Le constructeur automobile italien Fiat, confronté à un marché européen en chute libre qui le contraint à dépendre de son allié américain Chrysler, a annoncé mardi qu'il prévoyait de conserver ses usines sur le Vieux continent, mais de les consacrer en partie à l'export.

Amélie Herenstein AGENCE FRANCE-PRESSE

L'Italie, pays où Fiat est le premier employeur privé et où l'annonce du renoncement à son précédent plan d'investissements avait provoqué quelques sueurs froides, peut désormais respirer. Le patron de Fiat Sergio Marchionne a implicitement confirmé au cours d'une conférence avec les analystes qu'il n'entendait pas fermer d'usine dans la péninsule, mais réorienter leur production: «Si je fermais un site en Europe, je devrais en construire un autre ailleurs. Cela n'aurait pas de sens», a-t-il dit. M. Marchionne doit rencontrer des représentants des syndicats dans la soirée.

Fiat a également publié mardi ses résultats trimestriels, qui montrent clairement les difficultés auxquelles il fait face en Europe, continent en proie, selon le groupe, à un «carmageddon», une chute spectaculaire des ventes de véhicules, en particulier en Italie.

Si le bénéfice net a plus que doublé au troisième trimestre à 286 millions d'euros et les objectifs pour 2012 restent d'actualité - bien que désormais «dans le bas de la fourchette» avancée jusqu'ici - le groupe ait aussi essuyé une perte nette de 800 millions d'euros sur neuf mois si l'on exclut Chrysler. Ces chiffres, auxquels s'ajoute un net creusement de la dette du constructeur, ont déplu aux analystes et fait chuter le cours de Fiat à la Bourse de Milan, où il a cédé 4,66% à 3,93 euros en clôture.

Fiat a par ailleurs annoncé qu'il revoyait nettement à la baisse ses objectifs (publiés en 2010) pour 2013 et 2014 en termes de volumes, de résultat opérationnel et de chiffre d'affaires. Pour la zone la plus délicate, celle dite EMEA (Europe, Moyen-Orient et Afrique), il espère grâce à sa nouvelle stratégie parvenir à l'équilibre en 2015-2016.

En conséquence, le groupe entend mettre l'accent sur des marques haut de gamme comme Alfa Romeo ou Maserati et mettre à profit les capacités excédentaires en Europe pour exporter vers des marchés plus dynamiques, notamment l'Amérique du Nord et l'Asie, a expliqué M. Marchionne. Fiat «travaille depuis un mois avec le gouvernement italien pour améliorer la compétitivité à l'exportation», a-t-il indiqué au sujet de ce problème récurrent en Italie. Les usines italiennes seront adaptées d'ici «24 à 36 mois».

«L'objectif est d'utiliser jusqu'à 15% de la capacité pour l'export, en particulier pour les petits 4x4 Jeep, Alfa Romeo et Maserati», selon un document du groupe. La marque Fiat sera pour sa part articulée autour de la 500 et de la Panda, précise-t-il. La Jeep sera toujours produite aux États-Unis, a-t-il assuré, alors qu'un possible transfert vers la Chine avait été évoqué. Quant à la marque Lancia, elle a peu d'avenir hors d'Italie, a-t-il admis.

La réorientation européenne a été retenue car le groupe dispose de capacités disponibles dans cette région, alors qu'il n'en a pratiquement pas ailleurs. «Nous avons au moins trois marques capables d'être compétitives sur le secteur à marge plus élevée», a souligné M. Marchionne. L'autre option, non retenue, consistait à rester concentré sur un marché moins haut de gamme et à «rationaliser la capacité en fermant une ou plusieurs usines», a indiqué Fiat.

M. Marchionne a par ailleurs démenti tout contact récent avec Peugeot-Citroën et General Motors en vue d'une alliance à trois destinée à contrer leur concurrent allemand Volkswagen sur le marché européen.

Photo Reuters

Fiat «travaille depuis un mois avec le gouvernement italien pour améliorer la compétitivité à l'exportation», a indiqué le patron du constructeur italien, Sergio Marchionne.