ont toutefois fait confiance et j'ai pu reprendre la compétition au plus haut niveau. Les succès se sont poursuivis et je suis encore là aujourd'hui!»

Tim n'a pas hésité à s'installer au Minnesota, le «pole» de la motoneige de compétition, pour être près des installations de son équipe et de nombreux lieux de compétitions. «Je me suis acheté une maison et j'y vis avec ma conjointe et notre petite fille de cinq mois, raconte-t-il. Je ne les vois malheureusement pas souvent pendant la saison de compétition. Je suis sur la route pendant une bonne partie de l'hiver et je ne reviens à la maison qu'une ou deux fois par mois.

«Mais la carrière d'un pilote de snocross est assez courte; les gars arrêtent habituellement après 33, 34 ans... J'ai encore quelques bonnes saisons devant moi et je dois en profiter. Et j'avoue que je ressens encore la même passion pour ce sport.

«C'est très dur physiquement, ça brasse beaucoup et on traîne tous des petites blessures, des douleurs qui ne disparaissent jamais vraiment. Mais c'est une sensation incroyable de maîtriser ces machines, d'affronter les autres pilotes et de gagner des courses.»

Pilote de pointe de Ski-Doo, Tremblay est dans l'une des grosses équipes, le Scheuring Speed Sports, où il dispose de plusieurs motoneiges et de mécaniciens expérimentés. L'ensemble des paddocks de l'ISOC est d'ailleurs impressionnant.

«C'est un peu comme le NASCAR en course automobile, explique Tremblay. Les grands constructeurs sont tous impliqués - à l'exception de Yamaha - et les commanditaires sont très nombreux. Nous avons une dizaine de courses officielles chaque saison, en plus d'évènements hors championnat comme les X Games.»

Champion en 2012, troisième du classement en 2013, Tim devra faire une croix sur la saison en cours. «C'est probablement ma plus mauvaise saison en carrière, expliquait-il déjà à Aspen. Nous avons été très malchanceux, avec plusieurs bris mécaniques quand nous étions dans la lutte pour de bons classements. Mais je sais que nous avons les moyens de rebondir.»

Quatrième aux X Games, deuxième la semaine suivante au Minnesota, Tremblay était effectivement revenu dans le peloton de tête du circuit national de snocross et comptait bien terminer la saison en force... jusqu'à cet accident bête.

Seul point positif, il verra davantage sa famille. «Je rentre à la maison», disait-il, un peu groggy, la semaine dernière au téléphone. «Je vais aller me reposer un peu...»

Rarement l'expression «le repos du guerrier» aura-t-elle été plus justifiée dans un texte sur un athlète.

Colten Moore: l'as du freestyle

Si le snocross est la discipline reine des compétitions de motoneige, la plus spectaculaire est sans doute le freestyle. L'Américain Colten Moore a réussi le mois dernier aux X Games d'Aspen une performance ahurissante, multipliant les pirouettes avec sa motoneige et autour de celle-ci dans des positions qui défiaient continuellement la gravité et la mort.

Et c'est bien de cela qu'il s'agissait. Le frère de Moore, Caleb, a été victime d'un accident mortel lors de la même compétition en 2013, et le retour de Colten Moore à Aspen était évidemment chargé d'émotions.

«Mes fils ne sont vraiment heureux que sur leurs engins», racontait leur père Wade, les larmes aux yeux, quelques minutes après la compétition. «Ce soir, Caleb était avec nous et je sais qu'il a aidé Colten à réussir tout ce qu'il a accompli.»

Originaires du Texas, les Moore ne vivent et ne respirent que pour la mécanique et la compétition. Wade Moore se déplace dans une incroyable motoneige fermée à quatre chenilles, mélange de char d'assaut et de voiture de luxe. Et son fils rêve déjà à ses prochaines acrobaties. «Je n'ai jamais, même un instant, pensé à arrêter, a raconté Colten. Caleb me frapperait si j'y pensais. Je sais qu'il ne voudrait pas que j'arrête, ni même que je ralentisse. C'est ce que je vais faire pour le reste de ma vie.»

Photo AP

Colten Moore