Des centaines de milliers de voitures et des milliers de stations-service dès 2020: les industriels de l'hydrogène, forts de l'apparition des premiers véhicules et points de vente, veulent convaincre l'Europe - et la France en particulier - qu'ils peuvent changer de créneau.

Marc Preel AGENCE FRANCE-PRESSE

Depuis les premiers prototypes des années 90, l'hydrogène est salué comme une solution de rechange intéressante au pétrole comme carburant automobile. Mais son essor tant annoncé est sans cesse retardé.

«Nous sommes commercialement et industriellement prêts», tranche Bert de Colvenaer, numéro deux du partenariat européen «pile à combustible et hydrogène» (FCH JU) qui a réuni les financements de Bruxelles et des industriels, au cours d'un colloque à Paris vendredi dernier.

Environ 3,8 milliards de dollars ont déjà été investis au total en Europe. L'Allemagne a installé ses premières stations-service et en comptera 50 d'ici 2015 et Toyota a annoncé un premier modèle de série pour 2015 - à 50 000$ tout de même.

Un embryon - quelques centaines de véhicules actuellement - qui pourrait se développer grâce à l'avantage concurrentiel des voitures à pile à combustible - le moteur électrique alimenté à l'hydrogène - par rapport aux autres véhicules: de moindres émissions polluantes que les carburants fossiles, plus d'autonomie et un plein plus rapide que les voitures à batteries.

«D'ici 2020, il y aura un marché, et il devrait y avoir quelques centaines de milliers de voitures et quelques milliers de stations en Europe», assure Pierre-Étienne Franc, qui préside le FCH JU.

Et il n'y a pas que l'automobile: l'hydrogène peut aussi être utilisé comme source d'électricité et de chauffage.

Il reste que l'hydrogène - dont un kilogramme permet actuellement de rouler environ 100 kilomètres - n'est pas encore concurrentiel face à l'essence ou au diesel au niveau des coûts.

Au total, les industriels estiment qu'ils devront investir environ 21,6 milliards de dollars pour réussir leur pari à grande échelle.

Mais le véritable bémol vient de la façon dont on produit l'hydrogène.

Élément le plus abondant sur Terre, il ne se trouve pas séparément à l'état naturel, mais dans les hydrocarbures, l'eau, etc. Or, aujourd'hui, plus de 90% de l'hydrogène est produit industriellement avec du gaz.

«Pour être vraiment cohérent, il faut un hydrogène décarboné», reconnaît M. Franc, qui vise 50% d'hydrogène sans carbone en 2020. Trois méthodes sont possibles: la capture et le stockage du CO2, l'usage de biogaz ou de biomasse renouvelables, ou encore la production d'hydrogène à partir d'électricité.