Une silhouette hors du temps, des ailes musclées, un capot massif, une énorme calandre en nid d'abeilles, d'impressionnants porte-à-faux et un gabarit étonnamment compact. En chiffres, cela donne une longueur d'à peine plus de 4 mètres et un poids à vide de 1300 kilogrammes. Bref, cette Quattro Concept est aussi légère que celle qui l'a précédée. Surtout, elle est plus puissante encore avec ses 408 chevaux.

Éric LeFrançois, collaboration spéciale LA PRESSE

Présentée en avant-première lors du Mondial de l'auto de Paris, la Quattro Concept souligne les 30 ans de la transmission intégrale chez le constructeur allemand. Une simple étude de style? Pas du tout. Ses concepteurs tenteront d'obtenir le feu vert du conseil d'administration d'Audi pour la produire en - petite - série. Et comme pour mieux nous convaincre du sérieux de sa démarche, le constructeur allemand a tenu à démontrer que, sous sa sculpturale carrosserie blanche, la Quattro Concept est en fait un véritable prototype de conception, complètement fonctionnel. Entendez par là qu'elle roule, et plutôt bien même, comme nous avons pu le constater, avec 13 autres journalistes sélectionnés partout dans le monde, en nous glissant aux commandes de l'unique exemplaire produit à ce jour.

Pour concevoir la Quattro Concept, les ingénieurs d'Ingolstadt ont réalisé un châssis en aluminium calqué sur celui de la RS5, mais raccourci. Sous le capot en fibre de carbone, on retrouve un moteur cinq-cylindres 2,5 litres auquel se rive une plomberie si volumineuse (turbo, collecteur d'échappement) qu'il était impossible de le monter en position transversale, comme il a l'habitude de l'être. Pas de place. Voilà qui explique son positionnement longitidunale (axe nord-sud) à l'intérieur de cette cage thoracique devenue trop étroite. La puissance maximale de 408 chevaux combinée au poids plume de l'auto lui permet non seulement de revendiquer un rapport poids-puissance voisin à la R8 V10, mais aussi d'abattre le 0-100 km/h en 3,9 secondes.

Photo fournie par Audi

Seulement 14 journalistes dans le monde ont pu prendre le volant de la Quattro Concept pour cet essai. La Presse était parmi les médias invités.

Effet sidérant

Volant en main, la Quattro Concept s'avère plus une voiture de course qu'un prototype de salon. Certes, la vitesse était limitée pour notre bref essai organisé sur les hauteurs de Malibu sous escorte policière. Mais la quantité de virages négociés nous a permis de vérifier le comportement annoncé - et recherché - par les concepteurs de ce coupé. Cela dit, la vigueur des reprises produites par le 5-cylindres suralimenté par turbocompresseur est suffisamment impressionnante pour vous clouer, votre passager et vous, contre le dossier de votre baquet.

L'effet exercé sur le conducteur est d'autant plus sidérant que la poussée est quasi instantanée sous le sifflement aigu de la soupape de décharge du turbo. La boîte chargée de transmettre puissance et couple à la chaussée comporte six rapports qu'il faut engager manuellement. Conscients de l'image de la marque, les concepteurs auraient préféré opter pour la boîte semi-automatique à double embrayage, mais celle-ci a été rejetée en raison du lest (20 kg!) qu'elle aurait ajouté à l'ensemble. D'ailleurs, cette obsession à l'égard du poids a incité les concepteurs à retrancher aussi la banquette arrière, pourtant présente sur le modèle original.

Si elle devait être produite, la Quattro Concept serait un fabuleux jouet pour tous les pilotes et autres collectionneurs avisés et fortunés qui auraient le bonheur d'en prendre le volant. Au ralenti, la fréquence des explosions du cinq-cylindres se traduit par un bruit continu, sourd et puissant. Même à l'état de prototype, cette Quattro Concept accélère comme un missile. Le compteur à cristaux liquides (clin d'oeil aux années 80) enjambe les dizaines à vitesse grand V, mais la terrible accélération est supportable, car elle est parfaitement linéaire. Les changements de rapports se font sans effort et contribuent à rendre ce coupé docile à piloter. Si son aérodynamisme, ses suspensions évoluées (que de l'aluminium) et ses énormes chaussures de 20 pouces lui procurent une efficacité redoutable en virage, ils n'empêchent pas une grande progressivité de réaction. Encore plus inattendue, sur le bitume lisse de la Californie, la Quattro Concept s'est avérée plutôt confortable.

Enfin, si le modèle passé a été couronné champion du monde des rallyes en 1982 et 1984, la Quattro Concept n'aspire pas à une carrière en compétition. Le constructeur allemand rappelle à juste titre que ce coupé ne correspond pas du tout à la nouvelle réglementation de cette discipline. Il reste maintenant à voir si le conseil d'administration de la marque aux anneaux consentira à donner son feu vert à la mise en marché de ce véhicule dont le prix avoisinerait celui d'une R8 à moteur V8.

Les frais de transport et d'hébergement liés à ce reportage ont été payés par Audi AG.

Photo fournie par Audi

Volant en main, la Quattro Concept s'avère plus une voiture de course qu'un prototype de salon.

Photo fournie par Audi

Si elle devait être produite, la Quattro Concept serait un fabuleux jouet pour tous les pilotes et autres collectionneurs avisés et fortunés qui auraient le bonheur d'en prendre le volant.