Le sport automobile a multiplié les efforts pour rendre les courses le plus sécuritaires possible, si bien que les pertes de vie en piste sont devenues exceptionnelles. Mais il existe encore des épreuves qui défient toute logique, cousues sur mesure pour les trompe-la-mort.

Pierre-Marc Durivage LA PRESSE

Snaefell Mountain Course

Les quelque 60 kilomètres du circuit de Snaefell Mountain sont hantés par les 237 fantômes de pilotes qui ont péri au détour de l'un de ses 264 virages. Des fantômes dont le chant semble ensorceler les motocyclistes qui sont attirés chaque année sur l'île de Man, théâtre de la mythique Isle of Man Tourist Trophy, organisée depuis 1907 et dont l'édition 2012 s'est terminée samedi dernier. Au mois d'août, ce sera au tour des meilleurs pilotes amateurs de venir se frotter au circuit de Snaefell Mountain à l'occasion du Manx Grand Prix.

On dit circuit, mais il faut savoir que le tracé est uniquement constitué de chemins publics, serpentant à travers villages pittoresques et collines verdoyantes, souvent bordés de muret de pierre. La vitesse moyenne au tour dépasse les 200 km/h, avec des pointes à plus de 300.

Ici, la moindre faute peut être fatale. Et elle l'est. En 2011, trois pilotes sont morts pendant le TT. Même bilan pendant le Manx Grand Prix. Sur le site web officiel de l'épreuve, on trouve le nom des gagnants de l'an dernier. On voit celui de Wayne Hamilton, vainqueur de la première course réservée aux débutants (Newcomers). Trois jours plus tard, il trouvait la mort dans la course de catégorie Junior.

Il n'y a rien qui rappelle le destin tragique du jeune pilote, ni celui des deux autres morts pendant la compétition. Parce que la mort souffle sans cesse dans le cou des pilotes qui tombent sous le sort du Snaefell Mountain Course. Et tout le monde sur l'île de Man en est parfaitement conscient. Pas de lever de boucliers, pas de révolution, pas de menace de boycottage à l'horizon. La course de moto semble avoir été élevée au rang de religion dans l'île. Et comme au temps des rites païens, tout le monde semble trouver normal d'offrir en sacrifice la vie de quelques motards malchanceux qui vivaient leur rêve...

Le vétéran Guy Martin, 30 ans, est l'un des pilotes les plus rapides du peloton, mais il est revenu encore une fois cette année parce qu'il était toujours en quête d'une victoire au TT. En 2010, il a subi un effroyable accident et il aurait pu y rester.

«Bien sûr que le TT est dangereux, mais c'est la raison pour laquelle je le fais, a dit Martin à la BBC. On ne doit jamais laisser son esprit divaguer. Si ça arrive, on est généralement mort. On est distrait une fraction de seconde et on touche un trottoir, c'est la fin.

«D'accord, il y a des gens qui meurent ici chaque année. Mais personne ne les a forcés à le faire, n'est-ce pas?»

Vous n'avez pas tort, M. Martin...

 

Grand Prix de Macao

Le Grand Prix de Macao dispute le titre de course de moto la plus dangereuse à l'Isle of Man Tourist Trophy. Peu importe, on retrouve dans les rues de la mégapole chinoise à peu près les mêmes casse-cou que dans les chemins de l'île britannique. John McGuinness a gagné à Macao, même chose pour Michael Rutter, tous deux vainqueurs cette année au TT. Le circuit de 6,12 km est parfois si étriqué que deux voitures peuvent à peine rouler côte à côte. Car, oui, le GP de Macao présente aussi des courses sur quatre roues. Bien sûr, c'est doublement dangereux pour les motards. Avec des rails de métal, des murs de ciment et aucune zone de dégagement digne de ce nom, la Faucheuse guette à chaque virage...

 

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Nürburgring

Long de plus de 20 kilomètres, le circuit du Nürburgring a longtemps été considéré comme le plus dangereux de la Formule 1. Surnommé «L'Enfer vert» par Sir Jackie Stewart en raison de son tracé sinueux en forêt rhénane, ses longues lignes droites permettent d'atteindre des vitesses de plus de 320 km/h, sans compter ses innombrables montées, descentes et virages aveugles. C'est ici que Niki Lauda a failli perdre la vie en 1976. Si les F1 ne roulent plus sur l'ancien tracé de Nürburg, le Nordschleife présente toujours quelques courses de voitures de tourisme. Mais, surtout, il est ouvert à la circulation publique, moyennant un paiement de 25 euros par tour. Il n'y a pas de limite de vitesse et, malgré la présence de forces de l'ordre, quelques imprudents y périssent chaque année...

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