Trente ans après sa création, Les reines, œuvre maîtresse de la dramaturgie québécoise, s’installe sur les planches du TNM avec une distribution tout étoiles, composée de six actrices en maîtrise totale de leur art. Un moment de théâtre puissant mais exigeant, tant pour celles qui le portent que pour ceux qui le reçoivent.

Stéphanie Morin
Stéphanie Morin La Presse

Normand Chaurette connaît dans ses moindres recoins l’œuvre de William Shakespeare, dont il a traduit moult pièces. Pas surprenant que ce soit du côté du grand dramaturge anglais que le Québécois ait trouvé l’inspiration pour Les reines. Fidèle à l’adage voulant que derrière chaque grand homme se cache une femme, Chaurette a articulé sa pièce auteur de celles qui, à l’ombre des rois, vivent leur rêve de grandeur dans les coulisses de la cour de Londres.

Époque trouble

L’époque choisie est particulièrement trouble. Le roi Édouard IV se meurt et son frère, le terrible Richard III, se prépare à user de mille stratagèmes (meurtres compris) pour usurper le trône. À la cour, les femmes tentent de se repositionner sur l’échiquier du pouvoir.

La reine Élisabeth (Kathleen Fortin, d’une drôlerie qui détonne parfois) veut protéger ses enfants, héritiers légitimes du trône, des griffes de Richard. Isabelle de Warwick (Céline Bonnier, d’une froideur calculatrice à faire peur) manigance pour que son époux, George le muet, soit couronné. Et sa cadette, Anne de Warwick (Sophie Cadieux, infantile et perfide à souhait), est prête à tout pour aider Richard dans ses funestes desseins.

Devant elles, la fielleuse Marguerite (Monique Spaziani, fabuleuse), la vieille duchesse d’York (Sylvie Léonard) et la mystérieuse Anne Dexter (Marie-Pier Labrecque) assistent à toutes ces tractations avec chacune un désir différent qui les ronge.

Des partitions complexes

Normand Chaurette a imaginé pour ces reines au cœur sec des partitions complexes, où des arias grandioses cohabitent avec des concertos pour plusieurs voix.

Le monologue de l’agonie du roi, superbement rendu par Monique Spaziani, est une pièce d’anthologie.

D’autant plus que le texte très littéraire et métaphorique de Chaurette n’est pas des plus faciles à dompter. Il faut aussi un certain temps au spectateur pour saisir qui est qui dans l’arbre généalogique tarabiscoté de la royauté anglaise...

PHOTO YVES RENAUD, FOURNIE PAR LE TNM

Kathleen Fortin, Sophie Cadieux et Monique Spaziani, drapées dans des costumes signés Ginette Noiseux

Le metteur en scène Denis Marleau a choisi de placer les interprètes dans un écrin gris fait d’un labyrinthe d’escaliers et de paliers, qui résume à lui seul toute la complexité des rapports entre ces femmes. Les images vidéo d’une neige qui tombe inlassablement en fond de scène ajoutent à l’étouffement. Ces femmes sont bel et bien prises au piège de leur ambition démesurée...

Aux costumes, Ginette Noiseux a drapé chaque femme dans des étoffes de couleurs différentes. Le résultat est splendide. La musique originale d’Alexander MacSween ajoute une touche inquiétante à l’ambiance déjà angoissante.

Bref, tous les éléments sont en place pour rendre merveilleusement justice à cette œuvre touffue et intense, qui a brillé – on comprend pourquoi – sur plusieurs grandes scènes du monde.

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Les reines

Les reines

De Normand Chaurette, mise en scène de Denis Marleau

Avec Céline Bonnier, Sophie Cadieux, Kathleen Fortin, Marie-Pier Labrecque, Sylvie Léonard et Monique Spaziani

Au Théâtre du Nouveau Monde, Jusqu’au 11 décembre