(Paris) Un conseil d’administration du constructeur automobile Renault a débuté mardi après-midi pour étudier la proposition de fusion formulée par le groupe italo-américain Fiat Chrysler (FCA) qui a reçu un soutien conditionnel du gouvernement français.

Daniel ARONSSOHN
Agence France-Presse

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Le siège social de FCA à Auburn Hills, au Michigan.

Des discussions intenses se sont poursuivies jusqu’au dernier moment pour tenter de satisfaire les demandes de garanties de l’État français, premier actionnaire du groupe au losange avec 15 % du capital.

Le président de Renault, Jean-Dominique Senard, a par ailleurs appelé mardi matin le patron de Nissan, Hiroto Saikawa, allié du constructeur français. Ce dernier avait affirmé lundi ne pas être opposé au mariage avec FCA, tout en estimant qu’il nécessiterait de « revoir fondamentalement » le partenariat franco-japonais. Nissan possède deux représentants sur les 19 du conseil.

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La place de Nissan dans la nouvelle compagnie est un enjeu. Ci-haut, les enseignes de concessions Renault et Nissan voisines à Kawaguchi, au Nord de Tokyo.

Les administrateurs se sont réunis à 15 h (9 h, heure de Montréal) au siège de Renault à Boulogne-Billancourt près de Paris, a-t-on appris auprès du constructeur. La réunion devrait durer des heures et pourrait se prolonger tard dans la soirée.

Si le conseil approuve les grandes lignes du projet, il pourrait décider de l’ouverture de négociations exclusives avec FCA pour former le numéro 3 mondial de l’industrie automobile dans le cadre d’une « fusion entre égaux ».

Une nouvelle réunion pourrait se tenir plus tard cette semaine, si tous les doutes n’étaient pas levés mardi soir.

LA PRESSE

La fusion donnerait au nouveau groupe une présence forte en Amérique du Nord, notamment avec les pickups Ram.

Ce projet « est une réelle opportunité pour Renault et pour l’industrie automobile française », a estimé vendredi le ministre français de l’Économie Bruno Le Maire.

Mais il a réclamé des garanties solides, notamment sur la préservation des emplois et des sites industriels ainsi que sur l’équilibre de la gouvernance entre Français et Italiens.

« Il est hors de question que le projet de fusion aboutisse à une prise de contrôle de Renault par Fiat Chrysler », a souligné une source proche du gouvernement.

Paris réclame un siège d’administrateur pour l’État français dans le nouveau groupe.

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Renault apporterait son expertise électrique à FCA, qui n'en a aucune. Ci-haut l'écran tactile du petit fourgon commercial Reanult Kangoo ZE électrique.

Le projet prévoit la création d’un holding basée à Amsterdam et détenue à 50-50 par les actionnaires de Renault et FCA. La nouvelle entité serait cotée à Paris, New York et Milan.

La famille Agnelli, qui possède 29 % de Fiat Chrysler, verrait sa part mécaniquement diluée à 14,5 %, mais elle serait de loin le premier actionnaire, pesant près du double de l’État français qui tomberait à 7,5 % du capital.

Siège opérationnel à Paris

L’annonce du projet de fusion il y a huit jours, à l’initiative de FCA, a suscité en France des craintes que Renault puisse finalement passer sous pavillon italien.

D’après plusieurs sources, les Français auraient obtenu que le siège opérationnel du groupe soit situé à Paris.

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Le siège social de Renault à Boulogne-Billancourt, près de Paris.

L’actuel président de FCA, John Elkann, petit-fils de l’emblématique président de Fiat Gianni Agnelli, serait pressenti pour présider la nouvelle entité, tandis que Jean-Dominique Senard assurerait la direction exécutive.

Des négociations porteraient aussi sur un mécanisme de primes pour les actionnaires de Renault, certains experts jugeant actuellement l’action du constructeur français sous-valorisée.

FCA a assuré que la fusion ne se traduirait par aucune fermeture de site de production, tout en évoquant des synergies annuelles supérieures à 5 milliards d’euros (7,5 milliards de dollars CAN).

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Une Fiat 500 L.

Le groupe issu de la fusion pèserait plus de 30 milliards d’euros (45 milliards de dollars CAN) en bourse et produirait 8,7 millions de véhicules par an.

Si on y ajoute les volumes de Nissan et Mitsubishi, alliés japonais de Renault, le nouvel ensemble produirait près de 16 millions de véhicules par an, loin devant Volkswagen et Toyota (environ 10,6 millions chacun).

Renault et Fiat Chrysler atteindraient ainsi une taille critique leur permettant de financer sans problème les ruptures technologiques qui bouleversent l’industrie automobile : électrification, véhicules autonomes et connectés.

Renault ferait profiter à FCA de son avance dans les voitures électriques, dont il a été pionnier avec notamment la citadine Zoé.

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Une Renault Zoé branchée à une borne électrique à Bruxelles, en Belgique.

FCA apporterait une présence rentable en Amérique du Nord avec notamment des gros VUS et pickups, complémentaires de la gamme de Renault.

Nissan, dont Renault détient 43 % du capital, et qui contrôle 15 % de Renault, avait écarté il y a quelques semaines un projet d’intégration plus avancé avec le constructeur français.

M. Senard, en déplacement la semaine dernière à Tokyo, a tenté de rassurer son allié de 20 ans, avec lequel les relations se sont détériorées depuis l’affaire des malversations présumées de l’ancien patron de Renault, Carlos Ghosn.