La prochaine année fera des heureux, les véhicules électriques. Des malheureux, les moteurs thermiques. Elle signalera l’émergence de nouvelles marques aussi. Et, avec un peu de chance, elle engagera les communautés dans une réflexion critique sur la mobilité individuelle.

Publié le 27 janvier
Éric LeFrançois
Éric LeFrançois Collaboration spéciale

Quelques jours, une semaine, un mois. Pandémie et pénurie de semi-conducteurs ont mis tour à tour (parfois simultanément) à l’arrêt les usines d’assemblage. Les concessionnaires éprouvent les pires difficultés à satisfaire les commandes. Faute d’une date de livraison, le consommateur attend. Surtout s’il s’agit d’un véhicule électrique.

Le nouveau monde

PHOTO FOURNIE PAR RIVIAN

Rivian (photo) et plusieurs autres nouvelles marques débarqueront sur le marché canadien au cours de la prochaine année.

L’émergence de nouvelles marques automobiles aura sans doute l’effet d’une bouée de sauvetage aux yeux de ces consommateurs qui n’en peuvent plus de patienter. Alors que certaines signatures historiques vacillent face aux défis industriels, technologiques et ouvriers posés par l’électrification, d’autres constructeurs surgissent. Ces marques nées de la dernière pluie estiment que la redistribution des cartes liée aux évolutions futures pourrait bien leur donner une chance de briller. Comme Tesla.

Souvent citée en exemple, la firme d’Elon Musk entraîne aujourd’hui à sa suite des entreprises comme Lucid Air, Rivian, Imperium, Polestar, Vinfast, voire, qui sait, le créateur de la console de jeu PlayStation, Sony. La révolution électrique leur offre une occasion favorable de se faire valoir. Parmi ces enseignes récentes, certaines ont plus de légitimité que d’autres. Mais toutes entendent développer des stratégies variées pour sortir de l’anonymat.

Ces jeunes pousses ne seront pas les seuls nouveaux acteurs à bouleverser le paysage automobile. Les marques historiques y joueront également un rôle. Elles font déjà la publicité des dénominations spécifiques (e-Tron, EQ, ID., Ioniq, etc.) pour permettre aux consommateurs d’identifier clairement leur gamme de véhicules propres. Toutefois, elles ne font pas table rase de leur passé pour autant.

La pérennité des antennes sportives comme AMG (Mercedes), M (BMW) ou RS (Audi), par exemple, ne se trouve en aucun cas menacée par la révolution électrique. Bien au contraire. Les constructeurs « traditionnels » comptent sur ces déclinaisons hypertrophiées pour se démarquer des jeunes pousses qui, elles, n’ont pour l’heure aucune histoire à raconter et dont on ignore tout de l’expérience client.

Ah ! les subventions

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

L’aide financière aux consommateurs pour l’achat d’un véhicule électrique devrait se maintenir au Canada.

La Chine sabre l’aide financière aux consommateurs pour l’achat d’un véhicule électrique. L’Allemagne la prolonge. Les États-Unis la bonifient. Et le Canada ? Tout indique que le pays maintiendra le statu quo pour la prochaine année.

Cela dit, il ne faut pas écarter pour autant une réévaluation des critères dans les mois qui viennent. Certains groupes de pression environnementalistes cherchent à exclure certains propulseurs (hybrides rechargeables) de la liste des modèles admissibles. D’autres, parmi lesquels se trouvent certains constructeurs, implorent Ottawa d’élargir le programme de rabais à des véhicules neufs de plus de 45 000 $.

Décision à prendre

PHOTO FOURNIE PAR LAND ROVER

De nombreux constructeurs automobiles appliqueront la suppression progressive de modèles peu populaires et trop gourmands en hydrocarbures.

Après avoir régné — sans partage — depuis plus d’un siècle, le moteur à combustion interne (essence ou diesel) s’apprête à passer le flambeau. À l’horizon 2030-2040, il ne sera plus possible de commercialiser dans plusieurs pays une voiture neuve émettant du CO2. Certains, mais pas tous. Il survivra en Amérique du Sud, en Inde, en Afrique et dans quelques autres contrées du monde.

Face à cette échéance, de nombreux constructeurs automobiles établis ont déjà programmé la fin du moteur thermique. Donc, à moins d’une percée extraordinaire dans le développement de carburants de synthèse, aucune chance de survie.

Concrètement, cela se traduira, chez les firmes « traditionalistes », toujours par une réduction de leur gamme et la suppression progressive de modèles peu populaires et trop gourmands en hydrocarbures. Le retrait de ces véhicules va permettre d’améliorer le bilan carbone des marques au regard des normes CAFE (Corporate Average Fuel Economy) qui déterminent des objectifs de baisse de CO2 calculés sur l’ensemble des produits des constructeurs. Déjà, ces derniers sont à l’œuvre. La société Jaguar, pour ne nommer qu’elle, solde actuellement l’ère du moteur thermique et promet de faire basculer l’entièreté de son portefeuille dans le tout-électrique dans trois ans.

L’heure de repenser sa mobilité

PHOTO FOURNIE PAR AUDI

Un ou deux jours par semaine, vous pouvez troquer l’auto contre la marche, le vélo, la trottinette électrique ou les transports en commun.

La pénurie de semi-conducteurs tire à sa fin. La pandémie aussi, souhaitons-le. La crise sanitaire — il fallait bien en parler — incitera, espérons-le, la population à réfléchir à sa mobilité. La fluidité de la circulation des 22 derniers mois n’était qu’une éclaircie, un trompe-l’œil. Tout comme le prix de l’essence qui, au cours des prochains mois, est appelé à atteindre de nouveaux sommets (près de 2 $ le litre).

D’ici à ce que les usines tournent de nouveau à plein régime, le consommateur sera pour quelque temps encore contraint à attendre la livraison du véhicule neuf de son choix. Naturellement, la marge de manœuvre individuelle diffère fortement selon que l’on habite dans un grand centre ou dans une région éloignée.

Un ou deux jours par semaine, vous pouvez troquer l’auto contre la marche, le vélo, la trottinette électrique ou les transports en commun. Pour celles et ceux qui doivent parcourir de longues distances, le covoiturage permet de réduire son empreinte (des deux tiers avec trois occupants), tout en faisant des économies et en décongestionnant le réseau routier. Pour un usage occasionnel, on peut louer un véhicule en libre-service ou auprès d’une entreprise spécialisée (la grosse camionnette nécessaire pour tirer le bateau, par exemple) à court terme. Chaque geste compte !