Certaines rencontres sont à marquer d’une pierre blanche. Pour Philippe Racine, la rencontre avec l’œuvre du peintre Jean-Michel Basquiat est sans conteste du nombre.

Publié le 6 septembre
Stéphanie Morin
Stéphanie Morin La Presse

L’acteur, dramaturge et metteur en scène se souvient : « Un ami qui étudiait en art à l’université m’a fait découvrir Basquiat. Ç’a été une révélation ! Je me suis mis à tout lire sur sa vie et rapidement, je me suis senti une parenté avec lui. »

Pour le jeune homme d’origine haïtienne né à Rouyn-Noranda et ayant grandi à Joliette, le peintre new-yorkais au style fulgurant est devenu une sorte de modèle. « Plus jeune, je ne trouvais pas de modèles noirs à qui m’identifier au Québec. Basquiat est devenu une référence. Comme lui, j’étais un jeune fâché de la vie. Comme lui, je voulais canaliser cette colère dans un art qui soit politique et engagé. Et comme lui, j’avais une admiration pour les grandes figures noires américaines que sont Muhammad Ali ou Jackie Robinson. »

Il ne faut donc pas se surprendre que l’ombre de l’iconique peintre plane sur la pièce que Philippe Racine traîne dans ses cartons depuis près de 20 ans et qu’il présentera à compter du 13 septembre à la salle Jean-Claude-Germain du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui. Son titre : Lequel est un Basquiat.

Dès que je suis entré au Conservatoire en 2000, j’ai commencé à écrire sur Basquiat. Une écriture automatique, un peu éparpillée…

Philippe Racine

« Plus tard, deux évènements qui m’ont beaucoup choqué m’ont forcé à mettre plus de rigueur dans le projet : l’affaire Fredy Villanueva et la mort d’Alain Magloire, ce sans-abri qui souffrait de maladie mentale et qui a été tué par la police parce qu’il avait un marteau dans les mains », poursuit-il.

Dans sa pièce, le premier solo de son cru, Philippe Racine donne la parole à Sammy, un grapheur montréalais qui se fait offrir une forte somme pour peindre de fausses toiles de Basquiat. Cette offre viendra bousculer le fragile équilibre qui prévaut dans l’existence du « jeune poète de la rue » forcé de plonger dans l’univers déchiré du peintre. « Sammy est un peu le jeune adulte que j’étais, même si, à 46 ans, j’ai pris une distance avec cet alter ego », estime Philippe Racine.

Une icône par ses œuvres

Plutôt que de s’attarder à la vie de l’avant-gardiste Basquiat, Philippe Racine a choisi de s’inspirer de ses toiles pour écrire cette pièce « non linéaire et qui se déploie plutôt scène par scène ».

J’ai voulu m’éloigner du simple biopic et je voulais que les gens dépassent le cliché qu’on a fait de Basquiat. C’est un peintre qu’il faut apprendre à décoder, surtout lorsqu’il est question de racisme ou de quête identitaire. Sur ces sujets, il faut établir un dialogue et c’est pour cette raison que je brise le quatrième mur pour parler au public.

Philippe Racine

Pour ce spectacle, Philippe Racine sera seul sur scène. Ou presque. La régisseuse et éclairagiste Valérie Bourque viendra parfois sur les planches où l’acteur mélange texte, musique originale en direct et art pictural.

Faut-il connaître Basquiat pour se plonger dans cette œuvre ? Philippe Racine jure que non. « La pièce raconte la quête de Sammy et l’influence qu’un modèle peut avoir sur quelqu’un qui cherche son identité. C’est l’histoire de Sammy et c’est un peu aussi la mienne. Dans la pièce, je m’interroge : est-ce que j’aurais pu être un Basquiat et finir comme lui, mort d’une surdose d’héroïne à 27 ans ? Car après tout, je porte en moi le même feu créatif, le même feu par rapport aux injustices. »

Outre Lequel est un Basquiat, un autre projet dirigé par Philippe Racine prend l’affiche ce mardi au Théâtre de Quat’Sous : M’appelle Mohamed Ali, qu’il a mis sur pied avec ses comparses du Théâtre de la Sentinelle, Lyndz Dantiste et Tatiana Zinga Botao. Cette pièce qui rassemble neuf interprètes afrodescendants traite avec fougue du combat de l’acteur noir en Occident. « Ç’a été un rêve pour moi de diriger ces acteurs de grand talent. Il s’est développé une grande solidarité entre nous. On se croise souvent de loin sans jamais pouvoir travailler ensemble, car on auditionne toujours pour le même rôle, celui destiné à un acteur noir… »

Lequel est un Basquiat, du 13 septembre au 1er octobre à la salle Jean-Claude-Germain du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui

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PHOTO VALÉRIE REMISE, FOURNIE PAR LE CENTRE DU THÉÂTRE D’AUJOURD’HUI

Audrey Talbot signe une pièce poignante avec Corps titan (Titre de survie).

Après un passage à guichets fermés l’an dernier au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, cette poignante pièce signée Audrey Talbot est de retour. La dramaturge et comédienne y raconte sa longue réadaptation après un terrible accident de vélo. Récit autobiographique à l’approche documentaire — on y entend notamment le récit glaçant des premiers répondants —, Corps titan (titre de survie) est une œuvre qui remue, mais, surtout, qui célèbre la force de la vie et l’incroyable résilience de l’être humain. À voir.

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PHOTO STÉPHANE BOURGEOIS, FOURNIE PAR LE TRIDENT

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Au Trident, la saison s’ouvre avec un spectacle à grand déploiement réunissant 20 acteurs et musiciens. En effet, le théâtre de Québec ne propose rien de moins que la célèbre comédie musicale Cabaret. Dans le Berlin des années 1930, une faune bigarrée se rassemble au Kit Kat Club pour festoyer toute la nuit. Mais hors des murs de la boîte de nuit, le monde est sur le point de basculer sous la montée du nazisme. Un grand classique du genre, ici mis en scène par Bertrand Alain avec un orchestre dirigé par Sébastien Champagne.

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PHOTO XAVIER CYR, FOURNIE PAR LE THÉÂTRE DENISE-PELLETIER

La comédienne Amélie Dallaire est au cœur de la production Une fille en or.

Dans cette pièce qu’il a écrite et dont il signe la mise en scène, le comédien Sébastien David partage la scène avec Amélie Dallaire pour raconter l’histoire de quatre femmes qui font l’objet d’autant de transformations profondes. De la fille en or à la fille en pixels, les quatre destins de ces femmes vont basculer radicalement. Une œuvre librement inspirée des Métamorphoses d’Ovide, mais plantée dans « un univers grunge aux mutations tragicomiques » qui révèle la pluralité de l’humanité. À savoir : la pièce a connu un passage remarqué à Sherbrooke à sa création en 2021.

À la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier, du 6 au 24 septembre

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Brefs entretiens avec des femmes exceptionnelles

PHOTO ANTOINE LAROCHELLE, FOURNIE PAR LA LICORNE

Brefs entretiens avec des femmes exceptionnelles donne la parole à des femmes au discours assumé, mais dérangeant.

Pour ouvrir sa saison, La Licorne accueille dans sa salle intime cette pièce de l’auteur catalan Joan Yago García (à qui l’on doit aussi Fairfly, présentée en 2021). Ici, cinq femmes aux parcours opposés — une mannequin, une pro-armes du Nevada, une scientifique rêvant d’immortalité — se livrent sans fard au public. Leur discours dérange parfois, mais reste pleinement assumé. Un texte mis en scène par Gabrielle Lessard, dans lequel les interprètes Ariane Bellavance-Fafard, Louise Cardinal, Nathalie Coupal, Daniel D’Amours, Charlotte Desbiens, Kariane Héroux-Danis et Tracy Marcelin abordent des sujets aussi vastes que l’homosexualité, l’automédication et le transâgisme.

À La Petite Licorne, du 6 au 23 septembre

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Le cas Nicolas Rioux

PHOTO MAXYME G. DELISLE, FOURNIE PAR DUCEPPE

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C’est le retour des formules 5 à 7 dans les coulisses de chez Duceppe avec la présentation de la pièce en un acte Le cas Nicolas Rioux, de la dramaturge Erika Mathieu d’après une mise en scène par Patrick R. Lacharité. À Saint-Victoire-de-l’Espérance, la colère gronde. La pièce de théâtre programmée au centre culturel divise les résidants. Certains ont lu le texte, d’autres pas. Mais est-ce nécessaire pour se forger une opinion ? Six comédiens défendront cette satire mordante, qui écorche au passage la proverbiale sagesse populaire.

Au Théâtre Duceppe, du 13 au 30 septembre

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