On dit souvent, à la blague, que les véhicules modernes ressemblent de plus en plus à des téléphones intelligents sur quatre roues. Ce sera encore plus vrai une fois que la plateforme IVY de BlackBerry et d’Amazon entrera en fonction. Son objectif : offrir des services sur mesure aux propriétaires de véhicules connectés pendant qu’ils sont sur la route.

Alain McKenna Alain McKenna
Collaboration spéciale

Le concept de la plateforme IVY est simple : les nombreux capteurs à bord du véhicule lui transmettent dans un premier temps les données qu’ils génèrent en temps réel. Cela comprend l’information tirée des systèmes d’aide à la conduite (sonar, lidar, etc.), du système multimédia (musique, navigation, etc.) et même de caméras logées dans l’habitacle.

Des algorithmes interprètent ensuite ces données et déterminent quels sont les besoins immédiats du conducteur. Les conditions routières sont médiocres ? Une alerte est envoyée pour rappeler d’activer l’antipatinage. Une caméra détecte des signes de somnolence au volant ? L’alerte de changement de voie s’active.

Cela peut aller plus loin que des conseils de sécurité : par exemple, les données de navigation peuvent être récupérées afin d’offrir la possibilité de réserver un espace de stationnement à destination au conducteur, qui n’aura qu’à répondre par l’affirmative.

Pour Amazon et BlackBerry, c’est là l’objectif de la plateforme IVY : proposer des services « à valeur ajoutée » assez ciblés pour que l’automobiliste soit prêt à débourser quelques dollars de plus par mois pour s’y abonner.

Ces services seront offerts aux consommateurs par les constructeurs de véhicules, puisque c’est à eux que les deux partenaires technologiques vendent l’usage de leur plateforme. Celle-ci est déjà prête à se brancher à tous les systèmes connectés déjà sur la route.

« Les constructeurs pourront transformer leurs véhicules, des produits technologiques statiques, en systèmes évolutifs qui s’adapteront aux préférences de leurs utilisateurs », résume Andy Jassy, PDG d’Amazon Web Services, filiale d’Amazon spécialisée dans les services infonuagiques sur lesquels la plateforme IVY repose.

La « netflixisation » de l’automobile

Comme un téléphone intelligent, le système multimédia des véhicules connectés affiche des applications qui ne sont pas toutes gratuites. Par exemple, on peut faire jouer ses propres listes musicales tirées de Spotify, à condition d’en être un abonné « Premium ». À bord d’une Tesla, les abonnés peuvent visionner des vidéos de Netflix en attendant de faire le plein.

Les services connectés permis par des plateformes comme BlackBerry IVY sont de même nature, à l’exception qu’ils cibleront des services offerts par le constructeur du véhicule, qui pourra ainsi hausser les revenus que chaque client lui rapporte au-delà du fameux PDSF.

Il faut payer Apple pour se procurer un iPhone, et il faut payer ensuite tous les mois pour utiliser ses services de musique, de télé et de sauvegarde en ligne. La même formule fonctionne aussi en voiture : General Motors vend ses véhicules et offre son service de sécurité routière OnStar en sus.

L’émergence des systèmes électroniques connectés est ce qui permettra de créer un monde de services vendus en option une fois sur la route. La valeur de ce marché pourrait quadrupler d’ici cinq ans et atteindre des dizaines de milliards en 2025, selon les experts.

« L’occasion est belle pour BlackBerry d’aller au-delà des systèmes embarqués, même s’il faut demeurer prudent sur ses chances de succès en attendant de voir les premières applications concrètes », nuance Paul Steep, analyste pour la Banque Scotia.

BlackBerry et les constructeurs de voitures ont besoin d’un peu de temps pour intégrer cette technologie. Un « écosystème d’applications » téléchargeables gratuitement ou offertes en abonnement verra vraisemblablement le jour en 2023 ou en 2024, prédit l’analyste torontois.

Si ça se concrétise, ce sera un autre point en commun entre les autos et les téléphones intelligents...