Pendant que Montréal accueille les vélos électriques en libre-service d’Uber, la petite municipalité de Sainte-Julie, dans sa banlieue sud, dévoile son propre service de mobilité partagée qui se veut plus diversifié, mieux adapté aux besoins de ses citoyens et qui mise, en prime, sur des technologies créées au Québec.

Alain McKenna Alain McKenna
Collaboration spéciale

Ce service de mobilité partagée sera offert aux citoyens de Sainte-Julie de 18 ans et plus dès le 3 juillet, au moyen d’une application mobile qui s’assurera de leur aptitude à emprunter un vélo, une trottinette ou même une voiture tout électriques, ou encore une camionnette plein format de GMC. Ces véhicules sont réservés aux employés municipaux durant les heures de travail, mais seront offerts en location, le soir et les fins de semaine, par blocs de 90 minutes, moyennant de 7 à 12 $, plus le kilométrage.

La Ville de Sainte-Julie s’inspire de modèles existant ailleurs, mais devient la première municipalité au Québec à donner accès à un service combinant différents types de véhicules municipaux. 

C’était déjà une bonne idée d’élargir notre parc de véhicules municipaux en incluant les vélos et les trottinettes, et ça faisait un bout de temps qu’on souhaitait voir un service de vélos en libre-service sur notre territoire.

Suzanne Roy, mairesse de Sainte-Julie

« Ça indique aussi, poursuit-elle, qu’il n’est pas nécessaire d’être une grande ville pour innover. »

La petite municipalité de 30 000 habitants le prouve par deux fois, puisque l’idée de partager ses propres véhicules est née lors d’un séjour à Plessisville, une petite localité du Centre-du-Québec, qui le fait déjà depuis quelques années.

L’ajout d’une camionnette dans ce « cocktail de mobilité » va aussi un peu plus loin que le simple besoin de couvrir le fameux « dernier kilomètre » en route vers la gare d’autobus. Ce véhicule pourra être utilisé pour aller porter des matériaux ou des biens à l’écocentre le plus près, pour recyclage, illustre-t-on. « Peut-être même que ça aidera certains foyers à ne pas acheter de second véhicule », ajoute Mme Roy.

Des technologies de chez nous

Ce projet pilote, qui sera réévalué au courant de l’automne, fait rayonner du même coup des technologies développées au Québec, un détail important quand on considère la menace qu’un géant étranger comme Uber représente pour des industries locales déjà en place (taxi, BIXI…).

Ainsi, outre la Chevrolet Bolt et le GMC Sierra, ce service comptera deux vélos électriques fournis et entretenus par un commerçant local spécialisé. Les deux trottinettes électriques ont été conçues à Sherbrooke par la société Geebee. Enfin, la plateforme logicielle derrière ce service est le fruit de l’agence montréalaise Solon.

PHOTO FOURNIE PAR LA VILLE DE SAINTE-JULIE

Des citoyens de Sainte-Julie font l’essai du nouveau service de mobilité partagée qui leur sera offert à compter de cette semaine.

Si tout se passe bien, ces acteurs québécois espèrent que d’autres municipalités s’intéresseront à leur technologie, avant que l’espace ne soit complètement occupé par des sociétés étrangères. « C’est avec plaisir que nous avons relevé le défi opérationnel représenté par ce projet, car il s’inscrit dans notre volonté de participer au déploiement de projets collectifs locaux créant des milieux de vie conviviaux, solidaires et écologiques », explique d’ailleurs le président de Solon, Bertrand Fouss.

Des solutions de mobilité ingénieuses risquent d’être très recherchées au cours des prochaines années dans cette portion de la Rive-Sud. Maintenant que le pont Samuel-De Champlain en est à ses dernières retouches, c’est au tour du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine de perdre des voies, le temps de sa réfection complète. Inciter les gens à faire leurs emplettes localement, ou même à opter pour le télétravail, est une solution pour la banlieue, qui exigera des services adaptés à cette nouvelle clientèle. Outre la mobilité, des bureaux de travail partagés et d’autres solutions devront être mis en place, constate Suzanne Roy.

« La fermeture du tunnel est un gros défi qui doit être perçu comme une occasion unique d’investir dans des solutions innovantes », conclut la mairesse de Sainte-Julie. Et locales, pourrait-on ajouter.