Avec les fermetures répétées des salles de spectacle et des bars, les deux dernières années ont été dures pour les artistes, y compris les improvisateurs. La Ligue nationale d’improvisation (LNI) a toutefois profité de cette jachère imposée pour réfléchir à l’utilité de l’improvisation et aux diverses façons d’en renouveler la théâtralité, et peut maintenant annoncer plusieurs bonnes nouvelles.

Publié le 19 janvier
Stéphanie Morin
Stéphanie Morin La Presse

« On a hâte : on a faim et on a soif ! » François-Étienne Paré, directeur artistique du Théâtre de la LNI, ne cache pas son enthousiasme à l’aube d’une nouvelle saison de la Coupe Charade qui devrait s’enclencher, si tout va bien, le 7 février prochain au Club Soda. « On est prêts et les messages qu’on reçoit du Club Soda nous laissent espérer une ouverture prochaine des salles. »

PHOTO FOURNIE PAR LA LNI

François-Étienne Paré, directeur artistique du Théâtre de la LNI

Comme c’était le cas pour la saison écourtée de 2020, les dirigeants de la plus célèbre et plus ancienne des ligues d’improvisation espèrent pousser un cran plus loin l’art de l’improvisation. « On veut continuer de s’éloigner de l’aspect compétitif en misant davantage sur la qualité des improvisations. Dans cette logique, on a décidé cette année de changer les différents trophées qui sont remis à la fin de la saison. » Les détails seront révélés en février.

« L’improvisation, c’est beaucoup plus que des sketchs faits par des acteurs en jogging ! poursuit François-Étienne Paré. Avec la pandémie, on a réalisé à quel point notre art possède ce grand avantage d’être pratiquement en direct. »

On peut s’ajuster de représentation en représentation pour sentir ce qui est dans l’air du temps. Notre mandat est notamment de mettre en scène et en histoires les préoccupations de notre société.

François-Étienne Paré, directeur artistique du Théâtre de la LNI

Pour « faire arriver la LNI au XXIsiècle », la direction a décidé de laisser tomber le vote à l’aide de cartons colorés pour passer au vote électronique, par texto. « Le vote est très rapide et les spectateurs vont voir en direct les votes s’accumuler à l’écran. Pour nous, c’est une façon de nous ouvrir à plus d’interactivité avec les spectateurs. Par exemple, on pourrait les sonder sur plusieurs questions, comme le thème qu’ils préfèrent. C’est aussi par texto que le public va voter pour le joueur de la saison. »

PHOTO FOURNIE PAR LE THÉÂTRE DE LA LNI

Les spectacles La LNI s’attaque au cinéma rendent hommage à l’œuvre de grands cinéastes d’ici et d’ailleurs.

Un spectacle hommage à Jean-Marc Vallée

Depuis quelques années, la LNI diversifie aussi son offre en proposant plusieurs spectacles articulés autour des classiques de la dramaturgie ou du cinéma (ou encore teintés par l’actualité avec La LNI tue la une !). Cette année, un spectacle hommage aux films de Jean-Marc Vallée était d’ailleurs au programme… Les représentations prévues en janvier au Théâtre Outremont ont été reportées en raison des mesures sanitaires. Mais le spectacle aura bel et bien lieu un jour, promet François-Étienne Paré.

« Pour La LNI s’attaque au cinéma, on cherche à rendre hommage à des cinéastes avec une signature forte. C’est le cas de Jean-Marc Vallée. »

Il a révolutionné l’art de tourner des films et des séries en se permettant de respirer avec ses acteurs et en se concentrant sur le jeu, les émotions. Son intégration de la musique est aussi très inspirante.

François-Étienne Paré

« Pour nous, ce sera très stimulant de travailler autour de ses idées. Et ça nous apparaît essentiel de conserver ce spectacle. » Le cinéaste mort le 25 décembre dernier avait d’ailleurs été invité à assister à une des représentations.

À savoir : le Théâtre de la LNI propose aussi au public de revoir sa première websérie intitulée Focalisation zéro, qui regroupe notamment 17 improvisateurs.

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Le spectacle L’usine de théâtre potentiel a été présenté à Québec au printemps dernier, lors du Carrefour du théâtre.

Des chantiers en tout genre

La LNI a aussi poursuivi son exploration théâtrale pendant la pandémie avec deux chantiers de création qui devraient voir le jour dans les prochains mois. L’usine de théâtre potentiel s’installera à Espace libre en janvier 2023, tandis que l’ambitieux Projet Cygnus, « sorte de Babel de l’improvisation », déploiera ses ailes en 2024. « Ce sont des façons d’approcher l’improvisation autrement, en intégrant notamment de plus en plus la technique à nos spectacles. »

Autre chantier, moins métaphorique celui-là : la création d’un possible lieu pour accueillir les activités et les spectacles du Théâtre de la LNI (voire de tout le milieu montréalais de l’improvisation), à l’église Très-Saint-Rédempteur, rue Adam, dans Hochelaga-Maisonneuve. « Le Conseil des arts de Montréal nous a offert de l’aide d’accompagnement pour mener ce projet communautaire à terme. On est au début du processus, mais c’est une excellente nouvelle. »

Ça fait plus de dix ans qu’on cherche un lieu pour installer nos locaux. Et Robert Gravel, notre fondateur, est né à un coin de rue et demi de là !

François-Étienne Paré

Le Théâtre de la LNI travaille aussi depuis des années pour un meilleur soutien de la discipline artistique. Or, le milieu est en voie de se structurer, avec la mise en place d’une association de représentants du milieu de l’improvisation au Québec, explique François-Étienne Paré.

Bref, après deux années de torpeur, la relance s’annonce positive pour le milieu de l’improvisation en général… et pour la LNI en particulier.

Consultez le site du Théâtre de la LNI