Dans son spectacle solo à La Licorne, Marie-Ève Perron raconte la mort de son père pour aborder les différentes étapes du deuil. Toutefois, la comédienne adorée du public à la télé pour son interprétation dans Les Simone rend surtout hommage à notre force de vivre.

Luc Boulanger
Luc Boulanger La Presse

« C’est très très dur de faire des deuils. En temps de pandémie, c’est encore pire », a confié l’anthropologue Serge Bouchard, en entrevue à Radio-Canada, quelques semaines avant son décès. Ce n’est surtout pas Marie-Ève Perron qui vous dira le contraire. Cette semaine, la comédienne franchit une étape importante du deuil de son père, avec la création de sa pièce De ta force de vivre, mardi à La Licorne. Et ce, huit mois après son report en octobre, à cause du second confinement.

Le deuil, c’est aussi l’occasion de réfléchir sur le sens de notre vie. De la vie. C’est le chemin parcouru par la comédienne depuis la mort de son père, en 2017. Peu de temps après avoir pris sa retraite à 65 ans, on a diagnostiqué chez Roger Perron deux maladies dégénératives combinées. Il est décédé trois ans plus tard. « J’ai donc eu le temps de me préparer à l’idée de son décès en l’accompagnant dans sa maladie, confie sa fille en entrevue. Or, quand c’est arrivé pour de vrai, ça m’a frappée en pleine face. Très fort ! »

Les mois suivants, Marie-Ève Perron ne se comprenait plus du tout.

Je vivais toutes sortes d’émotions contradictoires. J’ai alors réalisé notre grande inhabileté devant la mort. Pourtant, s’il y a une expérience que tout le monde va traverser un jour, c’est bien l’expérience de la mort d’un proche. Pourquoi avons-nous tant de misère à en parler ? Pourquoi la mort reste-t-elle un sujet tabou ?

Marie-Ève Perron

Troisième solo de la lumineuse actrice qui travaille tant en France qu’au Québec, De ta force de vivre est une autofiction qui a évolué avec les préoccupations entourant la maladie et la mort, depuis le début de la pandémie. « Les choses ont changé depuis que j’ai amorcé l’écriture de ce texte, il y a deux ans, raconte Mme Perron. La vie avance, la vie bouge. Avec les concepteurs, on crée jusqu’à la dernière seconde. On pousse le spectacle le plus loin possible. »

Pensées immortelles

Pour son spectacle, la comédienne a interviewé des spécialistes et des chercheurs dans le domaine du deuil et de la mort. Ils lui ont permis d’amorcer des pistes de réflexion, et aussi de s’éloigner de son drame personnel pour aborder des thèmes plus vastes. « Dans nos sociétés occidentales, c’est vertigineux de penser à sa propre mort, dit-elle. La plupart des gens font comme si ça n’allait jamais arriver ! Ils sont maladroits, incapables d’exprimer leurs émotions. Par exemple, dans ma famille, si quelqu’un avait le malheur de dire, au détour d’une conversation “quand je vais mourir”, on lui répondait : “Voyons, ne dis pas ça !” Comme si la méchante mort surveillait autour de nous. Et allait débarquer dans la pièce pour se venger de l’avoir nommée ! »

Marie-Ève Perron, qui a joué dans plusieurs spectacles de Wajdi Mouawad au théâtre, insiste pour dire que si le sujet est sérieux, voire costaud, son approche demeure ludique.

Le spectacle n’est pas mortuaire. Il est lumineux, dans la vie. C’est une quête de sens.

Marie-Ève Perron

« Ce que je donne à voir, c’est ma traversée d’endeuillée, avec les étapes, les anecdotes et des situations absurdes entourant la disparition d’un proche. Car le comique n’est jamais loin du tragique. »

Finalement, le fruit n’est pas tombé loin de l’arbre. « Mon père était un battant devant l’imbattable. Il aimait tellement la vie ! Il n’avait vraiment pas envie de partir. Mais, pour ne pas nous faire de peine, il disait que tout allait bien. Au fond, il avait très peur. C’est pour cela que je raconte tout à cœur ouvert. »

À défaut de vaincre la mort, on peut toujours apprivoiser nos peurs.

De ta force de vivre, du 18 mai au 16 juin, à La Licorne.