La firme de consultation KPMG a profité du Salon de l’auto de Toronto, à la mi-février, pour publier un rapport sur ce à quoi ressemblera l’automobile au Canada dans cinq ans. Son constat : il y a une petite révolution en vue, mais pour qu’elle se produise, ça va prendre un effort tant du gouvernement que de l’industrie… et des consommateurs.

Alain McKenna
Alain McKenna Collaboration spéciale

À l’heure actuelle, ce que tous les constructeurs promettent, c’est un flot massif de véhicules électriques. Mais pour qu’ils créent l’onde de choc anticipée, il faudra améliorer certains facteurs qui limitent leur adoption en ce moment. D’abord, leur prix de vente devra être perçu comme raisonnable par les consommateurs. Ensuite, l’infrastructure devra s’adapter à leur arrivée massive, en se dotant de bornes de recharge publiques où il sera possible de faire une recharge à prix modique. Mais si on y ajoute d’autres technologies, comme la conduite autonome et les technologies connectées, ce ne sera pas que sous le capot que l’automobile changera : c’est l’ensemble du paysage routier qui va y passer, estime KPMG, qui suit de près l’évolution du transport au pays depuis plusieurs années.

« Nous assisterons à des changements spectaculaires, même dans les cinq prochaines années », assure Peter Hatges, associé et leader national du groupe Automobile de KPMG au Canada, et auteur du rapport L’avenir de l’automobile au Canada, paru il y a deux semaines. Outre l’électrification, ce sont les technologies ciblant les accidents et la congestion sur les routes qui auront probablement l’effet le plus visible, selon lui. « On pourrait finir par résoudre un problème urbain majeur : les embouteillages, espère-t-il. Ce sera comme le passage du cheval à l’automobile. »

Moins de VUS, plus de navettes

Cette prédiction de KPMG résonne jusqu’au Québec, où l’on entrevoit également un avenir sur quatre roues moins congestionné qu’il l’est en ce moment. Et moins énergivore, également, puisque l’horizon de 2025 cité par KPMG correspond à celui au bout duquel le prix d’un véhicule électrique devrait être équivalent à celui d’un véhicule à essence de format comparable. Ça devrait stimuler la transition, assure Sarah Houde, présidente et directrice générale de Propulsion Québec. Cet organisme représente l’industrie provinciale du véhicule électrique et innovant.

D’ici cinq ans, on aura la parité des prix entre l’électrique et l’essence. Mais on va aussi voir les premiers véhicules innovants, comme des navettes ou des véhicules de parcs autonomes, qui seront beaucoup plus présents sur nos routes.

Sarah Houde

Ces véhicules suivant généralement un itinéraire précis et répétitif, il est plus facile pour eux de se piloter sans intervention humaine, puisque le trajet est plus prévisible, et les risques d’imprévus sont moins élevés.

Propulsion Québec avance qu’à terme, ces véhicules pourraient inciter davantage de voyageurs à emprunter des services de transport partagés, plutôt que de prendre leur propre véhicule, pour se rendre au boulot ou ailleurs en ville. C’est de cette façon que la densité de la circulation sur les routes ira en baissant. Conjointement avec les transports en commun et les autres modes de transport en libre-service déjà existants, ces véhicules seront accessibles grâce à une seule et même application mobile, « ce qui va faciliter leur adoption », prédit la dirigeante de Propulsion Québec.

Relancer l’automobile canadienne… et québécoise

Dans son rapport, KPMG fait une autre promesse : l’industrie canadienne sera elle aussi chamboulée en 2025. Évidemment : les usines d’assemblage qu’on trouve au pays, toutes dans le sud de l’Ontario, construisent actuellement des véhicules à essence. Leur modernisation ne se fera pas sans une certaine intervention des gouvernements, croit-on.

Pour survivre, l’industrie devra aussi modifier ses pratiques. KPMG va jusqu’à penser que le Canada pourrait reprendre du galon dans un secteur où le nombre de ses usines, de ses entreprises et de ses travailleurs fond comme neige au soleil depuis 20 ans. « Le Canada peut vraiment jouer un rôle de premier plan dans cette transformation, assure M. Hatges. Les constructeurs continueront d’investir dans les véhicules à moteur à combustion interne, mais l’industrie automobile ne sera plus la même. »

Une autre différence majeure pourrait aussi découler de cette situation, ajoute Sarah Houde, de Propulsion Québec : les véhicules faits au Canada pourraient comporter davantage de pièces faites à l’est de la rivière Outaouais. « L’industrie automobile a toujours été très concentrée en Ontario, mais ce sera tout un défi pour elle de se recentrer, alors que notre industrie au Québec est déjà vraiment favorable à l’innovation » et au changement, croit-elle.