Touché en plein coeur par le scandale des moteurs diesel truqués, de dimension planétaire, le colosse automobile Volkswagen va désigner vendredi un nouveau capitaine pour le guider dans la tempête, après la démission retentissante de son patron.

Mis à jour le 25 sept. 2015
Raphaëlle LOGEROT et Benoît TOUSSAINT AGENCE FRANCE-PRESSE

Encore sonnés par la déflagration mondiale de cette affaire, les vingt membres du conseil de surveillance du constructeur de Wolfsburg devaient se réunir dans la matinée pour démettre officiellement de ses fonctions Martin Winterkorn, l'actuel PDG. Volkswagen n'a confirmé aucun horaire.

Caméras et photographes faisaient le siège devant le bâtiment principal du groupe, centre névralgique de cette ville du nord de l'Allemagne. L'association Greenpeace était présente aussi, avec des pancartes représentant Pinocchio et réclamant la «fin des mensonges».

Le constructeur a avoué cette semaine avoir équipé quelque 11 millions de véhicules dans le monde d'un logiciel destiné à tromper les contrôles anti-pollution et faire ainsi passer ses voitures pour plus «vertes» qu'elles ne l'étaient.

Une cascade d'enquêtes et investigations ont été lancées depuis dans divers pays, et tout le secteur automobile est sous étroite surveillance. Vendredi, Paris a annoncé des contrôles aléatoires dès la semaine prochaine, toutes marques confondues. En Allemagne, un ministre régional réclame une indemnisation de tous les automobilistes concernés.

L'Allemagne tout entière s'inquiète de sa réputation internationale. «La confiance (dans les produits allemands), gagnée pendant des décennies, peut être anéantie en quelques jours», a commenté dans une tribune de presse l'économiste Marcel Fratzscher, président de l'institut DIW.

Müller aux commandes?

M. Winterkorn, que les médias allemands surnommaient tout récemment encore «M. Qualité», a annoncé mercredi son départ, endossant la pleine responsabilité du scandale tout en affirmant n'en avoir jamais rien su. Il reste à la tête de la holding Porsche SE, actionnaire majoritaire de Volkswagen, a indiqué à l'AFP un porte-parole de cette dernière.

C'est Matthias Müller, 62 ans, actuel chef de la marque de luxe Porsche, qui va succéder à M. Winterkorn, affirment d'ores et déjà plusieurs organes de presse allemands. Cheveux blancs et regard bleu azur, M. Müller passe pour être très apprécié au sein du groupe, dont il dirige cette filiale depuis 2010.

Le constructeur, dont l'action a perdu 30 % cette semaine, faisant s'évaporer plus de 20 milliards d'euros de capitalisation boursière, espère ainsi prendre un nouveau départ. Le titre avançait de 1,20 % à 113,50 euros à 9 h 25 GMT à la Bourse de Francfort vendredi.

Le nouveau chef et son directoire remanié - la purge ne va pas se limiter au sommet de la pyramide - devront gérer les conséquences commerciales et judiciaires de l'affaire, difficilement appréciables pour le moment. Volkswagen a déjà provisionné 6,5 milliards d'euros dans ses comptes, mais encourt rien qu'aux États-Unis une amende maximale de 18 milliards de dollars (16 milliards d'euros).

Dans le pays, où l'affaire a éclaté la semaine dernière, le constructeur fait aussi déjà l'objet de nombreuses plaintes en nom collectif - les fameuses «class-actions».

Stratégie à revoir

Sur le papier, l'année 2015 se présentait sous les meilleurs auspices pour Volkswagen, mastodonte aux douze marques, qui a récemment détrôné le japonais Toyota comme numéro un mondial des ventes.

Outre la gestion de la crise, le nouveau numéro un devra toutefois remettre à plat la stratégie d'un groupe énorme - 10 millions de voitures vendues en 2014, 202 milliards d'euros de chiffre d'affaires, 590 000 salariés - géré jusqu'alors de manière très centralisée.

Sous M. Winterkorn et son mentor Ferdinand Piëch, parti au printemps dernier, le groupe fonctionnait sous la devise: «un décide, les autres suivent», rappelle le journal allemand Handelsblatt.

Parmi les autres défis figure le marché chinois, fer de lance de la croissance, mais où les ventes de Volkswagen ont reculé de 5,8 % depuis le début de l'année. L'allemand n'a jamais non plus réalisé ses ambitions aux États-Unis. Sans compter l'absence de voiture à bas coût au sein du groupe et les retards sur l'électrique.

M. Winterkorn prévoyait une grande réorganisation de Volkswagen, pour décentraliser les décisions. Un projet qui devait être présenté vendredi au conseil de surveillance et qui incombera désormais à un autre.

PHOTO AFP

Matthias Müller