Malgré tous les défauts qu'on leur trouve quand on n'est pas assis dedans, les gros VUS semblent avoir de nouveau la cote au Québec et au Canada. Ce n'est pas fini: même si le prix du carburant repart à la hausse, les améliorations apportées par les constructeurs suffiront à contrebalancer ce problème aux yeux des acheteurs, croit un expert.

Mis à jour le 1er mars 2017
Alain McKenna LA PRESSE

En matière de popularité, les chiffres sont éloquents : il s'est vendu une fois et demie plus de gros VUS au pays en 2016 qu'en 2015, à 15 823 exemplaires (+49,5%). Les grands gagnants sont General Motors et Ford, qui comptent pour un peu plus de 9 véhicules vendus sur 10 dans cette catégorie au Canada.

Le Yukon de GMC est un modèle qui a particulièrement bien fait, l'an dernier. Ses ventes ont bondi de 65% en un an à peine. Une refonte importante, en 2016, a permis de réviser la mécanique de façon substantielle, améliorant sa consommation tout en conservant assez de muscle pour les usages parfois pointus associés à son format. En un mot: le remorquage de lourdes charges. La capacité maximale du Yukon est de 3855 kg.

La gourmandise de son V8, qui fait 5,3 ou 6,2 L selon la version choisie, est amenuisée par un système qui désactive la moitié des cylindres à vitesse de croisière. Sa consommation combinée réelle est de 14,7 L aux 100 km. Le Yukon XL 2017 fait beaucoup mieux, disons, qu'un Yukon XL de 10 ans son aîné. En 2007, sa consommation moyenne était de 19,6 L aux 100 km...

Consommer moins pour aller plus loin

Un détail qui n'échappera pas aux acheteurs en quête d'un véhicule spacieux et confortable: le Yukon peut accueillir jusqu'à neuf passagers. Son style robuste et cossu ne sera pas pour déplaire non plus. L'impression de confort et de sécurité créée par le grand format d'un VUS de ce type touche la cible, également, et justifie souvent la dépense additionnelle pour un véhicule qui coûte tout de même plus de 55 000 $.

Roger McKnight, analyste canadien du secteur pétrolier et des tendances dans le transport, d'Oshawa, ajoute l'étalement urbain comme cause additionnelle expliquant le regain de popularité des gros VUS.

«Les VUS sont des véhicules sacrés aussi bien au Canada qu'aux États-Unis, dit-il. Ce qu'on observe, aussi bien à Montréal qu'à Toronto, c'est que les gens achètent une maison de plus en plus loin du centre-ville, et parcourent de plus longues distances pour se rendre au boulot. Comme ces VUS consomment moins qu'avant, ils s'avèrent attrayants pour ces plus longues distances.»

M. McKnight ajoute qu'à ce stade-ci, même si le prix de l'essence se mettait à monter en flèche, ça ne changerait rien. «Les moteurs plus efficaces des VUS modernes ont rendu les gens insensibles au prix du carburant», croit-il.



Ford Expedition 2018: poids lourd, poids plume

Cet intérêt renouvelé pour les gros VUS ne passe pas inaperçu. À l'automne, pour la première fois depuis 2003, Ford renouvellera son Expedition. Il s'agit du plus gros des VUS produits par Ford qui ne nécessite pas d'immatriculation commerciale (contrairement au défunt Excursion...). Il joue dans les platebandes du Yukon de GMC. Un Lincoln Navigator à la fiche technique identique ira faire de l'ombre au Cadillac Escalade, lui-même dérivé du Yukon. 

La charpente en acier ultrarésistant de l'Expedition et sa carrosserie en aluminium l'allégeront de 135 kg, par rapport à son prédécesseur. Sa cylindrée Ecoboost de 3,5 L à turbocompression et une boîte de transmission automatique à 10 rapports aideront tout autant à réduire sa consommation moyenne. Une batterie d'accessoires électroniques assurera par ailleurs que le véhicule garde le cap, peu importe l'état de la route ou le niveau de distraction du conducteur.

L'objectif de Ford: faire oublier les préjugés tenaces face à ces gros véhicules... et attirer les familles. «C'est ce qu'on a fait il y a 20 ans en lançant le premier Expedition. Aujourd'hui, les familles désirent parcourir de plus longues distances qu'avant, et exigent plus de technologies, pour un confort et une sécurité accrus», résumait Joe Hinrichs, président de Ford Amérique, lors du dernier Salon de l'auto de Detroit. 

En d'autres mots: une vieille recette qui marchait bien, ramenée au goût du jour. N'est-ce pas la définition même d'une renaissance?

Photo fournie par Ford

À l'automne, pour la première fois depuis 2003, Ford renouvellera son VUS Expedition.