Le segment « du beau, bon, pas cher » qui fut longtemps la catégorie chouchou des automobilistes québécois a complètement disparu. Au Japon, il existe toujours et s’appelle Kei-Car. Des minivoitures bon marché, taillées pour la ville et qui accaparent le tiers du marché nippon.

Il faut se faire une raison, les automobiles bon marché, ça n’existe plus. On les réclame pourtant de plus en plus. Même si l’on connaît par cœur le principal argument des constructeurs pour ne plus en construire : elles ne sont pas rentables. Et les normes environnementales et de sécurité de plus en plus contraignantes ne font rien pour aider. En fait, elles les condamnent toutes. Et pas seulement en Amérique du Nord, en Europe aussi.

Pourtant, depuis quelques mois, Luca de Meo, directeur général du groupe Renault, mais également président de l’Association des constructeurs européens d’automobiles, milite en faveur d’une nouvelle catégorie inspirée des Kei-Cars (Keijidosha) au Japon.

Créées au sortir de la Seconde Guerre mondiale, ces « microvoitures » bon marché font les beaux jours des automobilistes japonais. Très peu taxées par les autorités, les Kei-Cars sont non seulement taillées pour la ville, mais aussi pour les étroites routes rurales des 47  préfectures du pays. Mais ne devient pas Kei-Car qui veut. Ces véhicules de poche répondent à des normes très précises. Ils ne font que 3,4  mètres de long, 1,48 mètre de large et 2 mètres de haut. En dépit d’un cahier de charges très contraignant, les Kei-Cars habillent toutes les formes de carrosserie, y compris celles d’une camionnette.

Sous leur capot, on trouve un moteur à essence dont la cylindrée est limitée à 660 cm⁠3. Et, autre règle imposée par les autorités locales, cette mécanique ne peut produire plus de 64 chevaux. Elles existent aussi, depuis peu, en version entièrement électrique. C’est le cas de la Nissan Sakura (notre photo), de loin le véhicule électrique le plus populaire de l’Archipel. Offerte pour un peu moins de 15 000 $ CAN (une fois soustraite l’aide gouvernementale japonaise), cette Kei-Car peut parcourir 165 kilomètres sur une pleine charge. C’est-à-dire sensiblement l’autonomie des véhicules électriques vendus il y a 10 ans sur notre continent.

Chris Reed, vice-président de la recherche et du développement chez Nissan des Amériques, reconnaît que les Kei-Cars représentent une solution intéressante à bien des égards. « Toutefois, il y a plusieurs obstacles, et pas les moindres, qui seront extrêmement difficiles à surmonter. » En entrevue avec La Presse, M. Reed estime que les coûts rattachés à l’homologation de ces véhicules pour satisfaire aux normes de sécurité en Amérique du Nord ne représenteraient pas une bonne affaire financièrement.

Il faudrait pratiquement modifier 60 % de ces véhicules pour les rendre conformes à nos législations et cela veut dire, pour un constructeur, un investissement de plus de 100 millions de dollars. Cela aurait une lourde incidence sur le prix du véhicule qui se retrouverait alors en compétition presque directe avec certaines compactes vendues sur notre continent.

Chris Reed, vice-président de la recherche et du développement chez Nissan des Amériques

Outre cet écueil, Chris Reed craint que les Kei-Cars peinent à trouver leur public. « Peut-être au Québec, mais dans le Midwest américain, j’en doute très fortement. » Notre interlocuteur rappelle à cet effet l’échec commercial du Nissan Cube (celle-ci n’était pas une Kei-Car, cependant) et ses formes parallélépipédiques sur nos terres. « Disons-le poliment, personne ne se bousculait pour en obtenir un. »

Nissan, comme tous les constructeurs japonais contactés par La Presse, ne pense pas que les Kei-Cars représentent une solution viable. Mais tous se déclarent préoccupés par les prix qui ne cessent de prendre de l’altitude. D’ailleurs, Nissan travaille en compagnie de Honda à la mise au point d’un véhicule électrique bon marché d’ici 2030. Rien n’indique que celui-ci nous est destiné, toutefois. La communication des deux marques japonaises sur ce modèle en devenir pointe en direction des constructeurs chinois qui, jusqu’ici, ont démontré qu’ils étaient en mesure de construire des véhicules à batterie à des tarifs beaucoup plus attrayants.