Après avoir concentré ses efforts sur l'amélioration de la qualité pendant des années, le sud-coréen Hyundai, numéro cinq mondial des constructeurs automobiles, met l'accent sur la beauté et envoie ses designers en Patagonie ou en Égypte pour se ressourcer.

Publié le 18 févr. 2012
Simon Martin AGENCE FRANCE-PRESSE

La première voiture Hyundai, la Pony, est sortie des usines en 1974. En moins de quarante ans, le groupe s'est hissé parmi les cinq grands mondiaux.

Désormais, la firme entend renforcer la beauté des lignes de ses modèles, un objectif résumé dans la philosophie dite de «la sculpture fluide». «Nous faisons partie maintenant des cinq plus grands et nous avions besoin d'un produit qui reflète cela, un produit qui pourrait se différencier de celui des autres constructeurs», indiquait Oh Suk-Geun, responsable de la cellule design de Hyundai, lors d'une rare visite de ses ateliers début février.

«Nous avons senti l'importance d'une souplesse fluide de la ligne. L'harmonie de la ligne peut signifier qu'une voiture est très aérodynamique», a-t-il ajouté.

Le groupe indique que ses ventes ont augmenté annuellement de 20% aux États-Unis ces deux dernières années, et ses concessionnaires attribuent la moitié de cette croissance à l'amélioration de l'esthétique des modèles.

L'accent sur le design a commencé avec les modèles sortis en 2010 et cette tendance va peu à peu s'étendre à toutes les gammes, via des retouches sur les modèles existants, ou la sortie des nouvelles voitures. Les ateliers de design sont situés sur le site de recherche et développement du groupe, couvrant 870 hectares à Namyang, au sud de Séoul, dans la province de Gyeonggi.

«Au jour le jour, le plus grand obstacle (à la créativité) est l'environnement de travail», reconnait Oh Suk-Geun, en évoquant cette zone très industrialisée. «Il n'y a rien d'incroyablement stimulant esthétiquement dans les environs».

Alors Hyundai envoie ses designers pour des séjours à l'étranger, ou des voyages de «rafraichissement» dans des destinations aussi exotiques - pour les Sud-coréens - que la Patagonie ou l'Égypte. À Namyang, les dessinateurs industriels peuvent aller dessiner hors du bureau, dans un café voisin, ou se rendre en centre-ville, «là où ils se sentent à l'aise», déclare le responsable.

Le design d'un nouveau modèle démarre par des dessins à main libre. Suit la réalisation de modèles à taille réduite, d'images numériques en trois dimensions puis d'un modèle en taille réelle, en argile. Le résultat final est classé au rang de secret industriel, les photographies strictement interdites et ces modèles cachés plusieurs jours sous des toiles.

«Hyundai se développe et devient une marque mondiale, nous devons établir un lien affectif avec nos clients», souligne Casey Hyun, responsable de la conception créative, évoquant «un look familial caractéristique». «Avant, nous n'avions pas vraiment de marque ou d'identité cohérente».

En cas de dissension entre les équipes lors de la création des modèles, les designers chez Hyundai tendent à avoir le dernier mot face aux ingénieurs... qui commencent à apprécier l'impact de l'esthétique pour améliorer les ventes, ajoute le responsable.