Longtemps, l’industrie automobile a présumé que seule la pénurie des combustibles fossiles pouvait entraîner la mort du moteur à explosion. Elle avait tort.

Éric LeFrançois Éric LeFrançois
Collaboration spéciale

Cela a le mérite d’être clair. Qu’il fonctionne à l’essence ou au diesel, déjà plusieurs gouvernements ont tranché : ils promettent d’interdire la commercialisation du moteur thermique d’ici 2040. Le propulseur à énergie électrique apparaît aujourd’hui comme le mieux placé pour lui succéder.

Est-ce la fin du moteur à explosion pour autant ? Plusieurs intervenants du milieu automobile peinent encore à le croire, mais reconnaissent toutefois que nous assistons actuellement à son inexorable déclin et que l’avenir est à la mobilité électrique.

D’ailleurs, plusieurs constructeurs ont déjà interrompu son développement et assurent qu’aucune nouvelle motorisation thermique ne se trouve sur les tables à dessin. Cela ne veut pas dire qu’elle n’évoluera pas encore un peu. Celle-ci doit en effet toujours composer avec des mesures de plus en plus contraignantes en rapport avec les émissions de CO2, d’oxyde d’azote ou de particules fines.

Le moteur thermique a visiblement atteint ses limites et, cette fois, rien ne laisse croire qu’une quelconque innovation technique puisse la rendre plus propre. Après la désactivation des cylindres, le dispositif automatique à l’arrêt, le taux de compression variable et bien d’autres innovations, le réservoir de créativité des motoristes semble à sec.

Le nouveau pétrole

Puisque la transition vers le tout-électrique ne se fera pas du jour au lendemain, le moteur à explosion a encore un rôle à jouer : se métamorphoser en hybride.

Qu’elle soit classique, rechargeable ou même légère, cette double motorisation (essence-électrique) représente la seule solution efficace et financièrement viable pour faire tourner, encore pour quelques années, le vilebrequin des moteurs dits traditionnels.

Cette technologie de transition qui fait appel à l’essence et à l’électricité permet parfois de parcourir quelque 90 kilomètres en mode tout électrique. Une performance susceptible de tempérer l’ardeur – surtout si elle s’améliore – de ces élus menaçant d’interdire l’accès au centre-ville à des véhicules qui fument. Voilà qui pourrait aussi donner un peu plus de temps aux recherches sur ce carburant, perçu aujourd’hui comme son ultime chance de survie.

Porsche, pour un, a récemment annoncé, en collaboration avec le groupe Siemens Energy, un programme de recherche pour créer un carburant de synthèse dont le carbone provient du CO2 prélevé dans l’atmosphère. Loin d’être sans gravité pour l’environnement, ce carburant synthétique parvient néanmoins à atteindre un bilan carbone neutre.

En effet, celui-ci est produit à l’aide d’énergie provenant d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques. Baptisé Haru Oni, ce projet-pilote vise à produire d’ici cinq ans 550 millions de litres de cette essence. Celle-ci pourrait alimenter les moteurs thermiques actuels, accélérant ainsi la réduction de gaz à effet de serre sans attendre le renouvellement complet du parc automobile actuel. L’idée a du bon, mais à quel prix ? Les premières estimations font déjà état d’un coût de 2,30 $ le litre. Une somme à laquelle les gouvernements ne manqueront pas d’imposer des taxes.

PHOTO FOURNIE PAR RENAULT SPORT

Cette année (2021), la part de biocarburants qui alimentera le moteur d’une Formule 1 (sur la photo un moteur Renault de Formule 1) atteindra 5,75 %. Avec la nouvelle génération d’unité de puissance, prévue pour 2026, cette proportion sera de 100 %.

Le consortium allemand n’est pas le seul à suivre cette piste. La Fédération internationale de l’automobile (FIA) a présenté il y a quelques semaines un biocarburant raffiné à partir de déchets organiques. Des échantillons ayant déjà été acheminés aux écuries de Formule 1, celles-ci doivent mener des essais de validation en vue de son introduction avec la nouvelle réglementation des moteurs prévue pour 2026.

Si ce biocarburant n’assure pas la pérennité du moteur thermique, ce sera vraisemblablement la fin. Ses seuls débouchés seront alors certains pays émergents comme en Afrique, où l’association des constructeurs automobiles estime déjà que les ventes de véhicules neufs quintupleront d’ici 2035. Et la plupart d’entre eux seront dotés d’une mécanique à combustion interne.

Fin programmée

PHOTO FOURNIE PAR PORSCHE AG

Un casse-tête que bon nombre de techniciens automobiles n’auront bientôt plus à résoudre

Liste des États qui interdiront la vente de véhicules automobiles animés par un moteur thermique, qu’il fonctionne à l’essence ou au diesel, et l’année où cette interdiction entrera en vigueur.

Allemagne : 2030
Autriche : 2027
Belgique : 2030
Canada : 2040
Chine : 2035
Écosse : 2032
Espagne : 2040
Égypte : 2040
France : 2030
Inde : 2030
Islande : 2030
Israël : 2030
Pays-Bas : 2030
Portugal : 2040
Royaume-Uni : 2035
Singapour : 2040
Slovaquie : 2030
Suède : 2040
Taiwan : 2040

Sources : Charged Future et Greenpeace