À l’Usine C, on dansera à l’automne et on jouera, le printemps venu. En avril 2023, Brigitte Haentjens a pris rendez-vous avec Shakespeare pour créer un spectacle d’une durée de près de 6 heures incluant 5 pièces et 25 comédiens sur scène. Une folle aventure intitulée Rome.

Publié le 24 mai
Mario Cloutier Collaboration spéciale

Brigitte Haentjens l’avoue : « C’est complètement fou comme aventure. » Mais qui d’autre est mieux placé que la metteuse en scène de Richard III (Shakespeare) et de Sang (Lars Noren) pour s’attaquer à autant de tragédies « italiennes » du barde anglais sans tomber, justement, dans la folie.

Le spectacle Rome comprend les pièces Le viol de Lucrèce, Coriolan, Jules César, Antoine et Cléopâtre et Titus Andronicus. Dans une trame allant de « la dictature à l’anarchie », la traduction de Jean-Marc Dalpé mettra de l’avant les talents de 25 interprètes, dont environ la moitié viennent de la relève.

« Jean-Marc a fait un travail exceptionnel. Il en fait une œuvre très vivante en jouant sur les niveaux de langage. Puis, on y a mis trois ans pour resserrer les textes sans enlever à la richesse du propos », dit la metteuse en scène.

Ces deux amis de longue date n’ont pas senti le besoin d’adapter ou même d’actualiser la pièce.

« Shakespeare possède une profondeur inégalée en termes de dramaturgie, rappelle Brigitte Haentjens. J’avais le goût de parler des notions de pouvoir et de démocratie dans un monde, le nôtre, qui est délirant. Mais chez Shakespeare, ce n’est jamais unidimensionnel, et on ne donne de leçon à personne. »

Complices de toujours

On retrouvera évidemment sur scène quelques-uns des complices habituels de celle qui a plus de 50 productions à son actif : Sébastien Ricard, Marc Béland, Céline Bonnier, Paul Ahmarani et Sylvie Drapeau, notamment. À la conception, d’autres collègues au long cours : la scénographe Anick La Bissonnière et le musicien Bernard Falaise.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Brigitte Haentjens a réuni de nombreux comédiens sur le projet Rome, dont plusieurs collaborateurs de longue date, comme Sébastien Ricard, qu’elle avait dirigé dans Richard III.

Le groupe se réunira bientôt pour explorer certaines idées dans le cadre d’un laboratoire de deux semaines, mais les répétitions commenceront en août. Le spectacle Rome sera par la suite présenté du 5 au 16 avril 2023.

À un an de la création, Brigitte Haentjens dit ressentir quelques angoisses face à ce grand défi qui l’attend.

« Mais il faut avancer et faire travailler les gens. C’est au théâtre que les artistes peuvent creuser leur vrai métier. En travaillant avec des jeunes de l’École nationale de théâtre cette année, je me suis rendu compte qu’en dépit de notre différence d’âge, nous partageons toujours la même passion. Pour moi, c’est une recherche de lumière que d’être avec des artistes sur scène. »

Une saison de grands noms

Par ailleurs, la saison de l’Usine C s’ouvrira en octobre prochain avec le retour de la grande metteuse en scène et chorégraphe franco-autrichienne Gisèle Vienne (The Ventriloquists Convention et Jerk). Son plus récent spectacle, CROWD, est décrit comme une « déferlante techno » pour 15 danseurs.

En novembre, Marie Chouinard présentera ensuite Jérôme Bosch : le jardin des délices. Créée en 2016 aux Pays-Bas, cette chorégraphie rend hommage au triptyque du peintre néerlandais avec une douzaine d’interprètes sur scène.

Enfin, en février 2023, juste avant le projet Rome de Brigitte Haentjens, l’Usine C accueillera Le signal du promeneur, des Belges du Raoul Collectif. Dans un grand banquet aux allures de fin du monde où tout est permis, on y convoque autant Don Quichotte qu’Antigone.

Il s’agit de la dernière saison concoctée par la fondatrice et directrice générale et artistique de l’Usine C, Danièle de Fontenay, qui a annoncé son départ au mois de décembre dernier, après plus de 25 ans à la tête de ce théâtre pluridisciplinaire du Centre-Sud de Montréal. On ne sait pas encore qui la remplacera.