L’acteur, dramaturge et metteur en scène Mani Soleymanlou sera le prochain directeur artistique du Théâtre français du Centre national des arts (CNA) d’Ottawa, a appris La Presse. Il entrera en fonction l’an prochain, le 1er septembre 2021, pour un mandat de cinq ans.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Mani Soleymanlou, qui dirige sa propre compagnie Orange noyée depuis près de 10 ans, succédera ainsi à Brigitte Haentjens, à la tête du Théâtre français depuis 2012. Avant elle, c’est le dramaturge d’origine libanaise Wajdi Mouawad qui avait officié de 2007 à 2012. Et avant lui Denis Marleau, Robert Lepage, André Brassard…

« C’est très émouvant, surtout quand je regarde le nom de ceux qui m’ont précédé », a réagi Mani Soleymanlou dans un entretien avec La Presse.

Je suis très heureux et très fier de pouvoir accéder à ce poste-là. En même temps, c’est très vertigineux, parce que tout est à faire et à créer. Donc je suis quelque part entre le bonheur total et l’excitation de faire et d’agir.

Mani Soleymanlou

Le dramaturge et comédien d’origine iranienne, qui s’est fait remarquer quelques années après sa sortie de l’École nationale de théâtre avec son spectacle autobiographique Un – sur sa quête identitaire –, a enchaîné les créations avec Deux, Trois, puis avec Ils étaient 4, Cinq à sept, 8 et plus récemment avec son solo Zéro. Il a également joué sous la direction d’autres metteurs en scène comme Alice Ronfard (Les pieds des anges), Claude Poissant (Rouge Gueule, The Dragonfly of Chicoutimi), Serge Denoncourt (Projet Andromaque, Les trois mousquetaires) ou Brigitte Haentjens (L’opéra de quat’sous).

S’il a postulé au CNA, lieu qu’il connaît bien pour y avoir vu jouer presque toutes ses pièces, c’est pour « tenter d’installer et de mettre en marche dans un lieu » ce qu’il a fait avec sa compagnie Orange noyée. « J’avais la possibilité d’appliquer ma vision des choses dans un cadre plus large avec des moyens plus importants », nous dit le dramaturge, qui a aussi mis en scène le Wild West Show de Gabriel Dumont, créé au CNA en 2017.

Cette vision, il la résume en quelques mots : « À Orange noyée, on fait un théâtre frontal, populaire, dans le sens noble du terme, avec un souci de représentativité, inclusif, qui est géré en collégialité, avec une vision collective, donc c’est tout ça et toute cette diversité de voix que j’ai envie d’amener au CNA, nous dit-il, sur scène autant que dans les coulisses avec les techniciens. Je vais continuer de faire ce que je fais depuis plusieurs années, c’est-à-dire mettre en scène de manière ludique et intelligente les complexités de notre époque. »

Le président et chef de la direction du CNA, Christopher Deacon, s’est dit « ravi » de travailler avec Mani Soleymanlou l’année prochaine.

D’abord, c’est quelqu’un qui a un talent remarquable pour raconter une histoire, et ensuite, il saisit bien les enjeux sociaux de notre temps, une de qualités recherchées par notre comité. Il sait confronter le public à des questions importantes. C’est quelqu’un de pertinent, et en fin de compte, ses spectacles ont toujours été acclamés à Ottawa.

Christopher Deacon, président et chef de la direction du CNA

Mani Soleymanlou restera à Montréal durant les cinq années de son mandat, même s’il se déplacera bien sûr régulièrement dans la capitale nationale et ailleurs au pays. « Oui, le lieu est à Ottawa, oui, c’est important qu’il y ait une présence locale et une présence significative pour les artistes de la région, mais ça reste un théâtre national et 75 % du théâtre français du Canada se passe au Québec. Cela dit, je serai présent à Ottawa et sur le territoire canadien en général, c’est sûr. »

Au moment d’entrer en fonction, la programmation de la saison 2021-2022 aura déjà été complétée par Brigitte Haentjens, le dramaturge et comédien planchera donc en arrivant sur la saison 2022-2023, tout en présentant le travail de sa prédécesseure. Il compte bien par ailleurs poursuivre son travail de création avec Orange noyée.

« C’est important pour moi d’être un directeur qui est aussi un artiste au quotidien. Non seulement pour mener mes propres projets, mais aussi dans ma vie d’acteur et d’interprète, j’ai envie de poursuivre ma carrière. Après c’est de trouver le bon dosage pour être à la hauteur du poste de directeur artistique du CNA, qui va quand même prendre du temps. »

Le fait d’avoir vécu à Toronto et Ottawa a été un atout pour Mani Soleymanlou, qui maîtrise tant l’anglais que le français. « Nous avons un défi énorme au CNA pour s’engager auprès de tous nos publics francophones à travers le pays, nous dit Christopher Deacon. Avec Mani, j’ai bon espoir de voir naître toutes sortes de projets. Je vois un bel avenir pour lui au CNA. »