Le monde des communications s’étend tranquillement, mais sûrement à l’univers de l’automobile. Ces années-ci, on travaille à peaufiner une technologie de communication sans fil baptisée V2X (pour vehicule-to-everything). Celle-ci permettra aux constructeurs automobiles d’installer une pile à l’intérieur de leurs véhicules afin que les voitures se parlent entre elles et s’échangent de l’information, le tout pour un maximum de sécurité routière.

Publié le 11 juin
Bertrand Godin
Bertrand Godin Collaboration spéciale

Mais le véhicule doté du V2X pourra aussi échanger des informations avec certaines infrastructures routières, des feux de circulation, par exemple. Il pourra potentiellement échanger avec les piétons, les autres usagers de la route ou avec les travailleurs routiers qui se retrouvent parfois trop près des voitures dans leur zone de travail. Ces travailleurs pourraient même un jour profiter de la technologie intégrée à leur gilet de sécurité pour être avisés rapidement de tout danger.

En général, on prévoit qu’il sera donc plus facile de gérer la circulation, de contrôler les embouteillages et de réduire les accidents. À bord de son véhicule, le conducteur sera assisté en recevant divers messages du genre : présence humaine sur la route ; véhicule d’urgence en approche ; conditions météorologiques difficiles ; avertissement d’un risque de collision à une intersection.

Scénario de science-fiction ? Pas du tout. Cette réalité existe déjà dans le domaine de l’aviation pour gérer le trafic aérien et éviter les collisions (TCAS). Pour le milieu automobile, elle existe dans certains pays et elle est pratiquement à nos portes. Cela dit, pour que cette technologie soit vraiment attrayante pour les automobilistes, elle devra encore s’élaborer et relever un grand défi, celui de pouvoir s’arrimer.

Mille et une petites choses

La technologie V2X aura plusieurs utilités, ce qui peut constituer un atout ou un désavantage, c’est selon.

Si on ne veut pas que le V2X se perde, il sera très important que les constructeurs automobiles se parlent eux aussi, et qu’ils coopèrent avec ceux qui gèrent les infrastructures routières. Cela fait beaucoup d’intervenants qui n’ont jamais eu l’habitude de communiquer ensemble.

Jusqu’à ce jour, les constructeurs de voitures créaient leurs véhicules, les testaient et les vendaient. Point. De leur côté, les exploitants routiers installaient des feux de circulation, les testaient, et poursuivaient leur travail. Point.

Avec la technologie V2X, ils devront se consulter et faire en sorte que les différentes pièces du casse-tête routier puissent bien s’emboîter.

Un concept à peaufiner

Au cours des dernières années, le V2X a été testé un peu partout dans le monde. Certains ont connu du succès pour envoyer des messages, pour que ces messages soient bien reçus par le conducteur, et pour communiquer avec certaines infrastructures routières. Mais tout n’est pas encore parfait, loin de là.

REPRÉSENTATION PRÉPARÉE PAR THALES

Les composantes du V2X

La plus importante entreprise consacrée à la technologie V2X à ce jour est la firme Commsignia, créée en 2012 et située à Budapest. Depuis 10 ans, elle a réalisé des bancs d’essai pour diverses utilisations de sa technologie avec plusieurs entreprises et n’est pas au bout de ses peines. En fait, la firme hongroise travaille sur la résolution des problèmes V2X depuis sa création.

Force est d’admettre que, pour le moment, cette technologie n’est ni assez claire ni assez concluante pour séduire les consommateurs et les amener à réclamer le V2X dans leurs voitures. À ce jour, la technologie est d’une complexité telle qu’elle pourrait même créer l’effet inverse et en rebuter plus d’un.

Or, le travail se poursuit. De nouveaux tests sont en cours en Europe. En Grande-Bretagne, la Volkswagen Golf 8 dispose déjà de la technologie V2X. En Chine, les choses avancent rapidement puisque chaque jour, 90 modèles de voitures sillonnent déjà les routes de ce pays avec cette technologie.

Les constructeurs sont encouragés à adopter le V2X. Chez Euro NCAP, société qui teste et délivre des cotes de sécurité pour les voitures en Europe, on a déjà annoncé qu’à partir de 2027, les voitures qui ne seront pas munies de cette technologie ne pourront pas recevoir la note maximale de cinq étoiles.

Autant d’indicateurs qui laissent présager que le V2X gagnera du terrain au cours des prochaines années. La sécurité des automobilistes, des piétons et des cyclistes est trop importante pour qu’on se passe d’une technologie aussi avantageuse sur ce plan.

Bien entendu, comme toujours, il importera toutefois de se rappeler que la technologie ne fera pas foi de tout. L’humain devra rester vigilant et devra connaître les bonnes règles de conduite. La technologie V2X n’apportera qu’une sécurité supplémentaire et devra être considérée comme une aide complémentaire.

Il n’en demeure pas moins que les avantages de cette technologie sont nombreux. Reste à voir à quelle vitesse elle sera optimale et à quel rythme elle deviendra accessible au maximum d’utilisateurs. Compte tenu de ce qu’elle pourra offrir, espérons qu’elle se développe rapidement.