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Publié le 19 avril
Stéphanie Morin
Stéphanie Morin La Presse

Enfant, l’artiste pluridisciplinaire Soleil Launière était peu bavarde. Au point d’inquiéter ses professeurs et d’inciter ses parents à consulter un spécialiste. Le verdict est vite tombé : la fillette choisissait ce qui méritait son attention et ne répondait qu’à ce qui lui tentait. Rien de plus, rien de moins.

L’anecdote n’est pas anodine. À 36 ans, née à Mashteuiatsh d’un père innu et d’une mère québécoise, l’artiste ressent pour la première fois de sa vie le besoin de prendre la parole. « C’est un grand pas pour moi », dit-elle.

Car si Soleil Launière a souvent utilisé les gestes ou la musique dans sa pratique artistique, cette fois, ce sont les mots qui sont mis de l’avant pour son spectacle Akuteu, présenté à compter de jeudi à la salle Jean-Claude-Germain du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui (CTD’A). « Aketeu, c’est l’orignal qui est pendu par les pieds et qui s’offre comme nourriture. C’est l’animal qui offre son âme. Et comme lui, je vais m’offrir au public. »

Ce qu’elle a à raconter est à la fois très intime et très universel. C’est le tiraillement d’une femme prise entre deux cultures, dont les racines cherchent une terre pour s’enfoncer. « Je passe inaperçue quand je marche dans la rue : on ne dirait pas que je suis autochtone, mais j’ai cette identité à l’intérieur de moi. Ma métissité fait partie de moi. Je vis avec une honte d’être entre deux mondes, mais aussi une fierté. Ces deux pôles qui tirent chacun de leur côté ont façonné l’être que je suis. Akuteu est une forme de mise au monde artistique pour moi. »

Dans les années 1990, le Québec n’était pas politiquement au même endroit qu’aujourd’hui. Parler de ses origines autochtones venait avec des répercussions plus grandes. Je suis heureuse que les choses changent. Maintenant, je suis contente de pouvoir dire fièrement que je suis autochtone.

Soleil Launière

Son spectacle alterne entre confessions et poésie, entre mots et performance corporelle, dit-elle. « J’ai eu envie de traiter de la réalité plurielle des Autochtones, mais c’était aussi important pour moi que le texte puisse parler à une multitude de gens et de communautés. Qu’il soit question d’identité de genre, d’identité culturelle ou de notre rapport à la grande ville et à la nature, nous sommes plusieurs à vivre dans cet entre-deux là. »

Elle ajoute : « Moi-même, je ne me range pas dans une seule unité de genre. Je suis bispirituelle et ne me représente pas seulement en femme. Je suis dans la non-binarité des choses. Ça fait partie de moi d’être entre deux mondes. »

Partage avec le public

Elle tient toutefois à souligner qu’avec Akuteu, elle s’exprime sur sa propre réalité, pas sur celle de toute une communauté. « Comment parler au nom de tout le monde alors que c’est si difficile de le faire seulement pour moi-même ? s’interroge-t-elle. Ici, je parle de mon rapport avec ma sœur, avec mon père… Je partage avec le public mon territoire à la fois personnel et géographique… En espérant que ça touche d’autres personnes. »

Pour ce premier spectacle théâtral solo, l’artiste, qui commence une résidence de deux ans au CTD’A, a été aidée notamment par Dany Boudreault, qui lui a servi de conseiller dramaturgique. « Dany vient de Roberval, de l’autre côté du lac Saint-Jean par rapport à Mashteuiatsh, où j’ai grandi. Il a vécu de l’extérieur le racisme envers les Autochtones, moi, je l’ai vécu de l’intérieur. On a grandi dans deux réalités différentes… »

Mais attention, Akuteu n’est ni un spectacle revendicateur ni un pamphlet. « Je suis beaucoup dans l’amour pour ce spectacle. J’ai besoin de lumière dans ce que je choisis de faire ces temps-ci. Même si les sujets sont difficiles, je veux voir l’espoir. »

Jusqu’au 7 mai à la salle Jean-Claude-Germain du CTD’A

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Aussi à l’affiche

La face cachée de la Lune

PHOTO FOURNIE PAR LA PRODUCTON

Yves Jacques au début des années 2000

Pour ceux ou celles qui ne l’ont pas encore vu, Le Diamant à Québec reprend ce magnifique spectacle solo avec Yves Jacques. Rappelons que le comédien a joué environ 500 fois à travers le monde cette pièce de Robert Lepage, produite par Ex Machina. Il l’a aussi défendue en duo avec Lepage dans une adaptation pour la télévision. Créée en février 2000 au Trident, à Québec, cette œuvre autobiographique de Lepage rend hommage à sa mère, morte peu de temps avant. La face cachée de l’artiste s’y dévoile par couches, au fil de la représentation, à travers le deuil du protagoniste.

Luc Boulanger, La Presse

Au Diamant, jusqu’au 30 avril

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Vermine radieuse

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

La comédienne Sylvie Moreau fait partie de la distribution de la pièce Vermine radieuse de Philip Ridley.

Le Théâtre de la Marée Haute, en codiffusion avec La Manufacture, présente Vermine radieuse, de Philip Ridley, dans une mise en scène de David Strasbourg. Cette production flirte avec l’humour noir, le fantastique et « l’étrangeté à la Stanley Kubrick ». Vermine radieuse aborde la question de l’embourgeoisement et de ses impacts sociaux. La pièce fait aussi une critique de la société de surconsommation « qui tend à banaliser la cruauté envers les plus démunis », ajoute-t-on dans le communiqué. Sylvie Moreau fait partie de la distribution avec Anne-Marie Binette et Michel-Maxime Legault.

Luc Boulanger, La Presse

À La Petite Licorne, jusqu’au 13 mai

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100 secondes avant minuit (la captation)

PHOTO NAJIM CHAOUI, FOURNIE PAR ARACH’PICTURES

Extrait de 100 secondes avant minuit, une création de Michelle Parent

Le 22 avril sera le Jour de la Terre. Le Théâtre Aux Écuries en profitera pour lancer la webdiffusion du spectacle 100 secondes avant minuit, une création de Michelle Parent, de Pirata Théâtre, qui devait être présentée en salle en janvier dernier ; et qui ne pouvait pas être reportée. « Œuvre chorale où le tragique et le ludique se côtoient, 100 secondes avant minuit repose sur un jeu à haut risque : des performeurs et performeuses luttent contre la montre pour s’adresser au public, en même temps qu’ils doivent générer eux-mêmes l’énergie nécessaire à l’éclairage d’une partie de la représentation », explique-t-on dans le communiqué. La pièce s’inscrit dans une trilogie autour de « l’effondrement du vivant », un cycle amorcé avec le spectacle Comment épouser un milliardaire, créé en 2020 au même endroit.

Luc Boulanger, La Presse

En webdiffusion, du 22 avril au 15 mai, sur le site du Théâtre Aux Écuries

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Atteintes à sa vie

PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Le metteur en scène Philippe Cyr

Nouvellement nommé à la tête du Prospero, Philippe Cyr est aussi très présent à l’Usine C depuis quelques années. Dès mardi, le metteur en scène présente dans ce lieu Atteintes à sa vie, un kaléidoscope énigmatique de 17 scénarios pour le théâtre. Cette pièce musicale et sulfureuse de Martin Crimp, l’un des dramaturges phares du théâtre contemporain, est montée pour la première fois au Québec. L’auteur britannique trace le portrait « d’une absente aux identités multiples » : Anne, Anny, Annie, Annushka. « Tour à tour terroriste, artiste visuelle, star de porno ou marque de voiture européenne, elle devient la cible de toutes les violences. Une réflexion essentielle et d’actualité sur le sadisme collectif », avance le communiqué de l’Usine C. Avec Ève Pressault, Karine Gonthier-Hyndman, Iannicko N’Doua et Maxime Genois.

Luc Boulanger, La Presse

À l’Usine C, jusqu’au 30 avril

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Luna

PHOTO SASHA ONYSHCHENKO, FOURNIE PAR LES GRANDS BALLETS

La danseuse Emma Garau dans Fukuoka

Les Grands Ballets sont de retour avec un programme mixte inspiré par la Lune, et son effet sur notre planète et ses peuples. Luna rassemble quatre pièces à l’esthétique contemporaine, dont Du Soleil à la Lune, création de Vanesa G. R. Montoya, première danseuse pour la compagnie. Aussi au programme, Beguile, par l’artiste de Vancouver Lesley Telford, ancienne danseuse de la troupe montréalaise qui a fait carrière avec le réputé Nederland Dans Theater. Le chorégraphe espagnol Marcos Morau offre de son côté Fukuoka, présenté comme une collision entre le flamenco et la danse contemporaine. Finalement, le chorégraphe montréalais d’origine mexicaine Edgar Zendejas propose le pas de deux Sonata de Luna, inspiré par la voix et la musique de l’artiste brésilien Caetano Veloso.

Iris Gagnon-Paradis, La Presse

Au Théâtre Maisonneuve, du 28 avril au 1er mai

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