Il y a des successions délicates et d'autres qui sont gagnées d'avance. Ainsi, chez Pontiac, la nouvelle G8 fera vite oublier la transparente Grand Prix, techniquement dépassée et dénuée de la moindre aspérité.

Éric LeFrançois, Collaboration Spéciale LA PRESSE

Hélas pour Pontiac, la G8 arrive à un bien mauvais moment. Non seulement apparaît-elle derrière toutes ses concurrentes, mais, plus dramatique encore, dans un segment de marché susceptible d'être complètement déréglé par la cherté du pétrole. Par conséquent, il sera aisé de résister aux appâts de cette G8 née sur une architecture toute nouvelle (nom de code Zeta) mise au point par Holden, la filiale australienne de GM.

Et si on oubliait l'instant d'un paragraphe l'impression de force pas du tout tranquille qu'elle dégage et l'offre de GM de l'animer d'un moteur V8 (6 et 6,2 litres) pour se concentrer sur le modèle d'entrée, plus raisonnable et plus économique à l'achat comme à la pompe? Ce modèle, qui représentera 80% des immatriculations de ce véhicule au pays, est offert à compter de 31 995$ et il retient les services d'un V63,6 litres à double arbre à cames en tête et calage variable des soupapes. Ce dernier offre des accélérations et des reprises très décentes, mais sa consommation n'est que moyenne avec 11,8 L/100 km. C'est moins bien qu'une Maxima (10,7 L/100 km), mais mieux qu'une Charger (12,4 L/100 km), ses deux prétendues rivales.

Imposante, la carrosserie de cette Pontiac enveloppe un habitacle spacieux et étonnamment polyvalent pour une berline, puisque non seulement le dossier de la banquette arrière se rabat (en tout ou en partie), mais celui du passager avant aussi. Ce faisant, on peut glisser des objets mesurant jusqu'à trois mètres de long sans avoir à faire flotter un chiffon rouge derrière le véhicule.

Malgré des efforts bien sentis, l'assemblage manque toujours de soin et la présentation est mal dégrossie. Peut-être demande-t-elle à être jugée sur la seule condition de ses performances routières, alors? Pour confirmer son image sportive, qui est aussi la condition de son succès, Pontiac se devait d'accorder à la G8 les moyens de ses ambitions. Déposée sur un châssis rigide et efficace, cette berline grand format compte sur une direction à l'assistance correctement dosée que d'aucuns jugeront un peu lourde dans les manoeuvres à basse vitesse. En outre, son diamètre de braquage (11,4 mètres) et ses généreuses dimensions extérieures n'en font pas un modèle d'agilité. Les étriers mordent dans les disques efficacement et avec endurance, mais ils ne sont pas toujours faciles à moduler. Mentionnons que le dispositif antiblocage jumelé aux freins comporte également un répartiteur électronique.

Si cette Pontiac fait preuve d'une superbe stabilité en ligne droite et se laisse porter dans les longs virages sans imposer une correction de la trajectoire initiale, elle demeure cependant pataude sur route sinueuse, où le poids de sa structure finit par nous épuiser.

On aurait souhaité une G8 moins empesée, plus alerte, plus souple aussi. En lieu et place, voici un engin aux performances honnêtes, sans plus, et aux manières un peu rustres.

La G8 est sans doute la berline sport américaine de moins de 40 000$ la plus sophistiquée de l'heure. Toutefois, sa qualité de fabrication encore inégale, le fait qu'elle n'ait pas de rouage intégral et sa consommation la maintiennent à la remorque de ses principales concurrentes asiatiques et européennes. En somme, c'est trop peu, trop tard.