Tout n’est qu’illusion ! dit-on. Prenez la famille au théâtre, un thème avec un grand F. Voilà un sujet aussi universel que personnel, fuyant et proche, dont le malheur fait le bonheur des auteurs. On l’observe avec le filtre de sa propre expérience, en se reconnaissant quelque part entre l’enfer des uns et la promesse des autres.

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

L’amour inconditionnel des membres du clan familial est-il l’ultime illusion ? Voilà ce qu’explore avec probité Pascale Renaud-Hébert dans Hope Town, sa pièce créée en octobre dernier à La Bordée, maintenant à l’affiche à Montréal. L’autrice plonge dans ce vaste sujet en exposant les deux côtés de la médaille, car elle veut comprendre autant ce qui pousse un adolescent à briser les liens avec sa famille que les défenseurs de la sacro-sainte institution.

Mensonges et vérités

Au hasard de vacances en Gaspésie avec son amoureux, Isabelle (jouée par Pascale Renaud-Hébert) tombe inopinément sur son frère Olivier, commis dans un restaurant Subway. Ce dernier a fugué du foyer à 16 ans, sans donner de nouvelles depuis cinq longues années. Le croyant mort ou kidnappé, Isabelle est sous le choc !

Olivier lui demande de partir, mais elle reste et l’interroge avec insistance sur les raisons de sa disparition. Il finira par lui avouer qu’il s’est toujours senti étranger à l’intérieur de la maison, et qu’il n’a jamais aimé ses proches. Un sentiment incompréhensible pour Isabelle. Dès lors, elle fera tout pour protéger les siens, quitte à manipuler son frère et saboter ses retrouvailles avec sa famille.

Amour et haine

« Je cherche à faire ressortir le plus beau et le plus laid chez l’humain », écrit Pascale Renaud-Hébert dans son mot au programme. Et c’est exactement ce qu’elle fait avec la pièce, qui expose, parfois à gros traits, mais avec efficacité, la question de l’amour filial et inconditionnel. En trois actes courts et elliptiques, nous transportant du Subway en Gaspésie à la maison familiale en Abitibi, Hope Town nous met face aux mensonges, aux secrets, aux non-dits et autres beaux malaises ; ces ciments de la famille unie.

Avec une belle économie, au service du jeu et du texte, la mise en scène de Marie-Hélène Gendreau nous fait pénétrer au cœur des enjeux de la pièce. On savoure ses dialogues punchés. On suit ses rebondissements. On aime ou on hait ses protagonistes. Parfois simultanément !

Visiblement, à 30 ans, cette autrice mérite notre attention. Toutefois, bien qu’elle soit bonne comédienne, Renaud-Hébert semble trop chercher à nous faire aimer Isabelle ; son jeu appuyé laisse trop voir les motivations de l’aînée de la famille. 

Une révélation

À la fois mystérieux et révolté, marginal et conformiste, le personnage d’Olivier est plus nuancé. Ce rôle a été écrit sur mesure pour Olivier Arteau. Et l’acteur livre l’une des meilleures performances de la saison. Pour nous, c’est une révélation ! 

Ces deux comédiens sont secondés par de solides partenaires de jeu : la mère qui aime trop, exquise Nancy Bernier ; le père dépassé, touchant Jean-Sébastien Ouellette ; le chum en retrait qui essaie de sauver les meubles, très juste Jean-Michel Déry.

En moins de 70 minutes, Hope Town propose donc une histoire à la dynamique bien huilée, avec une fin ouverte qui nous fait douter de nos certitudes. Car dans la belle et grande famille du théâtre, rien n’est tout noir ni tout blanc. C’est le gris qui gagne, comme disait Claudel.

★★★½

Hope Town, de Pascale Renaud-Hébert. Mise en scène de Marie-Hélène Gendreau. Avec Pascale Renaud-Hébert, Olivier Arteau, Nancy Bernier, Jean-Sébastien Ouellette et Jean-Michel Déry.
À La Licorne, jusqu’au 7 mars