En 2017, Marie-Ève Perron a perdu son père, diminué par deux maladies dégénératives. De ce drame intime, elle a tiré la matière première d’un spectacle-performance à la portée universelle sur les doutes et la perte de repères de ceux qui restent derrière.

Stéphanie Morin
Stéphanie Morin La Presse

La mort est la seule certitude dans la vie, veut l’adage populaire. Pourtant, on déploie des efforts considérables à l’ignorer, à la nier. À ne pas s’y préparer. La comédienne Marie-Ève Perron ne fait pas exception, mais la mort de son père, procureur de la Couronne et grand amateur de proverbes et maximes en tout genre, a forcé une réflexion qu’elle aurait sans doute préféré éviter.

De cette réflexion est née De ta force de vivre, une pièce solo qui n’a rien d’une veillée mortuaire, au contraire. Avec un sens de l’autodérision bien aiguisé et un tranchant sens de la réplique, celle que plusieurs ont découverte dans Les Simone nous dresse un portrait touchant et profondément humain de son processus de deuil.

Parce que non, le deuil ne se règle pas en cinq étapes faciles. Il y a la colère, la culpabilité, la peine et, oui, le soulagement parfois, qui s’entrechoquent. Il y a la vie, la sienne, qui continue à défiler à vitesse grand V sans se soucier de ses états d’âme et de son quotidien bouleversé. Il y a ce décalage qu’elle sent s’installer entre elle et le monde entier.

Il y a aussi mille tracas à gérer, mille décisions à prendre pour donner à l’être aimé une cérémonie d’adieu à la hauteur de son amour. Peu importe le prix. « Pour le reste, il y a MasterCard ! », comme le dit si bien Marie-Ève Perron, qui signe ici la mise en scène, en plus du texte.

La scène (jouissive) où elle doit choisir les signets funéraires de son père avec une Nancy dégoulinante d’empathie est d’ailleurs la preuve délirante que « le capitalisme décomplexé » ne s’arrête pas au seuil des portes des salons funéraires…

Seule sur scène devant de simples rangées de lumières, Marie-Ève Perron réussit pendant une heure et demie à nous faire rire, nous émouvoir, nous renvoyer à nos propres vies et à nos propres morts. Elle habite avec fougue une scène nue qui aurait pu être trop grande pour d’autres, femme virevoltante de vie ou spectre terrassé par l’injustice de la situation. Elle use aussi habilement d’extraits audio et musicaux pour faire rebondir son propos ou nous faire passer en un claquement de doigts du drame à la comédie, et vice versa.

Marie-Ève Perron choisit d’ailleurs de clore le spectacle sur des extraits d’entrevues faites avec une spécialiste du deuil, Luce Des Aulniers. Ces derniers apportent un éclairage intéressant sur la quête de sens dans laquelle s’est lancée la comédienne, même s’ils s’emboîtent un peu maladroitement avec le reste du spectacle.

Une chose est certaine : même s’il est question de mort ici, c’est surtout avec un immense amour de la vie qui palpite qu’on ressort de ce spectacle fort réussi. Ne reste qu’à espérer qu’il sera repris dans un avenir pas trop lointain, car les représentations prévues à La Licorne affichent déjà complet.

De ta force de vivre

De ta force de vivre

Texte, mise en scène et interprétation de Marie-Ève Perron

La Licorne, Jusqu’au 16 juin

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