Ces derniers temps, Lexus passe sa gamme au gant de crin. Fini le style mou, fade et banal de ses créations passées. Place à l'émotion, et quoi de mieux qu'un coupé pour incarner le mieux cette volonté de séduire et de s'affirmer? Le RC n'a rien de stratégique pour les ventes de Lexus dans le monde, mais il renvoie l'image d'une marque capable de concevoir un coupé bien charpenté et puissant que l'on remarquera forcément dans la rue.

Éric LeFrançois LA PRESSE

Lexus, la filiale de luxe du groupe Toyota, peut s'autoriser à proposer un modèle brillant et un peu futile, susceptible de séduire esthètes et connaisseurs. Bref, une voiture qui offre sa part de rêve. Ce faisant, la marque japonaise reprend la main et compte, à partir de l'automne, se mesurer aux Audi A5, BMW Série 4, Cadillac ATS Coupé et, prochainement, Classe C coupé de Mercedes. Le beau linge des constructeurs, quoi.

Forts de l'accueil enthousiaste réservé à leur concept LC-LF, les stylistes ont su injecter de l'émotion dans les lignes, élégantes mais un peu trop complexes, de la firme japonaise. Pour eux, cette voiture se construit autour d'une calandre imposante, code esthétique figurant dorénavant - et obligatoirement - sur l'ensemble de la production de ce constructeur.

Walter Da Silva (Groupe VW), Ian Callum (Jaguar) et Peter Schreyer (Kia), pour ne nommer qu'eux, vous diront que dessiner un coupé constitue un exercice dont rêve toute la profession. Un tel modèle concentre à lui seul les grands thèmes romantiques de l'automobile (la sportivité, la fluidité, la majesté) sans trop devoir se soucier de contraintes pragmatiques (habitabilité, volume du coffre, accessibilité aux places arrière, etc.).

Conçu sur un châssis qu'il partage avec l'actuelle berline IS, le RC déploie sa beauté bourgeoise avec assurance. Basse, presque aussi effilée que la fantomatique LF-A, cette longue voiture offre au regard ses lignes délicieusement agressives, mais un brin surchargées à l'arrière avec des ailettes en plastique clinquantes et de mauvais goût, et un pare-chocs protubérant - ou est-il seulement torturé? Les accostages de carrosserie sont impeccables et les phares ciselés, soulignés d'un crochet de diodes luminescentes.

Son statut de coupé soumet cependant le RC à de fortes contraintes. Celui-ci doit trouver sa clientèle chez ceux et celles n'ayant plus ou pas encore de grands enfants à promener.

On ne sera donc pas surpris de constater que l'espace dévolu aux deux passagers arrière est plutôt mesuré et difficilement accessible. Le coffre n'est guère plus vaste, mais celui-ci a été calibré - clin d'oeil à l'appui - pour accueillir deux sacs de golf, l'unité de volume en vigueur dans la catégorie.

Le dessin incliné du pavillon, qui réduit singulièrement la garde au toit, n'arrange rien. À l'avant, en revanche, tout n'est que luxe, calme et volupté. Ambiance raffinée, matériaux moelleux, tableau de bord élégant (la version F Sport reprend des éléments visuels de la LF-A), ergonomie rigoureuse. On ne manquera pas d'apprécier la disparition de l'archaïque «souris» pour naviguer dans les menus et sous-menus de l'ordinateur de bord. Désormais, il suffit de glisser un doigt sur une plaque opaque aussi conviviale qu'une tablette électronique.

Au chapitre de la nomenclature, le RC propose six configurations. Essentiellement des groupes d'options.

La direction canadienne de Lexus publicisera les tarifs peu de temps avant la sortie de ce modèle à l'automne. Mais elle confirme néanmoins que le coût du ticket d'entrée se trouvera quelque part dans les 50 000 $.

L'audace ne s'est pas glissée sous le capot

L'audace dont fait preuve le RC sur le plan du style ne trouve pas écho sur le plan technique. Une critique qui en fait n'en est pas une. En effet, le marché des coupés est si étroit que tous les constructeurs soucieux d'y inscrire un représentant doivent - sous peine de ne jamais le produire - le dériver très étroitement de véhicules de plus «grande diffusion». Dans le cas présent, le RC puise majoritairement ses composants auprès de la berline IS. Rien à dire là-dessus: la marque suit la recette de ses rivaux.

En revanche, on constate avec agacement que cette Lexus va à l'encontre des vents dominants. Alors que l'heure est au downsizing (diminuer la cylindrée des moteurs pour en extraire les mêmes performances avec une consommation revue à la baisse), ce modèle retient uniquement les services du V6 de 3,5 litres maison.

Cette motorisation au rendement sans histoire, faut-il le préciser, ne fait guère saliver pour l'avant-garde de ses technologies ni pour sa capacité à siroter tranquillement l'essence (super) dans son réservoir. Et la déception n'en est d'ailleurs que plus grande lorsque le RC agrafe un rouage intégral à ses «pieds». Idéal pour affronter en toute sérénité les conditions climatiques qui sévissent chez nous, ce mode d'entraînement limite à six le nombre de rapports de la boîte de vitesses. La version propulsée (roues arrière motrices) en compte deux de plus et une gestion plus fine.

Au RC, dont les suspensions ont été élaborées selon un compromis plus porté sur le confort que la sportivité, sont dévolues des qualités dynamiques dignes de son rang, pour peu que l'acheteur coche le groupe F Sport offert en option. Ce dernier propose des éléments suspenseurs adaptatifs plus efficaces et une direction plus franche et plus précise à démultiplication variable.

Ce coupé, dont la répartition des masses ne compromet pas l'agrément de conduite, dans la lignée de l'excellent comportement de la berline, apparaît à l'usage plus agile que volcanique.

Un peu lisse, ce moteur dont on en vient presque à déplorer la trop grande efficacité de l'insonorisation, qui étouffe ses vocalises.

Mais cela ne devrait pas refroidir les ardeurs des amateurs de belles carrosseries. Ils soupireront sans doute devant l'envolée des tarifs, mais noteront avec satisfaction que cette voiture produit son petit effet dans le voisinage.

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On aime

> Version F Sport à privilégier

> Suspensions prévenantes

> Disponibilité du rouage intégral

On aime moins

> Design maniéré

> Poids élevé

> Coffre étroit

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Fiche technique

> Marque/Modèle: Lexus RC 350

> Fourchette de prix: 55 000 $ (estimation)

> Frais de transport et préparation: 1995 $

> Garantie de base: 4 ans / 80 000 km

> Consommation réelle: 11,8 L/100 km (estimation)

> Pour en savoir plus: www.lexus.ca

> Visible dans les concessions: Novembre 2014

> Moteur: V6 DACT 3,5 litres

> Puissance: 307 ch à 6400 tr/min

> Couple: 277 lb-pi à 4800 tr/min

> Rapport poids-puissance: 5,5 kg/ch

> Poids: 1700 kg

> Mode: Propulsion (intégral disponible)

> Transmission de série: Semi-automatique 6 (AWD) ou 8 rapports (Propulsion)

> Transmission optionnelle: Aucune

> Direction / Diamètre de braquage: Crémaillère / 10,8 m (11,4 AWD)

> Freins av-arr: Disque / Disque

> Pneus (av-arr): 235/40R19 - 265/35R19 (235/40R19 AWD)

> Capacité du réservoir / Essence recommandée: 66 L / Super