Depuis l'an dernier, la petite ville de Burlington, au Vermont, a un service de partage de voitures similaire à Communauto. Carshare est embryonnaire, avec seulement huit voitures. Mais il se distingue par une curiosité: chaque voiture a reçu un prénom, déterminé par un sondage. Les autos s'appellent donc Clovis, Otto, Dewey, Pearl, Ramona, Nora, Clementine et Horatio.

Mathieu Perreault LA PRESSE

Cette technique de marketing veut miser sur l'habitude de certains conducteurs novices - la plupart des membres de Carshare n'ont jamais eu de voiture - de donner un nom à leur voiture. Étonnamment, rares sont les études sur ce phénomène.

 

À la Société onomastique américaine, qui s'intéresse à la sociologie des noms, une recherche dans les archives de la revue Name n'a pas permis de trouver quoi que ce soit sur ce phénomène répandu. Seule une compagnie d'assurances britannique, Swinton, a des données sur le sujet. L'an dernier, Swinton a fait un sondage auprès de 1600 de ses membres et découvert que 8 personnes sur 10 donnent un nom à leur véhicule. La proportion était beaucoup plus élevée chez les femmes (88%) que chez les hommes (moins de 50%). Détail amusant, les hommes donnaient généralement un nom féminin à leur voiture, et les femmes un nom masculin.

 

Swinton a mené ce sondage pour encourager ses clients à créer un lien émotionnel avec leur véhicule, parce qu'un tel lien pousse les automobilistes à mieux s'occuper de leur voiture. L'assureur considère que les femmes sont plus susceptibles de donner un nom à leur voiture entre autres parce qu'elles en prennent mieux soin et qu'elles ont moins d'accidents, ce qui diminue le risque d'avoir à faire le deuil de l'automobile aimée. Swinton a même avancé que les clients qui donnent un nom à leur voiture pourraient avoir des primes moins élevées.

 

Le facteur le plus important pour le choix du nom d'une voiture est sa couleur. Les voitures jaunes étaient plus susceptibles d'avoir une variation sur le mot «banane» et les voitures rouges, à avoir un nom lié à la vitesse, comme Speedy.

 

D'autres noms ont été inspirés par des célébrités (la voiture Kit de l'émission Knight Rider), des publicités (une pub pour la Renault Clio mettait en vedette un personnage appelé Nicole) et la vie personnelle (4% des automobilistes ont choisi le nom d'un ex-conjoint pour leur voiture).

 

«Je sais que ça se fait, mais à part Swinton, personne n'a, à ma connaissance, quantifié la proportion des automobiles qui ont un petit nom», explique James Kus, sociologue de l'Université d'État de Fresno qui a consacré une partie de sa carrière aux noms que donnent à leur véhicule les chauffeurs de camion, d'autobus et de taxi d'Amérique du Sud. «Peut-être est-ce parce qu'il s'agit d'une pratique de jeunesse: après avoir été propriétaire de plusieurs voitures, le lien émotionnel s'estompe. Je vois cependant une similitude avec la pratique des plaques d'immatriculation personnalisées et avec une récente tendance apparue dans le sud des États-Unis: les gens vont placer une affiche sur leur vitre arrière qui explique que leur voiture est dédiée à la mémoire d'une personne récemment décédée. Cette pratique est apparue dans la communauté hispanique, mais j'ai vu des affiches avec des noms très anglo-saxons.»

 

Le phénomène des noms donnés aux véhicules de transport public en Amérique du Sud est en régression, selon M. Kus. «Dans les années 70, au Pérou, où j'ai fait mes recherches, une bonne moitié des camions avaient un petit nom. À l'époque, il s'agissait souvent du seul moyen de transport interurbain de passagers. Ils ont été remplacés par des autocars appartenant à des entreprises, et cette marque d'individualisme est peu à peu disparue. Il s'agissait pour les chauffeurs de camion de montrer leur machisme et leur fiabilité pour rassurer les passagers qu'ils embarquaient. Les noms reflétaient cela.»

 

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