Étourdi par le prix de l'essence? Le prix du baril de pétrole, qui a touché 105$ récemment, va s'écraser à 50$ d'ici la fin de l'année, a prédit la semaine dernière le président de Gulf Oil, Joe Petrowski.

Mis à jour le 7 août 2013
Denis Arcand LA PRESSE

Le prix du pétrole est déjà très élevé et son décrochage sur le marché va survenir principalement parce que l'offre mondiale a atteint des niveaux qui n'ont pas été vus depuis des années, a dit M. Petrowski lundi dernier à l'émission économique Squawk Box, diffusée tous les jours de la semaine à CNBC.

«C'est le b.a.-ba de l'économie: on produit des quantités record de pétrole et de gaz naturel aux États-Unis et au Canada. De plus, l'offre des pays de l'OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) a augmenté. Parallèlement, la demande de pétrole faiblit un peu» en Amérique du Nord, a dit M. Petrowski, notamment parce que les autos consomment moins d'essence, mais surtout parce que le gaz naturel (de schiste) déloge le pétrole du marché du chauffage, une situation qui se fera sentir pleinement à l'automne.

Le ralentissement de l'économie chinoise contribue aussi à l'affaiblissement de la demande mondiale, dit-il.

Une question d'offre, pas de demande

Depuis plusieurs années, dans les milieux économiques, seul un scénario catastrophe envisagerait le prix du pétrole à 50$ le baril: par exemple, une crise économique qui ferait chuter dramatiquement la consommation et la demande. Mais M. Petrowski dit que la donne a changé et que sa prédiction s'explique principalement par l'offre qui augmente, pas par une baisse importante de la demande. «La demande industrielle ne baisse pas (...) De ce que j'ai vu de mon vivant, l'offre de pétrole et de gaz naturel n'a jamais été meilleure qu'en ce moment», a-t-il dit.

Selon lui, le prix mondial actuel du pétrole ne peut pas tenir et dès qu'il va commencer à glisser, «les pays [de l'OPEP] qui comptent sur des revenus vont augmenter [encore] leur production pour maintenir leurs entrées d'argent», ce qui va précipiter le prix du pétrole.

Il dit que les pays membres de l'OPEP trichent toujours un peu en dépassant leurs productions cibles respectives: «Mais la tricherie va s'accélérer à mesure que le prix va baisser.»

Pas d'essence à 70 cents le litre

Il n'a pas précisé combien de temps cette nouvelle situation pourrait durer ni prédit le prix de l'essence à la fin de l'année si celui du pétrole baisse de moitié comme il le pense. Le prix de l'essence va baisser beaucoup, dit M. Petrowski, mais sûrement pas de moitié, parce que les coûts de raffinage et de transport demeurent. Le coût pour les raffineurs de mélanger du bio-éthanol à l'essence (une obligation imposée par le gouvernement fédéral américain) ajoute aux coûts de production des raffineurs, selon lui. Le transport par voie ferrée et par camion du pétrole nord-américain, plutôt que par pipeline, ajoute aussi aux coûts des raffineurs, dit-il.

Quand le prix du pétrole va baisser, «les marges des raffineurs vont être sous pression, mais il y a quand même une fenêtre pour faire du profit», a dit M. Petrowski.

La chute de la valeur du pétrole annoncée par M. Petrowski est surprenante, entre autres parce que le prix mondial a monté de 20% depuis 3 mois. Il a fait sa prédiction osée juste avant de s'envoler pour Washington, où il doit participer aujourd'hui à une rencontre avec le gouvernement américain portant sur le pourcentage de bioéthanol que les raffineurs comme Gulf doivent mélanger à leur essence. Le gouvernement américain veut hausser ce pourcentage pour réduire la dépendance des États-Unis au pétrole étranger. Les raffineurs s'opposent à toute hausse. Si ce que M. Petrowski prévoit se matérialise, la dépendance au pétrole étranger ne serait plus un problème aussi grave pour les pays importateurs.