Arrêté, puis évincé la semaine dernière de son influent rôle de dirigeant de Nissan et de l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, Carlos Ghosn, jusque-là admiré au point de devenir la vedette d'un manga au Japon, ne sera pas oublié de sitôt si on se fie aux produits qu'il laisse en héritage. Petit tour d'horizon, à travers des véhicules emblématiques.

Mis à jour le 26 nov. 2018
Alain McKenna LA PRESSE

Nissan Altima

Le premier geste qui allait propulser Ghosn au premier plan de l'industrie automobile mondiale n'est pas une nouvelle voiture.

En 2002, le nouveau PDG de Nissan annonce un ambitieux plan de revirement stratégique en trois points visant à élever les ventes à 1 million de véhicules, à accroître leur profitabilité et à éliminer la dette de l'entreprise.

En acier et en caoutchouc, cela prend forme sous les traits de l'Altima, une berline intermédiaire qu'on redessine entièrement cette année-là en misant sur trois thèmes chers à l'automobile : plus grosse, plus puissante et beaucoup moins frugale que les modèles précédents.

Photo Nissan.

Nissan Z

En janvier 2002, au salon de l'auto de Détroit, Carlos Ghosn lève le voile sur le coupé 350Z. Il ressuscite ainsi la sportive après six ans d'absence sur le marché nord-américain.

Ce coupé s'inscrit dans la tendance, chère notamment à Audi et à Chrysler entre 1995 et 2004, qui consiste à mettre en production rapide des véhicules-concepts d'allure futuriste.

Pour Nissan, c'est aussi l'occasion d'ajouter une nouvelle corde à l'arc de son V6 de 3,5 L, qui a depuis servi à toutes les sauces et qui a joué un rôle clé dans le succès du groupe japonais. Deux ans plus tard, Nissan présentait le roadster 350Z. 

Ghosn réitère sa croyance selon laquelle ces sportives sont non seulement bonnes en matière de ventes, mais aussi pour redorer l'image globale de sa gamme entière.

Photo Nissan.

Nissan Murano

Nissan recourt à une transmission à variation continue (boîte CVT) depuis 1992.

Mais c'est seulement en 2003 que celle-ci fait son apparition en Amérique du Nord, à bord du Murano, un nouveau VUS intermédiaire qui précède le virage vers les utilitaires de toute l'industrie. 

La CVT tombe à pic. À l'aube d'une hausse fulgurante des prix du carburant à la pompe qui va s'étirer jusqu'en 2009, Carlos Ghosn peut promettre des véhicules qui consomment jusqu'à 10 % moins de carburant simplement en troquant la bonne vieille boîte automatique à cinq rapports contre une technologie appelée Xtronic CVT.

On la trouve encore aujourd'hui dans plusieurs modèles Nissan.

Photo Martin Tremblay, La Presse 

Nissan Leaf

En 2011, Nissan Canada procède au lancement de sa première voiture entièrement électrique, la Leaf. Introduite au Japon et aux États-Unis un an plus tôt, elle est nommée voiture internationale de l'année, ce qui va la démarquer avantageusement d'autres nouveautés électriques comme la Mitsubishi i-MiEV, entre autres.

Mine de rien, le pari de Carlos Ghosn s'avère payant et l'électrification devient un vecteur d'avenir pour Nissan, ainsi que pour son partenaire français Renault.

Entre 2005 et 2009, Ghosn hérite successivement des titres de PDG et président du conseil des deux constructeurs, avec pour mission de vendre 1,5 million de véhicules électriques avant 2016. Il a raté la cible, mais la Leaf est tout de même devenue la voiture électrique la plus vendue de tous les temps avec plus de 350 000 exemplaires dans le monde.

Sa petite cousine chez Renault, la Zoe, a hérité du même titre pour le marché français.

Photo Nissan.

Infiniti QX60

En 2011, Renault-Nissan se dote d'une nouvelle vision à long terme appelée Power 88.

Ce plan vise notamment à internationaliser, puis tripler les ventes de la division Infiniti pour qu'elles atteignent 10 % de parts du marché mondial des autos de luxe.

Pour y arriver, le groupe produit dès l'année suivante un premier modèle aux États-Unis, le JX35, un VUS dérivé du Nissan Murano qui allait devenir, en 2014, le QX60. Ce VUS à trois rangées de sièges allait propulser Infiniti au haut de la liste des marques haut de gamme les plus vendues en Amérique du Nord, mais aussi en Chine. 

Son siège social a été déplacé du Japon vers Hong Kong précisément pour profiter de l'émergence de ce qui est devenu, depuis, le premier marché automobile de la planète.

Photo Nissan.

Mitsubishi Outlander PHEV

En 2016, Nissan acquiert une position de contrôle à la tête de Mitsubishi Motors, son rival de Yokohama.

Un an plus tard, l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi voit le jour, et devient du coup le quatrième groupe automobile en importance dans le monde.

En jumelant les ventes de l'Outlander hybride branchable de Mitsubishi à celles des autres modèles du genre vendus par Renault et Nissan, l'alliance devient aussi le plus important vendeur de véhicules hybrides branchables et électriques.

C'est un enjeu de taille pour Carlos Ghosn, qui prédit qu'au plus tard en 2020, 1 véhicule neuf sur 10 vendus sur la planète sera partiellement ou totalement électrique, prévision qui semble se concrétiser depuis dans plusieurs grands marchés, dont la Californie.

Photo Mitsubishi

Nissan IDS

Au salon de l'auto de Tokyo de 2015, Carlos Ghosn dévoile un véhicule concept appelé IDS. Le président explique qu'il s'agit là de sa vision de l'après-Ghosn pour Nissan et Renault (et, éventuellement, Mitsubishi).

Déjà, à l'époque, le dirigeant helvético-libano-brésilien parle de créer des liens « irréversibles » entre les partenaires de son alliance, ce qui prépare le terrain pour une possible fusion entre Renault et Nissan dont on entend soudain parler maintenant que Ghosn a été arrêté par la justice japonaise.

Il suffit de peu d'imagination pour voir dans le concept IDS, un véhicule sans conducteur, le reflet de l'arrogance d'un chef d'entreprise qu'on a souvent dépeint comme un sauveur héroïque, en France comme au Japon. 

Ghosn voyait-il Renault-Nissan après son départ comme une entreprise n'ayant plus personne pour tenir le volant ?

Photo Nissan.

L'affaire Ghosn en bref

Carlos Ghosn, sauveur de Nissan et père de l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, a été arrêté au début de la semaine dernière par les autorités japonaises après avoir été accusé par une source interne anonyme d'avoir dissimulé d'importants revenus et bénéfices.

Avec une rapidité hors de l'ordinaire, la direction de Nissan a limogé M. Ghosn, concrétisant la chute immédiate d'un des dirigeants les plus en vue de l'industrie automobile mondiale.

Ayant atteint le poste de PDG de Nissan après avoir travaillé comme chef des opérations à la fin des années 90, Ghosn jouissait d'un statut privilégié au Japon, où son rôle dans le revirement d'une des entreprises les plus iconiques depuis la Seconde Guerre mondiale pour l'économie nippone a frappé l'imagination du public.

Son histoire personnelle a même été racontée un peu comme celle d'un superhéros dans un manga publié à partir de 2001 dans le magazine Big Comic Superior.

Image Éditions Big Comic Superior.