La presse indienne a déjà hissé la Tata Nano au rang de «voiture culte» comparable aux légendaires Ford T et Coccinelle. En se glissant au volant de la voiture la moins chère du monde, on découvre surtout l'automobile réduite à sa plus simple expression.

Phil Hazlewood AGENCE FRANCE-PRESSE

Le conglomérat Tata a lancé lundi ce véhicule «révolutionnaire» promis à 100 000 roupies (2000 dollars US) pour les dizaines de millions de foyers indiens des classes moyennes émergentes qui s'entassent sur des deux-roues.Mais comme Tata lorgne aussi sur l'Europe en pleine crise économique, il a ouvert à la presse étrangère son circuit d'essai de Pimpri - près de la ville industrielle de Pune, à 160 km de Bombay - offrant à quelques journalistes des tours de piste aux commandes de cette mini-voiture à ultra bas coûts.

Passées les plaisanteries sur sa forme de «pot de yaourt», son allure d'auto-tamponneuse ou de triporteur amélioré à quatre roues, les observateurs reconnaissent, tel le correspondant du Financial Times John Leahy, que «la Nano ressemble à une vraie voiture, ce qui est une bonne surprise pour 2000 dollars».

Dans sa version la plus rudimentaire, la Nano affiche une liste d'équipements qui se résume au strict minimum dans un habitacle où le plastique est roi: pas de rétroviseur extérieur, ni de miroir côté passager; un unique essuie-glace, un tableau de bord réduit à un simple compteur de vitesse et pas d'autoradio; pas de direction assistée non plus, ni vitres électriques, ni freins ABS.

La Nano de base n'a bien sûr pas droit à la climatisation, ni même à une ventilation, dans un pays où le mercure peut grimper jusqu'à 50 degrés Celsius entre mai et juillet.

Les concepteurs de la voiture rétorquent que les automobilistes en Inde conduisent la fenêtre ouverte. Certes, sur un circuit automobile désert il est très agréable de rouler à 80 km/h toutes vitres baissées. Mais à vitesse réduite, dans les embouteillages des mégapoles indiennes en pleine fournaise, la Nano promet d'être une étuve.

Une fois la clé de contact actionnée, le minuscule moteur essence bi-cylindre de 624 cm3 s'anime avec le bruit d'une motocyclette, puis emmène la Nano et ses quatre adultes dans une ambiance plutôt agréable. Mais sur route, il faudra renoncer à tout projet de dépassement d'autres véhicules: pied au plancher et bien lancée, la voiture plafonne tout juste à 100 km/h.

 

En présentant sa Nano en grande pompe lundi à Bombay, Ratan Tata, patron du groupe éponyme, avait demandé de ne pas comparer cette voiture vendue au prix d'un puissant ordinateur portable avec d'autres automobiles à bas coûts déjà sur le marché.

Cela n'a pas dissuadé la presse automobile indienne de rapprocher le «phénomène Nano» de celui de la Coccinelle de Volkswagen produite à 20 millions d'exemplaires depuis la Seconde Guerre mondiale ou de la Ford T qui marqua en 1908 l'entrée des États-Unis dans la production en grande série d'une voiture pour le plus grand nombre.

 

Ainsi, pour le magazine Auto India, la «voiture du peuple» indien a déjà tout d'une «voiture culte».

Photo AFP