Il y a plus de 20 ans, les États-Unis ont imposé l'étiquetage sur les automobiles. Afin - officiellement - de permettre au consommateur de faire un choix éclairé à l'achat d'un véhicule neuf. Plutôt destinée à favoriser le « Buy American », la loi américaine sur l'étiquetage des automobiles (AALA) semble manquer de précision. Un nouvel index montre que les voitures de construction nord-américaine ne courent pas les rues.

Sébastien Templier LA PRESSE

À la manière de l'information que l'on peut avoir sur un aliment, de la production à la distribution, l'AALA permet de savoir où est assemblé un véhicule, d'où proviennent ses moteurs et transmissions, quel est son pourcentage de pièces faites en Amérique du Nord. Autant d'informations paradoxalement insuffisantes et imprécises pour savoir dans quelle proportion exactement une voiture neuve provient des États-Unis et du Canada.

Du moins, c'est ce que prétend Frank DuBois, professeur spécialisé en gestion des chaînes d'approvisionnement à la Kogod School of Business de Washington, D.C. Selon lui, l'index de l'ALAA ne reflète qu'un pourcentage du contenu d'un produit alors que l'industrie automobile fonctionne avec une chaîne mondiale d'approvisionnement. Cet index considère, à tort, les pièces faites au Canada comme des produits américains. Des constructeurs font des déclarations incomplètes sur leurs produits. D'autres omettent de mentionner des versions de modèles.

« Si vous ouvrez une simple transmission soi-disant faite en Amérique, vous y trouverez beaucoup de pièces plus petites, chacune indiquant son pays d'origine. Vous pourriez alors trouver que 80 % de ces pièces ne viennent pas des États-Unis », illustre Frank DuBois.

Le professeur de la Kogod School of Business a donc mis au point son propre index qui prend principalement en compte l'emplacement des stocks, des capitaux, des sièges sociaux, des lieux de production (transmission, moteur) et d'assemblage, et de la recherche et développement.

Il en arrive à un classement fort différent de celui de l'ALAA. Lorsque ce dernier classe la Toyota Camry au premier rang des voitures faites en Amérique, l'index Kogod de DuBois ne la place qu'au 12e rang. Alors que la Honda Accord est au troisième rang officiel des véhicules made in America, l'index de DuBois la replace au 24e rang. La différence est un peu du même ordre pour la Toyota Sienna : 4e selon l'ALAA, 12e d'après DuBois.

Selon le professeur, ce sont les véhicules américains qui occupent les vraies premières places. Bien des GMC, Buick, Chevrolet, Ford ou Jeep sont les plus american-made. En moyenne, 84 % de leur contenu provient réellement d'Amérique du Nord.

L'ensemble de nos voitures n'est cependant pas si nord-américain que cela. Seulement 36 % des 253 modèles répertoriés par Frank DuBois et vendus en Amérique contiennent plus de 50 % de pièces fabriquées sur le continent.

Vous ne regarderez plus votre véhicule du même oeil.