La Licorne propose, à compter du 14 janvier, Les filles et les garçons, du Britannique Dennis Kelly. Une œuvre coup de poing portée, seule sur scène, par Marilyn Castonguay. Survol.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

Provoquer, résister, déstabiliser

« Battante, survivante, extrêmement courageuse… » Marilyn Castonguay ne s’en cache pas : elle est littéralement tombée amoureuse de son personnage, celui d’une femme anonyme, mariée, mère de deux enfants qui travaille dans le milieu du documentaire. Une femme que rien ne semble distinguer des autres, et pourtant… Un jour, le tapis de la vie va lui glisser sous les pieds. « Cette femme qui choisit d’avancer coûte que coûte nous fait le récit de sa vie, sans pudeur. Sans jamais perdre sa superbe, elle raconte ses succès, ses échecs, ses douleurs et ses bonheurs… », dit la comédienne.

Entre cette femme et le public, point de mur. « Telle une humoriste ou une conteuse, elle s’adresse directement aux spectateurs, en prenant un malin plaisir à les provoquer, les déstabiliser. » Quitte pour cela à tomber dans la vulgarité. Sa vie est racontée dans des mots parfois crus, parfois tendres, mais toujours sincères : la rencontre de son futur mari après des mois de « boisson-poudre-orgie », ses aspirations professionnelles, les querelles de ses enfants, les brèches qui fragilisent la relation amoureuse, la violence ordinaire qui s’installe… À travers son récit, elle s’interroge aussi sur la société dans laquelle on vit, dans une urgence de dire, une urgence de vivre.

Après Londres et New York, Montréal

Lors de sa création, en 2018 au Royal Court Theatre de Londres, la pièce Girls & Boys a été défendue sur scène par l’actrice Carey Mulligan (qu’on a vue dans les films The Great Gatsby et An Education). L’actrice — et la pièce — s’est alors attiré d’élogieuses critiques. L’œuvre a ensuite été reprise Off Broadway, au Minetta Lane Theatre.

Le vertige du solo

Lorsque le metteur en scène Denis Bernard a pressenti Marilyn Castonguay pour jouer le rôle de la femme, l’actrice a d’abord été honorée. Puis est venu le vertige. « Soixante-trois pages de texte à défendre seule sur scène ! Je n’ai jamais joué de solo dans ma carrière et je ne pensais pas faire ça dans ma vie, car ça me faisait vraiment peur. C’est un tel acte de confiance en moi-même ! Mais c’est grisant. Je suis à la bonne place comme être humain pour gérer l’anxiété et les énormes responsabilités que ça implique. Je pense que ça va changer pour toujours ma façon de jouer, car ce rôle vertigineux comporte tellement de couches d’émotions à rendre. »

Luminosité et résilience

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Denis Bernard signe la mise en scène de la pièce.

Le metteur en scène Denis Bernard n’a jamais dirigé Marilyn Castonguay, mais les deux ont partagé l’écran dans la série télévisée Fatale-Station. « Dès ma première lecture de la pièce, j’ai pensé à Marilyn. J’avais besoin d’une femme qui soit dans la luminosité, l’intériorité. Qui peut porter sur scène la résilience phénoménale du personnage. Je voulais une actrice humble, qui soit capable de rencontrer un rôle comme on rencontre un humain. Marilyn est une actrice phénoménale qui sait se tasser du chemin pour rencontrer son personnage. »

Après Des promesses, des promesses et Os – La montagne blanche, Denis Bernard signe sa troisième mise en scène de solo de suite. Une coïncidence, dit le principal intéressé, qui avoue avoir des projets de pièces de répertoire dans ses cartons.

Une traductrice experte de Kelly

Comme pour chaque pièce de Dennis Kelly présentée à La Licorne, c’est Fanny Britt qui s’est chargée de la traduction de Girls & Boys. « Fanny est capable de rendre la fulgurance du verbe de Dennis Kelly. Elle a un pétillement dans l’écriture », estime Denis Bernard. « Personne d’autre n’aurait pu traduire ce texte, ajoute Marilyn Castonguay. Elle a gardé toute l’essence du texte, toute la couleur de l’écriture de Dennis Kelly, avec une langue très familière, très quotidienne. » À noter : une autre Fanny participe au projet, c’est-à-dire Fanny Bloom, qui se charge de la trame musicale de la pièce.

Un auteur abonné à La Licorne

Les habitués de La Licorne connaissent bien l’œuvre de Dennis Kelly, puisque Les filles et les garçons est la cinquième pièce du Britannique présentée dans le théâtre de l’avenue Papineau après Orphelins, Après la fin, Amour/Argent et Comment s’occuper de bébé. Denis Bernard explique : « Nous avons une histoire avec Dennis Kelly à La Licorne, mais ça ne suffit pas à expliquer le choix de cette pièce. Dès que je l’ai lue, ça s’est imposé. Impossible pour moi de ne pas monter cette pièce-là en français. Le texte résonne à tellement d’égards dans sa modernité par rapport aux conditions des femmes, aux changements sociaux qui sont en train de s’opérer, à la violence. Je ne pouvais pas passer à côté de ça. »

L’année de Marilyn Castonguay 

L’année 2020 sera faste pour Marilyn Castonguay. Outre ce premier solo livré à La Licorne, la comédienne montera sur les planches de l’Espace libre à la mi-avril aux côtés de Daniel Brière et d’Alexis Martin pour une création intitulée Une conjuration. Elle interprétera aussi un des rôles principaux dans la nouvelle série télé signée François Létourneau, C’est comme ça que je t’aime, en plus de poursuivre les tournages de la série jeunesse Alix et les Merveilleux. Finalement, elle sera de la distribution de Jusqu’au déclin, premier film québécois réalisé pour Netflix. « Il n’y a aucun de ces personnages qui est banal, c’est ce qui est beau. »

Les filles et les garçons, à La Licorne, du 14 janvier au 22 février 2020.

> Consultez la page de la pièce : https://theatrelalicorne.com/lic_pieces/les-filles-et-les-garcons/

> Voyez la bande-annonce de la pièce : https://www.youtube.com/watch?v=VMJIkw5Bu_Y