Après le cendrier, le tachymètre et le moteur à combustion, l’industrie automobile s’apprête (maintenant) à renoncer au cuir dont elle fait usage pour tapisser les habitacles.

Éric LeFrançois
Éric LeFrançois Collaboration spéciale

Ses adeptes n’achètent ni cuir, ni laine, ni soie, ni fourrure, mais les militants du véganisme conduisent apparemment toujours des autos. Et celles-ci cèdent à la tendance. Les constructeurs privilégient plus que jamais des matériaux recyclés, bien sûr, tout en explorant des solutions de rechange végétales aux produits d’origine animale. Ces derniers touchent principalement les volants, les pommeaux de levier de vitesse, les sièges et parfois même les garnissages intérieurs des portières, voire du tableau de bord.

Les marques de luxe d’abord

Sans véritable surprise, ce sont les marques de luxe qui mènent activement (et financent) les recherches. Même si le nombre de peaux nécessaires à l’habillage intérieur a sensiblement diminué grâce au découpage au laser, des firmes comme Audi, Mercedes et Tesla proposent actuellement, de série ou en option, des habitacles véganes. Ceux-ci se distinguent par des revêtements des assises et des dossiers conçus à l’aide d’un glycol dérivé de la canne à sucre, des fibres d’eucalyptus ou des graines de soja. Sans oublier les résidus de pelures de pommes, procédé déjà très en vogue chez de nombreux stylistes de renommée internationale, dont Philippe Starck.

Parallèlement à ces recherches pour chasser le cuir traditionnel des habitacles, l’industrie automobile sélectionne avec plus de précautions les matériaux intégrés à la gamme. Chez Audi, par exemple, les sièges des e-tron Q4 et GT seront faits en plastique recyclé. Il sera également possible de choisir une moquette produite à partir de vieux filets de pêche et de bouteilles. La marque Mini, qui ne veut pas être en reste, assure pour sa part que ses créations futures n’auront recours qu’à des matières réutilisables.

PHOTO SAGMEISTER_POTOGRAPHY, FOURNIE PAR AUDI AG

Bouteilles, fleur d’eucalyptus, pelures de pommes, filet de pêche et quoi encore composeront les habitacles de la voiture de demain.

Diminuer les émissions de CO2

En créant des habitacles véganes et écoresponsables, les constructeurs veillent non seulement à répondre à la demande d’une clientèle, mais lui permettent aussi de réduire son empreinte écologique. Selon Porsche, le garnissage « Race-Tex » qui revêt le mobilier de l’actuel Taycan se compose de polyester recyclé. Sa fabrication entraîne une diminution de 80 % des émissions de CO2 comparativement à la production de sièges équivalents en cuir.

Pour l’industrie automobile, l’idée n’est pas nouvelle. En Amérique du Nord, elle serait née il y a plus de 15 ans dans le cadre de la tournée US Tour de l’ex-Beatle Paul McCartney. Ce dernier, alors commandité par Lexus, aurait exigé que l’habitacle des véhicules (que des hybrides) mis à sa disposition au cours de ses récitals ne comporte aucun cuir. Pourtant, au pays de Sir Paul, la tendance au véganisme n’est pas à l’ordre du jour partout. À Crewe, fief de la Rolls-Royce Motors Cars, aucun client n’a encore formulé l’envie de remplacer le cuir, le bois précieux ou la soie par des matériaux recyclés, assure son porte-parole Gerry Spahn.